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ARCHIVÉE - Le Conseil sur l'accès à l'information pour les Canadiennes et les Canadiens incapables de lire les imprimés

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Atelier sur les services de mise en commun des ressources pour les Canadiens incapables de lire les imprimés

Atelier - le 26-28 octobre 2001

Le point de vue de l'utilisateur


Susan Vida
Vice-présidente externe et déléguée du Québec à l'Association nationale des étudiant(e)s handicapé(e)s au niveau post-secondaire (NEADS)

Données de base

J'ai récemment participé à la Conférence annuelle de 2002 de l'IFLA, à Boston, et j'ai beaucoup appris sur les obstacles à l'accès des services de bibliothèque et sur les difficultés à obtenir des documents, que ce soit à des fins scolaires ou pour le simple plaisir de lire.

En raison des maigres ressources alors à ma disposition et du peu d'options possibles en vue de mon intégration au système d'éducation, j'ai dû attendre l'âge de 17 ans avant de lire mon premier livre, mais à 26 ans, j'étais inscrite à un programme universitaire au niveau de la maîtrise. J'avais donc réussi tout un « rattrapage » en seulement neuf ans. Par ailleurs, au Québec, il faut attendre d'être au cégep pour avoir accès à du matériel d'adaptation.

Préoccupations

Ce qui m'inquiète, c'est que le système d'éducation ne semble avoir aucune idée de la façon d'intégrer les élèves ayant une déficience visuelle. Ce qui m'intéresse, c'est de voir à ce que personne ne soit laissé pour compte par le système.

Au niveau de l'enseignement postsecondaire, il y a des ressources à la disposition des étudiants, mais elles sont souvent de mauvaise qualité. Le programme québécois prévoit la production de documents en médias de substitution, mais les normes ne sont pas uniformes ni exhaustives. Le calibre des voix varie énormément, les numéros de page ne sont pas indiqués par le lecteur, et pourtant l'étudiant en a besoin pour les renvois des notes en bas de page. Il est très difficile de travailler avec de tels outils. J'aimerais que des copies propres soient remises directement aux utilisateurs d'analyseur de textes, afin qu'ils puissent créer leur propre matériel sur support de substitution.

L'absence de normes pour les textes en médias substituts est un obstacle pour les étudiants. Il faut que soient annoncés les numéros de page, les sous-titres et les chapitres pour les bibliographies.

Recommandations

J'aimerais que les bibliothèques et les fournisseurs de services des universités travaillent de concert à l'élaboration de normes et aussi à la coordination de la production des documents afin d'éviter d'enregistrer deux fois le même texte. Les bibliothèques universitaires et les bibliothèques publiques pourraient unir leurs efforts en vue de créer un centre de documents électroniques et de répertorier les ressources existantes pour les étudiants, qui pourraient ainsi obtenir les documents qu'il leur faut, au moment où ils en ont besoin. Les délais et les retards peuvent avoir des conséquences néfastes dans le cas des étudiants.

Ce serait merveilleux si toutes les bibliothèques publiques offraient les technologies d'adaptation et les documents de référence accessibles aux personnes aveugles ou malvoyantes plutôt que de recourir à des services spécialisés de l'extérieur comme ceux de l'INCA ou de la Magnétothèque.

Un des objectifs à viser serait la mise en place d'un bon système de prêt entre bibliothèques pour les documents en médias substituts, dans la langue de choix de l'utilisateur.

Irene Lambert
Membre du conseil d'administration de la National Federation of the Blind : Advocates for Equality.

Je suis ce que l'on appelle une personne âgée et je suis aveugle au sens de la loi depuis l'âge de 10 ans à cause d'une rétinopathie pigmentaire. Je suis passée par tous les stades de la perte de la vision. Je parle donc d'expérience et je témoigne aussi au nom des nombreuses autres personnes malvoyantes ou aveugles dont j'ai fait la connaissance au cours de ma vie.

