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ARCHIVÉE - La bande dessinée de la « grande noirceur »

Nous avons vu que jusqu'à la révolution industrielle la société québécoise est essentiellement rurale, attachée à ses traditions et à sa langue, et soumise à l'autorité ecclésiastique. Au début du XXe siècle, l'industrialisation et l'urbanisation progressent à un rythme effréné, et l'Église appréhende la propagation des idées libérales qui menacent son influence. Aussi le clergé resserre-t-il son emprise sur la société québécoise et se tourne-t-il de plus en plus vers un passé mythique : c'est la « grande noirceur ».

Entre les années 1919 et 1944, les bandes dessinées québécoises qui paraissent -- exception faite des BD publiées dans la grande presse -- sont le fait des congrégations religieuses et de certaines associations catholiques francophiles. Tournant le dos à la modernité et à l'influence américaine, ces bandes abandonnent l'usage du phylactère et présentent un long paragraphe de texte sous l'image, comme c'est encore la pratique en France. De l'adaptation de la Bible à la vie de saints et de prélats de l'Église, en passant par le martyre de missionnaires, les albums de bandes dessinées religieuses constituent presque toute la production québécoise de cette époque.

Terroir et histoire, 1919-1940

Les bandes dessinées publiées dans les quotidiens sont résolument modernes et reflètent la société en mutation. Conservatrices et réactionnaires, les bandes dessinées, publiées sous l'égide du clergé ou des organisations nationalistes et religieuses, véhiculent l'idéologie dominante et transmettent les thèmes récurrents de la littérature canadienne-française (roman et poésie) du début du siècle : passé et terroir. Pourtant, l'industrialisation progresse si rapidement que la population agricole ne représente plus, en 1921, qu'un tiers de la population totale de la province. Ces BD, destinées principalement aux enfants, sont des outils de propagande des autorités ecclésiastiques et présentent une image idéalisée de la société contemporaine.

La glorification d'un passé fabuleux

Image tirée de la bande dessinée LE MARTYRE DES PÈRES BRÉBEUF ET LALEMENT, publiée dans l'album LES CONTES HISTORIQUES DE LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL (1919)

La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB), organisme nationaliste, édite une série de dix feuillets intitulés Contes historiques de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1919. Fortement inspirées par les images d'Épinal françaises1, ces contes font l'apologie de la Nouvelle-France, du peuple canadien-français et de la foi catholique. Leurs auteurs sont des membres influents de l'élite catholique, tel le chanoine Lionel Groulx, tandis qu'ils sont illustrés, entre autres, par Onésime-Aimé Léger, Albert-Samuel Brodeur, Rita Mount, Napoléon Savard, Claire Fauteux, Georges Latour et James McIsaac.

Devant le succès remporté par cette série de dix contes, la SSJB publie une seconde série de huit contes la même année, et une troisième en 1920. Maintes fois rééditées, les deux premières séries des Contes historiques se sont écoulées à plus de 500 000 exemplaires. Une reliure, imprimée vers 1921, permet de conserver les 26 feuillets.

La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal continue sur la voie de la presse enfantine et publie, de novembre 1920 à juillet 1940, le mensuel L'Oiseau bleu. Première revue québécoise consacrée exclusivement à la jeunesse, L'Oiseau bleu offre, en couverture et en pages centrales, quelques BD légendées d'Albert-Samuel Brodeur (« Francine et Graindesel ») et de James McIsaac (« Les Aventures de Florette »). Dès 1923, L'Oiseau bleu présente des rééditions des trois séries des Contes historiques ainsi qu'une quatrième série restée inédite. À partir de 1929, L'Oiseau bleu ne publie plus d'histoires en images.

La défense des traditions

Image tirée de la bande dessinée LA CAMPAGNE CANADIENNE, publiée dans le journal AVE MARIA (février 1943)

En 1935, l'Association catholique des voyageurs de commerce de Trois-Rivières commandite plusieurs feuilletons d'histoires en images : « L'Appel de la race » (illustrations de J. Paquette) et « Au cap Blomidon » (illustrations de James McIsaac) d'Alonié de Lestre (pseudonyme de Lionel Groulx) adaptés par Victor Barette; « Jean Rivard », roman d'Antoine Gérin-Lajoie (illustrations de J. McIsaac); « La Campagne canadienne », roman d'Adélard Dugré (illustrations de Maurice Raymond); « Les Anciens Canadiens », roman de Philippe Aubert de Gaspé (illustrations de Jean-Maurice Massicotte), et bien d'autres. Ces feuilletons, dont sont tirés des albums, paraissent dans des journaux (Le Devoir, L'Action catholique et Le Bien public) ainsi que dans des revues (La Famille et Ave Maria). Ils propagent les valeurs véhiculées par le clergé et les groupes nationalistes : valorisation de la patrie canadienne-française et de la famille, protection de la langue française, homogénéité de la race, retour à la terre, dangers de l'urbanisation et soumission à l'Église.

