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ARCHIVÉE - « Le printemps de la bande dessinée québécoise »

Dans les années 1960, la société québécoise est en pleine effervescence. Le Québec se modernise et cherche à prendre en main son économie et son avenir. Les réformes qui tournent le dos aux valeurs traditionnelles, véhiculées par le clergé, se multiplient. La culture québécoise s'affirme au théâtre, au cinéma, en peinture, dans la chanson et aussi dans la littérature. L'exposition universelle de 1967, Terre des Hommes, célèbre la nouvelle ouverture sur le monde de la société québécoise. Au plus fort de ce qu'on a appelé la Révolution tranquille, alors que le nationalisme québécois s'exacerbe, des mouvements de contestation des syndicats et des étudiants éclatent au Québec comme partout dans le monde occidental. Dans leur sillage vient le renouveau de la BDQ, surnommé « Le printemps de la bande dessinée québécoise », du titre d'un article de Georges Raby publié dans Culture vivante en 1971.

Le monde occidental évolue, de même que sa perception de la bande dessinée. La BD est désormais une forme d'expression artistique à part entière. On commence à la considérer comme le « neuvième art ». En Europe, les expérimentations graphiques et narratives qui s'adressent aux jeunes adultes foisonnent dans les pages de revues comme Pilote et Charlie. Ces revues, ainsi que les travaux d'auteurs d'avant-garde de la côte ouest américaine, Robert Crumb et Gilbert Shelton à leur tête, inspirent également les créateurs québécois. Les auteurs se réunissent et échangent, des groupes se forment, on organise des expositions et des festivals. Comme dans les autres formes d'expression artistique, les créateurs québécois de BD veulent prendre la place qui leur revient sur leur propre marché.

Contestation et expérimentations, 1968-1978

La disparition de la presse catholique pour enfants, au milieu des années 1960, a laissé un grand vide. Au cours des années suivantes, de 1965 à 1967, la bande dessinée québécoise est somme toute inexistante, à l'exception de l'increvable « Onésime » d'Albert Chartier. Tandis que la décennie s'achève, la maison d'édition Héritage, de Saint-Lambert, commence la publication de comic books américains traduits ici. Profitant de la vague des superhéros qui déferle sur les États-Unis, les cinq premiers titres publiés (L'Étonnant Spider-Man, Capitaine América, Les Fabuleux Fantastic Four, L'Incroyable Hulk et Rawhide Kid) remportent un succès immédiat. Plusieurs dizaines d'autres titres s'ajouteront au cours des deux décennies suivantes. En fait, Héritage inonde littéralement le marché de ces traductions. Seule exception, l'unique numéro du comic book des Aventures du capitaine Nicolas Bonhomme, réalisé par Gui Laflamme en 1970. Toutefois, de nouveaux créateurs québécois sont sur le point de faire leur apparition.

C'est autour du poète Claude Haeffely que se forme le premier groupe de créateurs. Pendant les brefs six mois où il fut actif, le groupe du Chiendent, composé d'Haeffely et des illustrateurs Marc-Antoine Nadeau, André Montpetit et Michel Fortier, réussit à faire publier quelques BD très innovatrices dans des périodiques comme Le Maclean et Perspectives. Ses membres réalisent quelques albums (Le Baiser chinois, Le Cirque national du Québec) qui ne sont malheureusement pas publiés, faute d'éditeur.

En mai 1970 paraît Oror 70 (Celle qui en a marre tire), premier album moderne de bandes dessinées québécoises dans lequel s'entremêlent amour libre, drogue, rejet de la société de consommation et indépendance du Québec dans une atmosphère psychédélique, d'André Philibert. Un autre album au ton semblable paraît quelques mois plus tard chez le même éditeur (Éditions du Cri) : L'Œil voyeur par Tibo (nom de plume de Gilles Thibault).