Je ne vous parlerai pas des besoins des étudiants puisque bien d'autres personnes présentes ici aujourd'hui se consacrent à ce genre singulier de difficultés. Ma première observation est la suivante : le besoin d'accès à l'information ne diminue pas après l'obtention du diplôme à la fin des études. Le besoin demeure; il ne fait que se diversifier. Après avoir quitté l'école ou l'université, on n'a probablement plus besoin de tel ou tel livre particulier dans un délai bien précis, mais, au fil des années, il nous faut lire un nombre grandissant de documents, et ces documents doivent être d'actualité. Dans une carrière professionnelle ou femme au foyer, employé ou chef de sa propre entreprise, il faut toujours se tenir au courant de ce qui se passe, et tout de suite, dans son domaine d'activité. Ajoutons à cela les autres domaines généraux dans lesquels l'accès aux renseignements est essentiel, par exemple, la vie matrimoniale, les relations humaines, l'éducation des enfants, la gestion du budget, les passe-temps et même le perfectionnement professionnel. Et n'oublions surtout pas le simple plaisir de lire!

Étant donné que la plupart des gens trouvent ce genre de renseignements à la bibliothèque publique, j'ai décidé d'aller faire un tour à ma bibliothèque locale, à Pointe-Claire. J'avais l'habitude de m'y rendre périodiquement mais je n'y étais pas allée depuis plus de deux ans. La bibliothécaire de référence s'est fait un plaisir de répondre à mes questions et de me faire visiter les divers services. Voici ce que j'ai pu observer dans cet établissement. Le dépliant d'information sur la bibliothèque de Pointe-Claire annonce 14 catégories de services, et six à huit de ces services sont utilisables par les personnes dont la vision est réduite. On trouve, par exemple, des livres imprimés en gros caractères, des livres parlés, des disques compacts, des cassettes, des CD-ROM, des vidéos de musique, de littérature, de documentaires, d'acquisition de compétences et de films, et même une catégorie de jouets éducatifs. La bibliothèque a un catalogue informatique présenté sur un ordinateur muni d'un écran à gros caractères. Sur les rayons des ouvrages pour enfants, il y avait 12 livres en braille. Nous en avons regardé un. Il était là depuis 1994, mais aucun lecteur ne l'avait emprunté. La bibliothécaire m'a dit qu'aucun des six ordinateurs d'accès à Internet n'était adapté aux handicapés visuels. Elle m'a dit aussi que l'INCA leur avait déjà envoyé une collection de livres parlés, mais personne ne les utilisait, alors ils les ont retournés. Elle a ajouté que personne ne lui avait jamais demandé de livre sur support de substitution, et elle n'avait jamais non plus entendu parler de films sur vidéo à signal numérique.

En réfléchissant à ce que j'ai découvert lors de ma visite à la bibliothèque publique, je me pose un certain nombre de questions élémentaires.

D'abord, si la plupart des bibliothèques aujourd'hui offrent déjà à peu près la moitié de leurs services sous une forme utilisable par les personnes malvoyantes ou aveugles et si elles possèdent déjà presque toutes les techniques dont nous nous servons, nous les personnes malvoyantes, aveugles ou sourdes et aveugles, pourquoi ne sommes-nous pas intégrées comme des membres à part entière de la société, ayant droit aux mêmes services de bibliothèque publique que tous les autres segments de la société ? Et aussi, mis à part les écoliers et les étudiants, ou le gouvernement fédéral, pourquoi nos besoins sont-ils encore remplis en très grande partie au moyen de fonds provenant des organismes de bienfaisance qui s'occupent des aveugles?

Pourquoi nous, les personnes incapables de lire les imprimés, ne tirons-nous pas avantage des documents qui existent dans les bibliothèques publiques sous des formes que nous pouvons déchiffrer ?

