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ARCHIVÉE - Le Conseil sur l'accès à l'information pour les Canadiennes et les Canadiens incapables de lire les imprimés

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Un livre fermé : services de bibliothèques aux Canadiennes et aux Canadiens incapables de lire les imprimés

Présentation sur l'accès à l'information pour les Canadiennes et les Canadiens incapables de lire les imprimés, donnée aux membres du Conseil par Jim Sanders, président de L'INCA, le 7 avril 2003

Aussi disponible en [PDF 23 Ko]


J'ai indiqué au cours des dernières années que les personnes incapables de lire les imprimés, particulièrement les personnes aveugles ou malvoyantes, pouvaient désormais utiliser un appareil équivalent à la presse de Gutenberg. Je crois sincèrement qu'il est possible de le comparer à la presse de Gutenberg. Avant l'avènement de la presse à imprimer, l'information était contrôlée par l'élite, les riches et les créateurs de l'information. L'information se transmettait principalement de bouche-à-oreille et par les transcriptions des scribes.

Dans le monde numérique d'aujourd'hui, la presse de Gutenberg m'a apporté ce dont j'avais besoin. À l'aide de mon scanneur et de mon ordinateur, j'ai directement accès à une large gamme de renseignements. Le fait d'avoir acquis la formation nécessaire et de posséder l'équipement approprié me place dans une position d'élite. Je reconnais en outre que j'occupe cette position d'élite parce que j'ai un emploi et que je vis en Ontario, une province régie par un gouvernement qui vous aide à acquérir l'équipement dont vous avez besoin et qui vous donne accès à l'information disponible. C'est en cela que j'occupe une position d'élite.

Tout personne occupant une position d'élite a également des responsabilités. La presse de Gutenberg a donné à la majorité des personnes non éduquées la possibilité d'accéder à un très large éventail de renseignements. Nous devons nous assurer que tous les citoyens handicapés obtiennent la même information que celle à laquelle l'élite peut accéder (dans le cadre de mon analogie). Le message que je transmets aujourd'hui touche à la nécessité d'instaurer partout dans le pays une gamme complète de services de bibliothèque publique sur support de remplacement. Le Canada est reconnu pour être un pays égalitaire qui aide les membres de la société à atteindre leurs objectifs en leur offrant la possibilité d'exploiter les compétences et les capacités qu'ils ont. S'il est vrai que les citoyens handicapés n'ont pas toujours cette possibilité, le monde numérique et le fait que nous sachions comment fournir de l'information aux personnes incapables de lire les imprimés devraient nous permettre de fonder une société véritablement égalitaire. Mais cela nécessite des directives nationales, un leadership fédéral et une politique gouvernementale bien établie. Il faudrait également que des partenariats entre les organisations gouvernementales et les organisations non gouvernementales (ONG) soient constitués à tous les niveaux, afin d'instaurer des services de bibliothèque publique sur support de remplacement réellement appropriés.

Dans la Constitution, il est clairement indiqué que les bibliothèques publiques sont du ressort des provinces; en outre, les provinces ont principalement financé leurs bibliothèques en puisant dans les impôts fonciers. Au risque de me répéter, je dois dire que le Canada est reconnu pour offrir des services de bibliothèque publique de qualité supérieure partout dans le pays. Mais nous ne sommes pas reconnus pour offrir le même type de service sur support de remplacement. Je me demande pourquoi. D'une part, cela remonte aux origines de L'Institut national canadien pour les aveugles (INCA). La bibliothèque en braille pour les personnes aveugles est une bibliothèque gratuite qui a été instaurée en 1909 à titre d'organisation sans but lucratif pour l'échange de documents en braille. En 1918, lorsque L'INCA est devenu une organisation, c'est à lui que cette responsabilité est revenue. Nous ne communiquions que très peu, voire pas du tout, avec les bibliothèques publiques. En toute ingénuité, nous avons donné l'impression que nous avions les choses bien en main et que les organismes gouvernementaux et autres ne devaient pas se soucier d'offrir des services aux personnes aveugles. L'INCA a organisé des collectes de fonds, formé et recruté des bénévoles hautement qualifiés et fourni un très bon service de bibliothèque sur support de remplacement équivalent à ce qui offert dans une bibliothèque publique; ou du moins le pensions-nous.

