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Caricature politique du périodique CANADIAN ILLUSTRATED NEWS représentant Alexander Mackenzie et Sir John A. Macdonald, et portant sur la corruption au sein de la classe politique canadienne, par G. Gascard, le 7 février 1874

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Caricature politique du périodique Canadian Illustrated News représentant Alexander Mackenzie et Sir John A. Macdonald, et portant sur la corruption au sein de la classe politique canadienne, par G. Gascard, le 7 février 1874

ARCHIVÉE - Sir John A. Macdonald
homme d'État canadien et patriote

Contenu archivé

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Les adversaires

Un avocat qui accepte des pots-de-vin, qui boit beaucoup, et dont la rhétorique persuasive et la perspicacité politique amèneront des colonies britanniques d'Amérique du Nord à former un seul pays, ne pouvait que se faire certains ennemis en cours de route.

Pour accueillir sir John A. Macdonald, ses confrères loyalistes britanniques d'antan lui lanceraient néanmoins sans doute aujourd'hui un « salut compagnon, heureux de te revoir » bien senti. En fait, le magnétisme qui émanait de sa personne a souvent été décrit comme sa plus grande qualité, à tous égards mais surtout en politique. Toutefois, aussi gentil et charmant qu'il ait pu être, ses politiques pour bâtir un pays, sa façon de faire de la politique, tantôt plutôt louche, tantôt carrément malhonnête, et son style de vie n'ont pas toujours eu l'heur de plaire à la nouvelle classe de réformateurs politiques du Canada, non plus qu'aux sécessionnistes de l'Ouest.

Photographie de Oliver Mowat, premier ministre de l'Ontario, vers 1873
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Oliver Mowat, premier ministre de l'Ontario, vers 1873

L'un des plus célèbres adversaires de Macdonald, ou à tout le moins le plus obstiné, était, au départ, un ami et collègue de travail. Oliver Mowat a ainsi commencé à travailler pour le cabinet d'avocats de Macdonald à Kingston en 1836. Il était alors âgé de 16 ans, tandis que Macdonald avait 21 ans. Jeunes et ambitieux, les deux jeunes avocats devaient par la suite s'engager chacun sur le chemin qui les mènera au turbulent monde de la politique canadienne d'avant la Confédération — l'un, Mowat, à Toronto, et l'autre, Macdonald, à Kingston, qui était la capitale de la province du Canada à l'époque.

Plus tard, Mowat, qui deviendra l'un des avocats les plus en demande de l'Ontario, se joint au Parti réformiste du Haut-Canada, composé de politiciens qui, plutôt enclins au militantisme, en sont venus à se méfier du style politique des co-premiers ministres John A. Macdonald et George-Étienne Cartier, qui gouvernent alors la province du Canada. Mowat juge que Macdonald et ses libéraux-conservateurs font preuve de laxisme lorsqu'il s'agit de questions de principe et croit qu'ils seraient prêts à tout faire pour conserver leur popularité. « Notre ami Macdonald n'a pas même pas la prétention d'être patriote. En privé, il s'en moque même, d'écrire Mowat à son ami Alexander Campbell, ancien collègue, lui aussi, de Macdonald. »

Photographie de sir George-Étienne Cartier, juin 1871
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Sir George-Étienne Cartier, juin 1871

Macdonald et Mowat croisent souvent le fer. Ils vont même jusqu'à se disputer un siège, à Kingston en 1861, à l'Assemblée législative. Macdonald l'emporte facilement, et tous deux restent, pour l'heure, des alliés. En 1864, Mowat s'avère être un délégué clé de la province du Canada, lors de la Conférence de Québec, qui servira à établir les bases nécessaires pour l'adoption de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique. Après l'entrée en vigueur de la Confédération, c'est tantôt au niveau fédéral, tantôt au niveau provincial, que Mowat fait de la politique. Et, en 1872, élu premier ministre de l'Ontario, il revient hanter Macdonald, alors premier ministre du Canada. Il fait alors valoir que Macdonald cherche trop à satisfaire les besoins des autres provinces dans le seul but de les amener à se joindre à la Confédération, et que l'Ontario mérite bien, elle aussi, d'obtenir des concessions qui lui soient propres. S'étant fixé pour objectif d'accroître les compétences des provinces aux dépens de la fédération de Macdonald, il finit par réussir, au terme de plusieurs batailles devant les tribunaux, à faire en sorte que, en matière de droits, l'alcool, le bois d'œuvre et les ressources minières relèvent de la compétence des provinces.