Mon hypothèse est qu'un grand nombre d'entre nous qui avons tenté de recourir aux services des bibliothèques publiques nous sommes rendu compte qu'il fallait y laisser notre autonomie à la porte d'entrée. Même si nous connaissons très bien la disposition des lieux, rien sur les rayons ni dans les tiroirs n'est étiqueté d'une manière qui nous permettrait de trouver nous-mêmes ce que nous cherchons ou ce qui pourrait nous intéresser. Tous ces services qui sont censés nous être accessibles, nous ne pouvons pas, en réalité, les utiliser de façon autonome. Il y a peut-être des bénévoles pour nous venir en aide, mais ces personnes ne sont pas nécessairement à l'aise pour remplir ces tâches et il arrive souvent qu'elles soient incapables de communiquer efficacement. La plupart du temps, l'article que vous cherchez n'est pas disponible. Et au Québec, la préposée vous dira que les prêts entre bibliothèques se font seulement pour les livres imprimés ordinaires. Il est tellement plus simple de téléphoner à la Bibliothèque ou au Centre d'information et de documentation de l'INCA. Ils peuvent nous dire tout de suite s'ils ont l'article désiré ou s'ils peuvent l'obtenir. Je dois avouer qu'Internet, le courriel et le prêt entre bibliothèques se sont grandement améliorés en ce qui touche les services aux aveugles, mais les périodes d'attente restent très longues et l'INCA n'a jamais les toutes dernières nouveautés. D'après ce que je vis et ce que j'observe, la plupart des personnes aveugles ont appris à accepter ce que l'INCA peut offrir et ont abandonné tout espoir dans les services des bibliothèques publiques, sauf peut-être pour y emprunter un livre parlé ou un disque compact à l'occasion. Nous avons appris aussi à nous débrouiller seules pour toutes sortes d'autres documents tels que les factures, les annonces publicitaires, les journaux locaux, les instructions de toutes sortes, les procès-verbaux de réunions, les feuillets distribués, et ainsi de suite. D'une façon ou d'une autre, nous arrivons à nous en sortir. Il est évident que l'avènement de la technologie informatique et de l'autoroute de l'information a accru énormément notre indépendance d'accès à l'information, surtout pour ceux et celles d'entre nous qui ont la chance d'être aux études ou de décrocher un nouvel emploi dans une province dont le gouvernement aide financièrement à l'achat de matériel. Il arrive que des logiciels adaptatifs soient mis à la disposition des personnes âgées ou en chômage, mais seulement à condition qu'elles aient les moyens d'acheter leur propre ordinateur. La principale difficulté, pour ce groupe particulier, semble l'absence des moyens financiers nécessaires pour acheter les nouvelles versions améliorées et trouver la formation pertinente. Sans les nouvelles versions et sans formation, nous ne pouvons plus avancer. La situation est deux fois plus dure pour les personnes qui n'ont pas les moyens d'acheter leurs propres systèmes ou leurs propres logiciels. Les bibliothèques publiques offrent l'accès à des ordinateurs, à Internet et même à des comptes de courriel gratuits pour leurs usagers voyants, mais rares sont celles qui disposent même d'un seul ordinateur muni de logiciels adaptés aux besoins des personnes incapables de lire les imprimés. Il n'y a pas de programme idéal ou uniforme dans toutes les provinces pour acquérir le matériel ou les logiciels qui donneraient à tous les Canadiens des moyens égaux d'accès technologique à l'information.

En terminant, je dois dire que toute ma vie, j'ai réussi à « me débrouiller » (entre guillemets) pour lire la plupart des documents dont j'avais besoin, mais que j'ai dû aussi fermer les yeux et laisser passer un nombre encore plus grand d'écrits que j'aurais bien voulu lire. L'an dernier, j'ai découvert que la Charte canadienne des droits et libertés et l'Article 90 de la Charte des Nations Unies me donnaient le droit d'accéder à tous les renseignements dont j'ai besoin. Je crois que nous devrions être mieux informés de nos droits. Nous devons nous mettre à utiliser plus régulièrement nos bibliothèques publiques afin que leurs responsables nous reconnaissent comme des éléments à part entière de ce public qu'ils sont chargés de servir. Les bibliothécaires seront bien obligés de se familiariser avec nos demandes particulières et nous exigerons d'avoir accès à la même information, et en même temps, que tout le reste de la population.

Joby Fleming
Conseil sur l'accès à l'information pour les Canadiennes et les Canadiens incapables de lire les imprimés, présidente de l'Association nationale des étudiant(e)s handicapé(e)s au niveau post-secondaire (NEADS)

Données de base

Mon rôle habituel consiste à défendre les droits des personnes incapables de lire les imprimés et à me battre pour des questions de politique et d'accès. Il me fait donc grand plaisir de m'adresser à vous à titre de simple utilisatrice. D'ailleurs, c'est toujours ainsi que nous fonctionnons dans les réunions du Conseil. Nous venons à la table des débats comme représentants de nos organismes respectifs, mais en apportant nos points de vue personnels. Et voilà pourquoi les travaux du Conseil donnent de bons résultats et pourquoi notre programme d'action avance aussi rapidement.