Les bibliothèques publiques et leurs commanditaires ont omis de considérer les utilisateurs handicapés; d'une part, probablement à cause du malentendu sur les besoins de L'INCA, et d'autre part, en raison des restrictions budgétaires. Il s'agit là de préoccupations légitimes. Les budgets des bibliothèques s'amenuisent tandis que la demande augmente.

La situation s'aggrave et je suis venu vous informer que L'INCA ne peut plus subvenir à ces besoins (pour autant qu'il l'ait jamais pu). L'INCA souscrit entièrement à cette cause, si bien que nous avons organisé une collecte de fonds publique visant la collecte de 33 millions de dollars pour convertir un système analogue en un système de stockage et de distribution numérique à la fine pointe de la technologie. Toutefois, nous avons dû faire des concessions. Pour la première fois depuis sa création, L'INCA a emprunté de l'argent à la banque et nous avons lancé notre campagne de financement. Comme plusieurs d'entre vous le savent, nous avons déposé des demandes auprès du gouvernement fédéral et de plusieurs gouvernements provinciaux. J'ai également rencontré de hauts fonctionnaires au niveau provincial ainsi que certains premiers ministres. L'un d'entre eux m'a dit : « Aucune plainte n'a été formulée, aucun problème n'a été signalé, aucune préoccupation n'a été soulevée. » Cela m'a forcé à réfléchir. En partie, cela s'explique par le fait que L'INCA offre des services similaires à ceux de la fonction publique et qu'une assistance a été fournie aux citoyens malvoyants. Mais cela s'explique également par le fait que les personnes incapables de lire les imprimés, pour la plupart des personnes du troisième âge, ont des attentes modestes. Vous perdez votre capacité à lire, puis arrive quelqu'un qui vous annonce que plus de 10 000 romans, livres d'histoire, ouvrages de fictions ou généraux sont mis à votre disposition. Vous vous croyez au paradis sur terre, car vous pensiez que vous ne pourriez plus jamais lire quoi que ce soit. Mais cette époque tire à sa fin pour deux raisons. Tout d'abord, la génération du baby-boom vieillit, et ce vieillissement entraîne des handicaps, tels que la capacité de lire des imprimés. Puis, les attentes et les exigences de cette génération du baby-boom sont plus élevées. Leur dire que ces 10 000 ouvrages sont disponibles ne suffit plus. D'après les statistiques du Secrétariat à l'alphabétisation (si je les comprends bien), à l'heure actuelle, 20 p. 100 des personnes âgées de plus de 65 ans ont des attentes élevées en matière d'accès aux livres et à l'information, tandis que 35 p. 100 des personnes âgées de 50 à 65 ans ont des attentes similaires. C'est de ce groupe dont il s'agit. Il y a encore une autre raison. Depuis le milieu des années 70, l'INCA a pris toutes les mesures nécessaires, y compris celles concernant les documents protégés par des droits d'auteur, pour faire en sorte que tous les citoyens incapables de lire les imprimés, y compris les personnes en difficulté d'apprentissage, puissent accéder à ses collections par l'entremise des bibliothèques publiques. Cela représentait un changement au mandat interne de l'INCA. Mais il serait bien plus facile d'accéder à ces collections si les ressources nécessaires étaient mises en place pour offrir un accès direct à toutes les personnes concernées.

J'aimerais également vous dire que l'INCA ne répond pas à tous les besoins des personnes auxquelles il offre des services. Comme vous le savez tous, le contenu est insuffisant, et peu importe que 3 p. 100, 10 p. 100 ou 30 p. 100 des documents disponibles en librairie soient disponibles sur support de remplacement. Le pourcentage ne compte pas, c'est vraiment « terriblement bas ». C'est tout à fait inacceptable. Quelles mesures devrions-nous prendre, de quelle manière devrions-nous rassembler nos forces, les connaissances et les compétences de groupes similaires à ce Conseil? Voici ce que toute personne incapable de lire les imprimés devrait dire : « C'est assez! Je refuse d'accepter cela plus longtemps ». Il faudrait que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ainsi que les administrations municipales cessent de se lancer la balle et créent des partenariats entre ceux-ci et le secteur privé, pour exploiter les merveilleuses ressources dont le pays recèle.

