Bibliothèque et Archives Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Liens institutionnels

À notre sujet


Discours

Première personne du singulier … Première personne du pluriel
Rendre le passé canadien accessible

(Page 2)

Il est certainement nécessaire de réunir les documents que les archivistes recueillent et dont ils prennent soin. Il arrive parfois que les documents parlent d’eux-mêmes, par exemple, une image photographique frappante ou une lettre circulaire. Cependant, ces documents exigent habituellement qu’on établisse des liens entre eux, qu’on les interprète, qu’on leur donne un contexte et qu’on les rende accessibles. Contrairement à une bibliothèque et à d’autres documents publiés, les dossiers archivés sont habituelle mentoriginaux, uniques et exceptionnels  -  « autorisés, mais non publiés »; ils ne doivent être compris que dans le contexte de leur création et de leur utilisation. Ils doivent être organisés et décrits d’une façon autre que les documents de bibliothèque. Il existe de nombreuses autres différences, bien qu’elles commencent à s’estomper au fur et à mesure que les rôles professionnels et les définitions convergent en un contexte d’information en ligne.

Les archives sont une source d’information fondamentale, une preuve, une connaissance et parfois une inspiration. Les journaux personnels et les quotidiens, les photographies, les peintures, les sons et les voix, les dossiers du gouvernement, les cartes et les traités forment ensemble la toile de fond del’expérience canadienne dans ses dimensions personnelles, sociales, économiques, politiques, culturelles et autres. Elles sont essentielles à l’identification et à la compréhension des enjeux, des événements, des personnes et des influences qui façonnent ce développement et continuent souvent à l’influencer. Elles sont la preuve, soutenues par soncaractère légal, de ce qui est arrivé.

Les archives sont le moyen le plus rentable, le plus complet et le plus condensé de conserver et de préparer une information disponible sur notre passé qui fait autorité. Nous ne pouvons préserver qu’un nombre restreint d’immeubles et de sites, mais nous pouvons conserver plus facilement leurs plans, leurs images, le souvenir de leurs architectes et de leurs constructeurs, ainsi que les récits de ceux qui ont vécu à cette époque et qui ont travaillé pour eux.

Selon une opinion traditionnelle, les Canadiens auraient, dans le passé, été moins intéressés à leur histoire que d’autres peuples. Nous étions alors satisfaits des valeurs, des récits et des mythes des autres plutôt que de créer les nôtres. Cette modestie et cette réticence bien connues sont encore un autre cliché. Les Canadiens n’ignorent pas que dans sa forme globale, notre histoire ressemble beaucoup à celle des autres nations  -  un mélange d’unicité et d’universalité, d’aspects très importants et d’autres moins, accompagné d’une abondance de héros, authentiques ou en devenir.

Mais, il s’agit de notre histoire, et elle constitue une importante partie de notre identité, tout aussi insaisissable que cette identité le semble parfois. Chose la plus inspirante, ce sont les récits de gens ordinaires qui essaient de tirer des leçons de leur expérience et qui réalisent des actions extraordinaires avec courage et persévérance. Ces récits permettent de bien comprendre ces individus, ces familles, ces collectivités et cesCanadiens. Vincent Massey a déclaré un jour : « Nous n’avons pas à rendre notre histoire intéressante, elle l’est déjà. »8

Il existe une preuve irréfutable que les Canadiens désirent en connaître davantage sur leur passé. Une partie de cette preuve repose sur le changement d’âge et sur le profil démographique des Canadiens. Au fur et à mesure que la population vieillit, le désir d’en apprendre davantage sur son histoire personnelle et collective grandit. La généalogie est devenue le loisir à la croissance la plus rapide.

En outre, cinq millions de personnes ont immigré au Canada depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et un grand nombre d’entre elles ne parlait ni le français, ni l’anglais.9 Le Canada d’aujourd’hui est formé d’un mélange riche et diversifié de peuples et plusieurs d’entre eux possèdent une culture soutenue par un sens profond de l’identité et de l’histoire. Ils sont très désireux de fixer de nouvelles racines et de connaître le Canada. Ils veulent également que l’on consigne leurs contributions et que l’on s’en souvienne. Leurs récits doivent être ajoutés à ceux des autres Canadiens, y compris ceux des Premières nations. Le 1er septembre 1905, la journée de l’entrée officielle de l’Alberta dans la Confédération, sir Wilfrid Laurier, le premier ministre du Canada, a déclarédevantunefoulenombreuseà Edmonton :