De drôles de noms pour de drôles de revues

Cependant, de jeunes auteurs veulent se faire entendre et présenter aux lecteurs leurs créations. Aussi plusieurs groupes se forment-ils dans le but d'éditer des revues qui paraissent presque simultanément aux quatre coins de la province. Issues pour la plupart des milieux collégial et universitaire, ces revues au contenu parfois très amateur et souvent d'avant-garde ne sont publiées que le temps de quelques numéros.

Image tirée de la bande dessinée PAUL HAROÏD, publiée dans le magazine MA®DE IN QUBEC, numéro 4

La première à voir le jour est Ma®de in Quebec : cinq numéros (dont un numéro 0) entre 1970 et 1972. Animée par Fernand Choquette et André Boisvert, à Sherbrooke, Ma®de in Quebec présente des BD des deux animateurs ainsi que d'André Philibert, de Nimus, et de quelques autres. Suit bientôt L'Hydrocéphale illustré avec deux numéros, de 1971 à 1972. Parrainé par le service d'animation culturelle de l'Université de Montréal, ce tabloïd publie les premières œuvres de Jacques Hurtubise, de Gilles Desjardins et de Réal Godbout. B.D., de Sainte-Thérèse, voit paraître deux numéros en 1971, puis (après une année consacrée à la recherche de financement et aux expérimentations graphiques) sept numéros en 1973. On peut y lire, entre autres, des bandes de Godbout, de Michel Tassé, de Tibo, d'André Philibert, d'André Myette et de Pierre Dupras.

À Arvida, au Saguenay, Robytail, Simard et Marlin éditent, entre 1973 et 1974, trois numéros de Tomahac, revue de BD humoristiques, tandis que Patrimoine, à Québec, fait découvrir les talents d'auteurs qui marqueront : Louis Rémillard, André-Philippe Côté et Toufik (quatre numéros de 1973 à 1974). Cependant, à l'autre bout de la province, dans la région de l'Outaouais, La Pulpe est publiée en onze numéros, de 1973 à 1975, et présente des planches de Jacques Boivin, de Ricar, de Sycor, de Poc, de Denis Leclerc, de Manu et du tout jeune Paul Roux.

D'autres revues telles que Pizza Puce avec Emmanuel Nuno, en 1971, Kébec Poudigne, également en 1971, dans laquelle débute Jean Bernèche, puis Kébek Komik de Hugues de Corta et de François Goyette, en 1976, ne vivent que le temps d'un seul numéro.

Ces revues ne visent plus le public jusqu'alors traditionnel de la BD, c'est-à-dire les enfants. Dans la mouvance des revues européennes et américaines de l'époque, elles tentent plutôt de rejoindre les jeunes adultes. Comme dans tous les mouvements artistiques du moment, la contestation et la remise en question de la société sont les mots d'ordre. Au moyen de la satire politique et de la critique sociale, les bandes proposées remettent en cause les fondements mêmes de la société québécoise. Les BD poétiques, psychédéliques et humoristiques y sont également très présentes. Par contre, les récits d'aventures sont totalement abandonnés.

Ces premières tentatives d'édition, nées dans l'enthousiasme, se heurtent violemment à la dure réalité du marché ainsi qu'à des obstacles économiques incontournables : le lectorat québécois, relativement restreint, est éparpillé sur un vaste territoire, et l'impression en couleurs de même que la distribution d'une revue à l'échelle de la province coûtent cher. L'absence de structures et de politiques éditoriales, l'irrégularité des parutions qui ne favorise pas la fidélisation du lecteur, le contenu axé sur l'expérimentation graphique au détriment de la narration -- ce qui rebute certains lecteurs --, voilà d'autres difficultés qu'affrontent ces revues. La situation est telle qu'il est presque impossible d'obtenir quelque contrat publicitaire que ce soit, et même d'attirer suffisamment de lecteurs pour subsister. Parfois, quelques subventions gouvernementales viennent épauler une publication (p. ex., B.D. et La Pulpe), mais elles finissent toutes par disparaître à plus ou moins brève échéance.

