Cette page Web archivée demeure en ligne à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Elle ne sera pas modifiée ni mise à jour. Les pages Web qui sont archivées sur Internet ne sont pas assujetties aux normes applicables au Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada, vous pouvez demander de recevoir cette page sous d'autres formats à la page Contactez-nous.
1 | 2
Les affiches, telles que définies par Bibliothèque et Archives Canada, se divisent en deux catégories : le placard, feuille de papier imprimée contenant uniquement du texte, et l'affiche, composée d'éléments graphiques et textuels. Conçues pour être exposées, ces deux présentations servent à diffuser de l'information. BAC est issu de la fusion de deux anciennes institutions : la Bibliothèque nationale du Canada et les Archives nationales du Canada. La première conservait les placards, alors que la seconde collectionnait les affiches. Aujourd'hui, BAC se procure toutes les formes d'affiches selon trois modalités : dans le cadre du dépôt légal, grâce au programme d'acquisition des documents gouvernementaux, et par le biais de dons ou d'achats de documents d'individus ou d'organismes privés.
Figure 4: Affiche électorale portant sur la saine gestion financière du Parti libéral. Le National Liberal Bureau, Ottawa, 1930.
Les affiches existent depuis très longtemps. Leur histoire remonte à l'invention de l'imprimerie en Europe de l'Ouest. Elles sont produites en grand nombre dès le début du XVIe siècle, et contribuent pour une bonne part aux débats politiques et sociaux qui agitent la société européenne au cours des trois siècles suivants. L'utilisation d'affiches, en particulier à des fins politiques, est largement répandue; les mouvements d'opposition s'en servent comme d'une arme. Les gouvernements connaissent aussi le pouvoir de l'affiche et l'utilisent à leurs propres fins - pour publier leurs édits, rechercher des criminels ou annoncer de nouveaux règlements. Par la suite, les affiches seront de plus en plus souvent utilisées à des fins commerciales : pour annoncer une pièce de théâtre, un festival, un concert ou toute autre manifestation sociale.
Figure 5 : Annonce pour la presse à imprimer automatique « The New Style » dans Canadian Illustrated News, mai 1877
Figure 6 : Souvenir de la grande Fête nationale des Canadiens français, Montréal, Québec, le 24 juin 1880
Figure 7 : Publicité pour le ballet In the Land of the Spirits, produit par la Canadian Native Arts Foundation et le Centre national des arts, vers 1992
Jusqu'au XIXe siècle, les contraintes d'impression limitent la production à des affiches ne comportant que du texte. En 1798, en Allemagne, Alois Senefelder invente la lithographie, une nouvelle technique qui permet d'imprimer de grandes quantités d'affiches et de combiner image et texte sur une même pierre. La lithographie se transforme rapidement en une technique d'impression en couleurs, produite à partir de plusieurs pierres. L'invention de la presse à vapeur dans les années 1850 permet ensuite de produire des milliers d'affiches à l'heure. Grâce aux progrès réalisés dans le domaine de l'imprimerie en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, la fabrication des affiches devient de plus en plus complexe, et les illustrations de plus en plus belles. Le développement du commerce au XIXe siècle, notamment l'apparition des premiers grands magasins (1824), du chemin de fer (1830), des grands hôtels, des cirques ambulants et des tournées théâtrales, et enfin celle des outils d'exposition spécialement conçus pour la publicité par affiche, entraînent un accroissement considérable du nombre d'affiches produites et de leur diversité. De 1850 à 1900, le nombre d'imprimeries quadruple au Canada, et la création d'agences de publicité modernes contribue à l'essor de la production et de la distribution des affiches comme outil de persuasion de masse; l'agence britannique Carlton Studios, cofondée par quatre Canadiens en 1902, devient rapidement la plus grande firme de publicité au monde.
Figure 8 : Publicité pour la compagnie E.B. Eddy's Manufacturing & Lumbering, Hull, Qc, vers 1884
Figure 9 : Annonce pour le service de paquebots Empress Steamers de Canadien Pacifique, de l'Angleterre au Canada, 1920
L'histoire de l'affiche au Canada nous permet d'aborder toutes les facettes de la vie quotidienne. Au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, on se sert d'abord et avant tout de placards pour diffuser des avis publics sur tous les sujets. À partir des années 1860, la production d'affiches (placards illustrés) devient la méthode privilégiée par les entreprises, les partis politiques, les gouvernements et autres organismes pour communiquer leurs messages à un large public. La politique de protectionnisme, mise en place au Canada dans les années 1850, permet à sa jeune industrie de l'imprimerie de se développer malgré la présence de compagnies étrangères; l'immigration d'artisans qualifiés, venus en particulier de Grande-Bretagne et d'Allemagne, contribue également à l'essor de cette industrie. Les affiches deviennent plus complexes et attrayantes. Celles diffusées durant la campagne électorale de 1891, par exemple, servent par la suite de modèle à la plupart des grandes campagnes publicitaires. L'image de sir John A. Macdonald brandissant un drapeau (parue sur un dépliant intitulé The Old Flag, The Old Policy, The Old Leader) devient le symbole des politiques de la fin du XIXe siècle, tout comme l'affiche de Trudeau en Che Guevara, diffusée durant la campagne électorale de 1968, sera le symbole des années 1960. Le nombre de compagnies utilisant l'impression chromolithographique augmente rapidement à Toronto et à Montréal, et dans une moindre mesure, à Hamilton.
Figure 10 : Annonce pour les zones agricoles canadiennes, notamment au Manitoba, dans le Nord-Ouest canadien et en Colombie-Britannique, vers 1890
Figure 11 : Affiche électorale portant sur le Parti libéral et la réduction des droits et prix. Le National Liberal Bureau, Ottawa, 1930.