Joseph Howe, un autre chef de file politique œuvrant à l'échelon provincial, ne sera pas, lui non plus, sans causer des soucis à Macdonald. Il ne deviendra jamais premier ministre de la Nouvelle-Écosse, mais, lors du premier scrutin du Canada en 1867, il prendra la tête de l'Anti-Confederate Party de la province et réussira à faire en sorte que tous les sièges, sauf un, soient acquis à ce parti, opposé à la Confédération

Photographie d'Alexander Mackenzie, premier ministre du Canada, mars 1878
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Alexander Mackenzie, premier ministre du Canada, mars 1878

Quand Macdonald n'est pas en train de se battre contre les premiers ministres et les militants des provinces qui jugent que l'Acte de l'Amérique du Nord britannique ne leur fait pas de cadeau, il doit composer avec les premiers murmures de mécontentement de ceux qui en viendront à former le Parti libéral du Canada. Durant les premières années qui suivront la naissance de la Confédération, les « clear grits » et les réformateurs se rallient autour de quelques grandes personnalités pour former un parti qui sera en mesure de déloger Macdonald. Au nombre de ces personnalités, figure Edward Blake, un ancien premier ministre de l'Ontario qui préconise une plus grande indépendance à l'égard de la Grande-Bretagne et qui, durant les années 1870, assumera un rôle de tout premier plan au sein du Parti libéral dirigé par Alexander Mackenzie. Selon Jonathan Swainger, historien de l'Université du Nord de la Colombie-Britannique, Blake était un élément des plus prometteurs pour le parti et que Macdonald le considérait comme un redoutable adversaire, qui pourrait bien le mener à sa perte.

Photographie de l'honorable Edward Blake, vers 1886
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L'honorable Edward Blake, vers 1886

Le scandale du Pacifique éclate en 1873 et, dans le cours de son lent dévoilement, Macdonald considère que, si les libéraux réussissent à jeter de la lumière sur toute cette affaire, Blake voudra sans doute briguer le poste de futur premier ministre du Canada. « On a vu en lui le roi sans couronne des libéraux tout au long de l'ère Mackenzie », de dire Swainger. Mackenzie n'en demeurera toutefois pas moins chef du Parti libéral et deviendra donc, après avoir défait les conservateurs en 1873, premier ministre, laissant ainsi Blake dans l'ombre.

Aux commandes du pays, Mackenzie crée la Cour suprême du Canada, une entité qui, selon Macdonald, risquerait de compromettre les liens unissant le Canada et la Grande-Bretagne. Familier de la vie de Mackenzie, l'historien Ben Foster souligne que, éprouvant un profond mépris pour les échecs personnels de Macdonald, « Mackenzie était extrêmement moraliste. Lui, qui ne buvait jamais d'alcool, jugeait tout à fait inacceptable que des gens se présentent ivres à la Chambre des communes, ce que, justement, Macdonald fera plus d'une fois. »

Selon Forster, Mackenzie trouvait en outre que Macdonald ressemblait beaucoup trop à ces vieux conservateurs de Grande-Bretagne, qui, pour faire progresser leur propre programme politique, n'hésitaient pas à avoir recours à la richesse, au favoritisme et au népotisme.

De plus, de l'avis de Mackenzie, Macdonald est un dépensier. Et son projet de chemin de fer, qui l'a entraîné dans une controverse et une élection où il perdra le pouvoir, en constitue le parfait exemple. Néanmoins Forster affirme que, lorsque Mackenzie est arrivé au pouvoir et a été investi de la tâche de construire le chemin de fer, il a dû se résoudre à accepter l'idée qu'il ne pourrait pas faire progresser le projet en usant de méthodes traditionnelles. Pour Foster, même si Macdonald finira bien par avoir le dessus sur Blake et Mackenzie, il convient de perpétuer le souvenir de ces deux hommes, qui ont contribué à l'établissement du Parti libéral du Canada à titre de parti national légitime.

Photographie de Louis Riel, vers 1875
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Louis Riel, vers 1875

Fort de ses plans en vue de la construction du chemin de fer et de l'achat, de la Compagnie de la Baie d'Hudson, de la Terre de Rupert en 1870, Macdonald pose son ambitieux regard vers l'Ouest et s'engage dans la réalisation d'une union transcontinentale. Ils seront plusieurs à s'objecter à ce projet d'expansion, et Louis Riel sera, sans l'ombre d'un doute, le plus farouche, le plus persuasif, d'entre eux.

Les rébellions du Nord-Ouest de 1869 et de 1885 menées par Riel exposent au grand jour les différences d'ordre linguistique et culturel qui divisent le Canada. Chef du gouvernement provisoire des Métis pour ce qui est appelé à devenir le Manitoba, Riel lutte contre l'expansion du Canada, qui lui apparaît comme une menace pour la survie de son peuple, tout à la fois francophone et autochtone. Ces efforts de Riel irritent au plus haut point Macdonald, qui dépêche une force militaire pour mater le mouvement de résistance. Les hommes de Riel sont défaits. Et Riel lui-même est jugé, puis pendu pour trahison. Les communautés francophones et métisses du Canada le considèrent toujours comme un défenseur de leurs droits linguistiques et culturels, et son exécution demeure encore un triste souvenir.

Les adversaires de Macdonald font, eux aussi, figure de bâtisseurs du Canada, puisqu'ils ont, à leur manière, façonné le paysage politique, juridique et social du pays. Leur influence demeure présente aujourd'hui encore.