Pendant ce temps, du côté des albums…

Même si personne ne réussit à implanter de revue de bandes dessinées locales, la BD est très populaire au Québec. Les albums européens (français et belges) occupent tout le marché, et les lecteurs sont avides de nouveautés, si bien qu'en 1973 l'éditeur français Dargaud ouvre une filiale à Montréal, Dargaud Canada, qui se charge de l'édition canadienne des albums de son catalogue (Astérix, Achille Talon, Philémon, Blueberry, Lucky Luke et quelques autres). Il est bientôt imité par l'éditeur belge Dupuis, qui ouvre, lui aussi, un bureau montréalais.

Couverture de l'album de bandes dessinées PATOF CHEZ LES DINOSAURES, numéro 3 (1976)

Devant le succès des albums européens, des éditeurs québécois tentent de s'emparer d'une part du marché. En revanche, ils hésitent à offrir du matériel original; aussi se contentent-ils de proposer des albums inspirés de personnages populaires de la télévision : Bobino, Patof, Le Capitaine Bonhomme et Nic et Pic. La seule série originale à paraître, Bojoual le Huron kébékois de J. Guilemay, est fortement inspirée d'Astérix le Gaulois.

Images tirées de la bande dessinée LA BATAILLE DES CHEFS (1973)

D'autres éditeurs proposent des albums de BD politiques à l'intention d'un lectorat adulte : Petit manuel d'Histoire du Québec de Robert Lavaill et de Léandre Bergeron (tome 1 en 1971 et tome 2 en 1973), qui connaît un succès certain aux Éditions Québécoises, ainsi que La Drapolice en 1971 et La Bataille des chefs en 1972, deux albums écrits par Pierre Dupras. Il reprend dans ces albums des satires politiques publiées hebdomadairement dans Québec-Presse.

À Mattawa (Ontario), Clermont Duval réalise et publie lui-même plusieurs récits d'aventures qui allient western et science-fiction, genres peu fréquentés par les auteurs québécois : La Guerre à coups de poings (1977), L'Arme humaine (1978) et La Rage aux dents (1978). Ces fascicules sont distribués au Québec par les Éditions Héritage.

Une seconde génération de revues à la rescousse

Riches des tentatives avortées qui les ont précédées, de nouvelles équipes lancent leurs revues. Elles visent désormais un public élargi, et le contenu, tout comme la présentation, de leurs revues est davantage soigné. Cette fois, l'humour occupe une place plus importante. La satire sociale est encore présente et les expérimentations se font plus rares.

Couverture de l'album de bandes dessinées L'ÉCRAN, numéro 4 (1974)

En 1974, L'Écran fait paraître quatre numéros. Cette revue de Sherbrooke présente des BD de Fernand Choquette, de Trud Fiset, de Denis Rousseau, de Michel Fortier, d'Yves Poissant et de Dan May (Daniel Racine), qui en est le principal dessinateur. Première revue professionnelle (papier glacé, pages en couleurs), L'Écran compte aussi sur une solide équipe de rédaction composée d'André Carpentier, de Jacques Samson, de Richard Langlois et de Denis Bachand. Ceux-ci se poseront, quelques années plus tard, comme les premiers spécialistes de la bande dessinée au Québec.

Images tirées de la bande dessinée PÉNIARCADE, publiée dans le magazine L'ILLUSTRÉ, numéro 8

Les auteurs de Ma®de in Quebec, de L'Hydrocéphale illustré et de Kébec Poudigne s'unissent et forment, sous la houlette de Jacques Hurtubise et de Pierre Fournier, les Éditions de L'Hydrocéphale entêté. Le groupe publie, en 1973, sa première revue, Les Aventures du Capitaine Kébec. Bien qu'un seul numéro ait paru, le Capitaine Kébec de Pierre Fournier a marqué de façon indélébile l'imaginaire québécois et, encore aujourd'hui, ce personnage est souvent utilisé comme emblème de la BDQ. L'Hydrocéphale entêté publie également un numéro de L'Illustré en 1974. Cette revue, véritable prototype de la revue Croc, publie Godbout, Hurtubise, Choquette, Bernèche et Alain Glomo.