« Quand je regarde autour de moi, je vois partout de l’espoir, une résolution calme, du courage, de l’enthousiasme pour affronter les difficultés et pour résoudre les problèmes...Nous ne nous attendons pas, et nous ne le voulons pas, que ces personnes oublient leur pays d’origine ou leurs ancêtres. Laissez-les regarder le passé, mais laissez-les aussi regarder vers l’avenir; laissez-les regarder le pays de leurs ancêtres, mais laissez-les également regarder la terre de leurs enfants. »10

Parmi d’autres facteurs qui alimentent l’intérêt des Canadiens envers l’histoire, mentionnons l’explosion de l’information disponible grâce aux médias électroniques, particulièrement l’Internet et les technologies connexes. Nous vivons à l’âge de l’information et dans un monde numérique; nous travaillons dans une économie de la connaissance et nous voyageons sur l’autoroute de l’information, à la recherche, cela va de soi, du prochain cybercafé. L’information à laquelle nous avons accès touche tous les sujets, tous les enjeux et tous les événements qui ont lieu dans un monde de plus en plus restreint. Les Canadiens occupent maintenant le deuxième rang mondial concernant l’utilisation de l’Internet.11 Il est évident toutefois que les Canadiens veulent savoir qui ils sont, d’où ils viennent, et où ils se situent.

La prise de conscience et l’intérêt croissants envers notre histoire se manifestent dans plusieurs domaines : la généalogie, la nouvelle histoire et la littérature historique romancée, la production cinématographique et visuelle, la diffusion extraordinaire des nouvelles et la programmation de l’information au Canada, les sources historiques canadiennes sur le site Web, une programmation scolaire pleine d’imagination et les visites de plus en plus nombreuses dans nos musées, nos bibliothèques, nos sites historiques et nos archives. Lorsque le documentaire de la Société Radio-Canada « Le Canada : une histoire populaire » a été télédiffusé en octobre dernier, il a dès le début attiré 3,26 millions de téléspectateurs, faisant disparaître, selon les mots de son producteur, « le mythe voulant que les Canadiens ne s’intéressent pas à leur histoire... »12 La popularité du roman historique deMargaret Atwood, Alias Grace, est un autre exemple. Les Archives nationales ont apporté une énorme contribution à ces deux projets.

Notre expérience aux Archives nationales confirme cette vague d’intérêt croissante envers le passé du Canada et envers notre identité en tant queCanadiens  -  ainsi que la conviction profonde que notre histoire est pertinente, intéressante et souvent excitante.

Cet intérêt se manifeste tous les jours dans notre salle de lecture, dans des visites à notre site Web et dans cette marée de demandes d’information provenant de chercheurs.

Lorsque ces derniers découvrent ce qu’ils cherchent, ils deviennent souvent tout excités. L’un de ces chercheurs reconnaissants a écrit : « J’ai reçu les détails dans le courrier de ce matin. Je disposais d’un grand nombre de faits incohérents et ils ont été réunis... Un quidam qui ne portait qu’un nom dans mon esprit a soudainement pris corps... Je sais maintenant à quoi il [mon grand-père] ressemblait, quel était son âge, d’où il venait... ce fut une journée étrange, mêlée d’émotions.J’étais partagée entre la joie d’en connaître davantage à son sujet et la tristesse d’apprendre qu’il était mort [si jeune]. »

Nous lisons dans une autre lettre : « J’ai consulté le site Internet pour obtenir de l’information sur l’histoire de ma famille. Votre site... m’a fait pleurer. J’y ai vu une photographie du vapeur Metagama qui entrait dans la ville de Québec en juin 1927. Ma mère était une des passagères ce jour-là; elle avait 14 ans.…[Sa famille] avait quitté Belfast, en Irlande, pour se rendre sur une ferme au Canada.[Elle] a maintenant 88 ans et est encore en bonne santé. »

Même si des études démontrent que les Canadiens ne connaissent pas trop bien les faits touchant l’histoire de leur pays, ils sont de plus en plus intéressés en une histoire personnelle et individualisée. Les gens cherchent « leur histoire », celle de leur « famille », de leur « lieu de résidence » et de leur « collectivité ».C’est l’histoire à la première personne du singulier et à la première personne du pluriel.

Notes :

8. Le très honorable Charles Vincent Massey (1887-1967), gouverneur général du Canada, 1952-1959; cité dans Canadian Quotations de Columbo.

9. Estimation basée sur les données de Statistique Canada.

10. Cité dans le Globe de Toronto, le 2 septembre 1905, page 1.

11. Groupe Angus Reid, 2000.

12. Catherine Dawson March, « The Next Chapter », Globe Television Magazine, du 29 septembre au 6 octobre 2001.

Précédent | Retour aux discours | Suivant