Les participants à ce genre de rencontre devraient toujours avoir à l'esprit une parole tirée d'une allocution de Richard Lavoie, un conférencier motivateur puissant du domaine des troubles d'apprentissage. Voici ce qu'il dit : « La justice, c'est lorsque chacun obtient ce dont il a besoin; l'égalité, c'est lorsque tout le monde obtient la même chose ». Nous entendons souvent les autorités nous dire « si nous vous donnons ce dont vous avez besoin, ce ne sera pas équitable pour tout le monde ». Mais ce que nous voulons, c'est l'égalité. Ce n'est pas une question d'équité. Voilà ce que nous devons rappeler sans cesse aux décideurs.

Il faut se rappeler aussi que les idées nouvelles ne sont pas nécessairement coûteuses. Le Conseil s'est chargé de certaines tâches dont l'exécution demande surtout une prise de conscience, un sens créateur et de la planification, et très peu d'argent.

Préoccupations

Je m'inquiète des obstacles que pourraient créer les changements apportés aux lois actuelles sur le droit d'auteur. Nous avons exprimé publiquement nos préoccupations en ce sens à l'université où j'étudie, à Terre-Neuve. Le centre de reprographie refusait de produire les textes sur support de substitution qui sont nécessaires aux étudiants incapables de lire les imprimés ordinaires. Il s'agissait de prévoir des espacements plus grands, des gros caractères, des documents pouvant être lus au moyen d'un analyseur de texte, et ainsi de suite. Les employés de la reprographie refusaient donc de fournir ces services par crainte de perdre leurs emplois et pour des raisons d'ignorance. Interrogées, les autorités universitaires ont répondu qu'il ne devrait pas y avoir de problème, puisque la loi ne s'applique qu'aux nouveaux ouvrages en circulation. Fort bien, mais dites-moi, connaissez-vous beaucoup d'étudiants d'université qui préparent leurs examens et leurs travaux en lisant des livres périmés? De telles attitudes peuvent être catastrophiques. Elles montrent également que nous devons pousser à des améliorations dans les détails aussi bien que dans les grands principes. (Note de la rédaction : Plus tard pendant l'atelier, des intervenants ont apporté des précisions concernant les dérogations permises aux lois sur le droit d'auteur.)

Je m'adresse à vous en tant que personne ayant une déficience visuelle invisible. En me regardant fonctionner, la plupart des gens se disent que je suis dans la moyenne et que je n'ai pas du tout besoin d'aide. Je me retrouve donc obligée de défendre sans cesse mes droits et cela me rend très dépendante à l'égard des autres pour ce qui a trait à l'incapacité de lire les imprimés. En ce moment, j'étudie à l'université pour devenir enseignante au primaire et je dois trouver des moyens de lire les livres nécessaires et d'accomplir des tâches telles que la préparation de programmes d'études imprimés. Aucun des documents dont j'ai besoin n'est offert sur bande sonore ou sous forme de texte électronique. Il faut donc que je mette toute mon énergie à lutter pour arriver à lire et comprendre les documents plutôt qu'à trouver des manières originales d'enseigner la matière.

C'est une situation bien pénible.

Ce sont là les genres de problèmes que doivent affronter les utilisateurs. Et je m'exprime à ce sujet à titre professionnel. Je ne veux pas que vous nous voyiez uniquement comme des étudiants, parce que l'occupation d'étudiant est temporaire. Il faut nous considérer comme des professionnels de l'enseignement. Les problèmes d'étudiant, nous les laisserons bientôt derrière nous. Dans mon cas, ce sera très bientôt. En fin de compte, ce qu'il nous faut atteindre, c'est non seulement l'autonomie dans un contexte d'école ou de bibliothèque, mais une véritable indépendance dans le monde. Nous devons réclamer l'indépendance dans la société tout entière. En adoptant cette attitude, nous pourrons ensemble faire changer les choses partout et de manière uniforme.

Les résumés d'exposés ont été préparés par Leacy O'Callaghan-O'Brien.