Bande dessinée FLOWER POWER, publiée dans le magazine BALOUNE, numéro 4

À Québec, un jeune auteur qui fera parler de lui, Mario Malouin, édite de manière artisanale deux numéros d'une revue humoristique intitulée Plouf (1974-1975). Plouf présente des œuvres de Serge Gaboury, de François Faucher, d'André-Philippe Côté et de Marc Auger. À Montréal paraissent Prisme (huit numéros de 1976 à 1977, avec Grane (René Gratton), Toufik et Patrick Moerell) ainsi que Baloune (sept numéros de 1977 à 1978, avec Yves Poissant, Christine Laniel, Bado (Guy Badeaux) et Daniel Lefresne). Ces deux revues, de grande qualité, offrent principalement un mélange de BD d'humour et de science-fiction. Ce dernier genre, jusqu'alors boudé des bédéistes québécois, connaît une ferveur nouvelle suscitée principalement par la revue française Métal Hurlant qui publie les œuvres des dessinateurs Jean Giraud (Moebius), Philippe Druillet, Jean-Claude Mézières et Enki Bilal. L'influence de ces auteurs est considérable sur les créateurs québécois de l'époque.

Les Éditions Héritage ajoutent, de 1976 à 1978, quelques titres locaux à leur catalogue de comic books américains : Brisebois et compagnie, Monsieur Tranquille, Nic et Pic -- ces deux derniers titres étant inspirés d'émissions de télévision -- dessinés par Henri Desclez, et Capitaine Cosmos, huit numéros de 1980 à 1981, par Robert Schoolcraft. Celui-ci a dirigé, en 1979, une autre publication des Éditions Héritage consacrée à la science-fiction : Odyssée (deux numéros parus).

Pourtant, la grande presse résiste encore et toujours Malgré toute cette effervescence, la grande presse hésite à ouvrir ses pages à la BDQ. Le groupe du Chiendent fait bien paraître quelques histoires, mais, dans l'ensemble, les quotidiens québécois privilégient toujours, pour des raisons purement économiques, les bandes américaines offertes par les features syndicates. Toutefois, quelques BD parviennent à se faufiler dans les quotidiens et hebdomadaires : « Les Microbe » de Michel Tassé et « Rodolphe » de Jean Bernèche paraissent quotidiennement dans La Presse, tandis que « Nestor » de Marc Chatelle et Éric Thomas dans Photo-Journal, « Zanzan » de Serge Ferrand dans La Presse et « L'Homme impossible » de Pierre Thériault dans Le Soleil sont publiées dans les cahiers de fin de semaine de ces journaux.

Bande dessinée LE SOMBRE VILAIN, publiée dans le magazine PRISME, numéro 6

Néanmoins, de 1974 à 1976, la coopérative Les Petits dessins, syndicate québécois, réussit à faire paraître six bandes quotidiennes dans le nouveau journal indépendantiste Le Jour. C'est la première fois (et, hélas, la seule) qu'un journal québécois ne publie que des bandes quotidiennes réalisées par des auteurs locaux : « Les Terriens » de Réal Godbout; « Lunambule » de Tibo; « Célestin » de Michel Demers; « Jaunes d'œufs » de Bernard Tanguay; « Les Âmes limpides » de Richard Côté et de Claude Croteau; mais surtout « Le Sombre Vilain » de Zyx (Jacques Hurtubise). Le Sombre Vilain n'a qu'un but : devenir maître du monde. En attendant ce grand jour, cet anarchiste d'opérette devient rapidement la vedette du Jour, où ses aventures sont publiées jusqu'à la disparition du journal en 1976.

C'est à cette époque que les BD européennes, fortes de leur succès en album, font un retour dans les suppléments de fin de semaine, notamment « Astérix », « Lucky Luke » et « Bob Morane » dans Safari, cahier jeunesse du Montréal-Matin, de même qu'« Achille Talon », « Gaston Lagaffe » et « Boule et Bill » dans La Petite Presse, supplément du samedi de La Presse.