L'INCA est reconnu dans le monde entier pour ce qu'il fait en matière d'accès à l'information, et cette distinction est bien méritée. Je le dis sans embarras ni vantardise. Des gens du monde entier viennent voir ce que nous faisons. Tirons-en parti. l'INCA dépense au minimum de 15 à 18 millions de dollars par année, si vous considérez les fonds directement octroyés à la Bibliothèque pour personnes aveugles de l'INCA et aux 60 bureaux établis partout dans le pays. Nous nous rendons chez les gens pour leur fournir des appareils, nous leur expliquons comment le service fonctionne et nous leur offrons l'expertise de bénévoles hautement qualifiés, de narrateurs, de transcripteurs en braille et d'artisans producteurs d'information tactile, lesquels, dans la plupart des autres pays, seraient grassement rémunérés. Nous installons ces appareils pour eux. D'ici décembre 2003, nous mettrons en place un système de stockage et de distribution de documents numériques entièrement automatisé, ou presque.

Mais le contenu et les moyens d'accès font défaut. Je crois sincèrement que le gouvernement devrait jouer un rôle en ce qui a trait au contenu. Le Groupe de travail sur l'accès à l'information pour les Canadiennes et les Canadiens incapables de lire les imprimés recommande que le gouvernement fédéral dépense un minimum de 7,5 millions de dollars pour soutenir la production de médias substituts au Canada. Je pense que les gouvernements provinciaux et territoriaux sont responsables des aspects touchant au contenu et qu'il incombe à l'INCA et aux autres organisations du secteur privé de mettre leur infrastructure à la disposition de tout partenaire potentiel. Si nous voulons que l'INCA se dote d'une bibliothèque numérique, nous devrons faire des choix difficiles. Ainsi, cette année, nous avons renoncé à acquérir certains ouvrages pour améliorer notre infrastructure. Combien de bibliothèques de ce pays renonceront-elles à acheter des livres cette année? Comment l'INCA peut-il se targuer d'être une bibliothèque alors que nous ne sommes même pas en mesure d'acheter des livres? En tant que président de L'INCA, j'ai presque honte de vous dire cela. Nous savons aussi que l'accès aux documents numériques appelle à l'acquisition de machines de reproduction. Nous ne pouvons pas acheter de machines de reproduction et les prêter à nos clients, comme nous le faisions auparavant. À mes yeux, ce dilemme est à la fois moral et matériel. Nous demanderons aux personnes qui utilisent notre service d'acheter leur propre machine. Je pressens qu'en conséquence, des plaintes pour atteinte aux droits de la personne seront déposées auprès de l'INCA, du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux et territoriaux. Qu'elles soient légitimes ou non, ces plaintes demeureront. Par conséquent, une nouvelle approche doit être adoptée dans ce pays.

Nous avons besoin d'un modèle réalisé au Canada. En toute franchise, je doute que l'un ou l'autre d'entre nous sache de quoi il en retourne. J'invite tous les premiers ministres du pays à nous assister dans la mise au point d'un modèle, en sélectionnant des personnes chevronnées. Ce qu'il faudrait, c'est que vous réunissiez les personnes les plus qualifiées en matière de services de bibliothèque, les personnes les plus qualifiées en matière de médias substituts, les personnes les plus qualifiées parmi celles qui utiliseront le service pour élaborer le modèle, puis, aussi extraordinaire que cela puisse paraître, que vous demandiez au gouvernement fédéral, à toutes les provinces, à tous les territoires et au secteur privé d'instituer une approche uniforme pour l'utilisation des ressources extraordinaires que le Canada contient. Mon rêve serait d'entrer dans la bibliothèque publique de ma localité, de m'y inscrire et de m'entendre dire que je peux choisir les services qui m'intéressent et y avoir accès, sans devoir me demander s'ils proviennent de l'INCA, de la Bibliothèque nationale du Québec ou d'ailleurs. Je rêve d'avoir accès à une gamme complète de services, qu'il s'agisse de documents en braille, de bandes sonores, de bandes audionumériques, de vidéos descriptives ou de services de recherche et de référence sur support de remplacement. Puis-je prétendre à cela? Non. Pas avec le système qui prévaut à l'heure actuelle.

J'invite ce Conseil à collaborer avec l'INCA à la création de partenariats avec les gouvernements de tous les niveaux et avec les ONG, pour débattre de mon rêve et le concrétiser. Personne ne devrait être autorisé à redire « la balle n'est pas dans mon camp ». Désormais, cela ne suffit plus. Je vous remercie!