Figure 12 : Annonce de l'Empire Marketing Board pour une conserverie de saumon située sur la côte Pacifique canadienne, 1926-1934
Figure 13 : Affiche électorale conservatrice soutenant les vieux principes, le vieux chef et la vieille allégeance à l'Angleterre, 1891
Figure 14 : Affiche électorale montrant une image de Pierre Elliott Trudeau, inspirée d'une représentation de Che Guevara, 1968
Pendant des générations, les Canadiens ont vu la Première Guerre mondiale à travers les affiches conçues pour stimuler le recrutement et répondre au besoin d'emprunts de la Victoire. Ces affiches montrent la nouvelle armée canadienne - les héros de Saint-Julien, Vimy et Passchendaele - ainsi que les hommes et femmes qui travaillent en usine et dans les chantiers navals, et participent financièrement à l'effort de guerre. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la fabrication de l'affiche atteint de nouveaux sommets grâce à des artistes tels A. J. Casson, Harry Mayerovitch, Charles Comfort et Henry Eveleigh, réputés pour la qualité et l'efficacité de leur travail.
Figure 15 : Affiche sur les obligations d'épargne: « Il faut exporter : Souscrivons à l'emprunt de la victoire », 1916-1918
Figure 16 : Affiche de recrutement locale, Hamilton, Ontario, 1915-1916
Figure 17 : Affiche de la Deuxième Guerre mondiale appuyant l'effort de guerre canadien et la production d'hydroélectricité
Figure 18 : Cette affiche intitulée « Ce qu'il faut pour vaincre » vise à accroître le moral de la population et le soutien à l'effort de guerre; elle met en vedette le lieutenant-colonel Ménard, 1943
Figure 19 : Cette affiche intitulée « Men of Valor - They Fight for You » (« Ce qu'il faut pour vaincre »), vise à accroître le moral de la population et le soutien à l'effort de guerre; elle met en vedette le capitaine Fred Slocombe, janvier 1943
Figure 20 : Tableau d'affichage pour le recrutement du Service féminin de l'Armée canadienne avec le slogan « It's Our World and Our War » (« C'est notre monde et notre guerre »)
Dès les années 1880, la Compagnie de chemin de fer du Canadien Pacifique utilise le potentiel de l'affiche pour faire découvrir aux touristes les beautés naturelles du Canada et attirer d'éventuels immigrants du monde entier. Les affiches servent aussi à annoncer la tenue de divertissements populaires, qu'il s'agisse de manifestations sportives, de tournées de cirques, de carnavals ou de foires, de spectacles de théâtre ou de danse, de concerts, de récitals ou d'expositions artistiques. Au fil du XXe siècle, les affiches et autres imprimés éphémères se multiplient dans les villes, apparaissant sur des panneaux d'affichage, des vitrines de commerces, des clôtures bordant les trottoirs, des lampadaires et des poteaux électriques. Dans les années 1920 et 1930, les agences de publicité professionnelles prennent de l'importance, et les concepteurs d'affiches commencent à être reconnus pour leur travail et leur créativité.
Figure 21 : Annonce de Canadien Pacifique d'activités de plein air pour les vacances, 1925
Figure 22 : Annonce de Rexall Drugs pour des tablettes de lait de magnésie
Figure 23 : Annonce pour les produits céréales Kellogg: Rice Krispies, Krumbles, Pep, Bran Flakes, et Corn Flakes
Figure 24 : Annonce pour la bière Regal-Amber Lager
De nos jours, il n'est pas si facile de raconter l'histoire de ce phénomène graphique. L'artiste C. W. Jefferys écrit en 1945 :
Je ne suis pas certain que dans le futur, lorsqu'on étudiera l'art de notre époque, on ne considérera pas comme très représentatives l'affiche publicitaire, l'affichette de vitrine ou de comptoir. [...] Dans cent ou deux cents ans, je me risque à prédire que de telles œuvres seront jugées plus typiques de l'art de notre temps que certaines des peintures prétentieuses exposées dans nos musées.
Malheureusement, les affiches et placards ont toujours été conçus en fonction de l'actualité et d'une production à bon marché, et non en vue d'une conservation à long terme; ces œuvres ont toujours eu un caractère éphémère. Bien que certaines affiches aient été tirées à plus de 100 000 exemplaires, on n'en trouve plus que dans une ou deux institutions publiques. Ce site Web a justement été créé parce que les collections de BAC contiennent un très grand nombre de ces pièces uniques - tous les autres exemplaires ayant disparu.
Figure 25 : Placard sur la prohibition, série Plebiscite, no 5, Dominion Women's Christian Temperance Union, Toronto, Ontario
Figure 26 : Annonce pour l'exposition « Affiches de trois guerres », Galerie nationale du Canada (maintenant le Musée des beaux-arts du Canada), 1969
Figure 27 : Annonce pour le Royal Winnipeg Ballet, 1980
Ce site Web permet d'examiner l'art de l'affiche et du placard d'un point de vue thématique. Chacun des thèmes abordés débutera par une introduction et comprendra des exemples d'œuvres classées par ordre chronologique, ou selon les étapes qui ont jalonné l'évolution du graphisme, ou encore selon les artistes ou éditeurs. Nous examinerons quelques œuvres en détail et nous établirons des liens avec des fonds d'archives de graphistes, leurs dessins préparatoires, notes, photographies et autres documents. Cet effort d'expliquer le processus de production d'une affiche permet de faire mieux apprécier cette technique qui le mérite amplement.
Jim Burant
Gestionnaire
Bibliothèque et Archives Canada
Art et photographie
11 août 2009
1 | 2