La chasse aux « comics », 1943-1965

La bande dessinée canadienne-anglaise vit son âge d'or au cours de la Seconde Guerre mondiale, alors qu'une interdiction d'importation frappe les comic books2 américains. Paradoxalement, au Québec, c'est le retour en force des comic books américains à la fin du conflit qui stimule la production de bandes dessinées locales.

La prolifération de la violence dans les bandes dessinées américaines conduit les autorités civiles et religieuses à se pencher sur le phénomène. La bande dessinée n'a pas bonne presse au Québec ni dans le reste du Canada. Aussi, le gouvernement crée un comité sénatorial chargé d'étudier la question et renforce les dispositions du Code criminel (article 150 ) relatives à l'obscénité. (Voir « Les mesures de répression contre la bande dessinée » de John Bell.)

À Montréal, Gérard Tessier, inspecteur des écoles, appuyé par le cardinal Paul-Émile Léger, amorce une croisade contre les publications pernicieuses en 1955. Dans son ouvrage Face à l'imprimé obscène, il dresse un réquisitoire enflammé contre les comics américains et les revues importées de France. Il reprend à son compte plusieurs des arguments avancés par le psychiatre américain Frederic Wertham dans sa campagne anti-comics et les adapte au contexte québécois. Il y ajoute une liste, « sujette à additions », de périodiques que tous les foyers québécois devraient proscrire pour diverses raisons : tous les comics américains (à l'exception de ceux qui sont réalisés par les institutions catholiques) et la plupart des revues de BD franco-belges destinées à la jeunesse.

Plusieurs revues québécoises de bandes dessinées, d'inspiration catholique, voient donc le jour au cours des années 1940 et 1950 : François en 1943 (rejoint par Claire en 1957), Hérauts en 1944 (ainsi que ses revues sœurs Ave Maria, L'Abeille, Jeunesse, L'Éclair et Stella Maris en 1947), Sais-tu? en 1945, Exploits illustrés en 1947 et Le Petit Héraut en 1958. La BD religieuse est alors à son apogée.

Des publications pour les jeunes : François, Claire, Hérauts...

Bande dessinée ROBINO, publiée dans le magazine FRANÇOIS (volume 12, numéro 17)

La Centrale de la Jeunesse étudiante catholique (JEC) lance, en 1943, un journal bihebdomadaire intitulé François qui fait paraître plusieurs séries québécoises, la plupart humoristiques (« L'As des montagnes », « Les Loups-garous de Beauchâtel », « Le Dernier des Saute-à-pic » de Julien Hébert et « Pictou » de Jean-Paul Ladouceur) ainsi que -- fait très rare à l'époque -- quelques bandes d'aventures (« Yves l'Aventurier » de Julien Hébert et « Robino » de Jacques Bernier). Après avoir publié, au début des années 1950, des traductions de bandes américaines et des rééditions de séries européennes, François présente un cocktail de bandes françaises, américaines et québécoises en 1957. Plusieurs épisodes des aventures de Météore, jeune garçon intrépide, écrits par Jean-François et Michel, y paraissent; on peut aussi y lire « Les Contes de papa Du nord », signés de l'initiale S.

Bande dessinée JANI, publiée dans le magazine CLAIRE, volume 4, numéro 12

La JEC donne naissance à Claire, pendant féminin de François, en 1957. Les deux revues publient sensiblement les mêmes BD et ne diffèrent que sur le plan des articles et des chroniques. La série vedette de Claire est « Jani », histoire d'une jeune hôtesse de l'air déterminée et sûre d'elle, dessinée par Nicole Lapointe dans un style résolument moderne. Nicole Lapointe -- qui fera carrière dans la chanson sous le nom d'Isabelle Pierre -- signe presque toutes les illustrations de Claire ainsi que plusieurs courts récits religieux.

Couverture du magazine HÉRAUTS, volume 14, numéro 12

Le mensuel Hérauts, créé par la maison d'édition Fides, est lancé en avril 1944. Le premier numéro, entièrement composé de traductions de bandes américaines tirées du comic book Timeless Topix, est imprimé à 100 000 exemplaires. L'éditorial du second numéro définit clairement l'objectif : combattre sur leur propre terrain les « mauvais » comic books américains qui corrompent et abrutissent la jeunesse. En septembre 1947, la revue Hérauts s'associe à des revues religieuses (Ave Maria, Jeunesse, Stella Maris, L'Abeille et L'Éclair) pour être distribuée dans les écoles. Cette association a une incidence importante sur le contenu BD de la revue, qui diminue de façon marquée en faveur de rubriques et d'articles conformistes. En fait, Roland Canac-Marquis de Hérauts reprend la formule qu'il a mise au point dans Sais-tu?, revue éphémère qui paraît de 1945 à 1947.

De 1948 à 1952 paraît une version européenne de Hérauts. Publiée en France par la Société Fides et en Belgique par les Éditions du Rendez-Vous, cette revue, qui ne réussit pas à rivaliser en qualité avec les publications européennes (Spirou, Tintin, Vaillant, Bayard et autres) disparaît rapidement. Bien que son contenu ne soit constitué que de BD américaines traduites, Hérauts est au cœur de la première tentative d'exportation d'une revue québécoise en Europe.

Page tirée de l'album de bandes dessinées TONIO, LE PETIT ÉMIGRÉ (1957)

À partir de 1955, Hérauts propose des bandes locales réalisées par Gabriel de Beney et surtout par Maurice Petitdidier. En plus d'illustrer des chroniques, des pages à colorier et des jeux dans Hérauts, Petitdidier y dessine de nombreux récits d'aventures qui font rêver les jeunes lecteurs : « Une de perdue, deux de trouvées », « Le Secret de la rivière perdue », « Toupet dans l'Ungava », « Picou agent secret », « Claude en hélicoptère », « Tonio le petit émigr » et plusieurs autres. Gabriel de Beney réalise, quant à lui, « La Sonate de l'aveugle », « La Légende de Cadieux » et « Les Trois Pommes et le calife ». Presque toutes les bandes américaines et québécoises publiées dans Hérauts sont reprises en albums dans les collections Trésor de la jeunesse, Légende dorée, Albums du gai lutin ou Jeunes intrépides.

Fides lance, en septembre 1958, une version de Hérauts adaptée aux élèves de 7 à 10 ans : Le Petit Héraut. Encore une fois, Maurice Petitdidier y est omniprésent. Il y anime une série intitulée « Fanchon et Jean-Lou », qui devient rapidement la vedette du journal. Le Petit Héraut publie des rééditions de Hérauts ainsi que quelques séries françaises et américaines. Cette revue paraît jusqu'en juin 1961 (la dernière année sous le titre de Fanchon et Jean-Lou).

Couverture de l'album de bandes dessinées EXPLOITS ILLUSTRÉS, volume 3, numéro 3

La Compagnie de publications agricoles ltée, qui publiait Sais-tu?, se tourne en 1947-1948 vers l'édition de versions québécoises de comic books : Treasure Chest of Fun and Facts, rebaptisé Exploits héroïques et d'aventures illustrés, qui présente des histoires moralisantes, des vies de saints, des adaptations de classiques de la littérature jeunesse de même que quelques histoires drôles, et Classics Illustrated, renommé Illustrés classiques.

L'aventure de la BD québécoise dans François, Claire et Hérauts est de courte durée, car, au terme de cinq années (1955 à 1960), elle cède définitivement la place aux bandes américaines. Hérauts publie des traductions de Classics Illustrated et de bandes publiées originellement par Dell Publishing, tandis que Claire et François présentent des adaptations en bandes dessinées de feuilletons télévisés et de films à succès, également distribuées par Dell Publishing. Puis, les revues belges (Tintin et Spirou) et françaises (Vaillant, puis Pif et Pilote), avec leurs pages en couleurs -- sur papier glacé -- et leurs aventures trépidantes submergent le marché. Incapables d'y faire face, les trop sages François et Claire disparaissent à la fin de 1964, suivies de près par Hérauts en mai 1965.




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