Les premières manifestations, 1971-1978

À la fin des années 1960, années qui marquent la reconnaissance de la bande dessinée en tant qu'art, des clubs d'amateurs se forment en Europe. Par des rencontres, des bulletins d'information, des conférences et des fanzines, les membres de ces clubs s'activent à faire la promotion de la BD. Leur première exposition d'importance est présentée au Musée des arts décoratifs de Paris, en 1967. Ils organisent des salons et des festivals de la bande dessinée à Lucca (Italie), puis à Angoulême (France) et à New York.

Peu à peu, les amateurs enthousiastes de la première heure laissent la place à une nouvelle génération de chercheurs. Historiens, sociologues et sémiologues s'intéressent à la BD, art typique du XXe siècle. Des ouvrages encyclopédiques, historiques et pédagogiques paraissent. Le langage spécifique à la BD est décortiqué, analysé, examiné sous toutes ses formes.

Salons et festivals de la bande dessinée

Dès 1971, le Salon international de la caricature de Montréal, dirigé par le caricaturiste Robert LaPalme, ajoute un volet bande dessinée à son exposition annuelle. Le grand prix du salon est remis, en alternance, à un maître de la caricature éditoriale, du dessin d'humour ou de la bande dessinée. Parmi les lauréats de ce prix, citons l'Italien Hugo Pratt et l'Américain Burne Hogarth.

Le groupe des Éditions de l'Hydrocéphale entêté est le groupe le plus actif durant la seconde moitié des années 1970. Il s'est donné comme mission de promouvoir la bande dessinée québécoise sur tous les fronts. En plus de ses activités éditoriales (publication de L'Illustré et des Aventures du Capitaine Kébec, mais aussi d'un guide à l'intention des auteurs, Le Guide du parfait petit dessinateur québécois de bandes dessinées), L'Hydrocéphale entêté organise une exposition, Le Show de la BDQ, qui voyage de Montréal à New York en passant par Toronto. L'Hydrocéphale entêté chapeaute également un syndicate local (la coopérative Les Petits dessins).

Animateur infatigable, Jacques Hurtubise participe à l'organisation du premier Festival de la bande dessinée de Montréal en compagnie de Pierre Huet, de Sylvie Desrosiers et de quelques autres. Ce festival, qui se déroule à l'Université de Montréal de 1975 à 1978, présente des œuvres d'auteurs européens et québécois. Pour les auteurs, ces fêtes de la BD sont de bonnes occasions de se réunir et d'échanger. Certains projets, telle la revue Baloune, sont nés de ces rencontres. Le festival renaît brièvement en 1989 et 1991; il revêt alors un aspect encore plus international, car, outre des auteurs européens, certains auteurs américains y sont invités.

En 1976, le Musée d'art contemporain de Montréal monte la première grande rétrospective de la bande dessinée québécoise. Cette exposition, qui a été présentée au festival d'Angoulême et au Centre culturel canadien à Paris, propose des planches originales d'auteurs de l'ancienne génération (Petitdidier et Chartier) et de la nouvelle génération (Fournier, Godbout, Tanguay, Montpetit, Tibo et autres). Plus tard, la même année, le Musée du Québec organise une exposition sur l'humour québécois dans la bande dessinée, la caricature, le dessin d'humour et l'animation. Cette exposition présente également des œuvres d'auteurs contemporains et anciens.

Quand les intellectuels s'en mêlent

Couverture du magazine BDK, numéro 19

L'équipe de rédaction de L'Écran est à l'origine d'un ouvrage qui fait date dans l'étude de la bande dessinée québécoise. André Carpentier, Richard Langlois, Denis Bachand et Jacques Samson, en collaboration avec Gleason Théberge et quelques autres, font paraître un numéro spécial de La Barre du Jour (revue d'études littéraires) entièrement consacré à la bande dessinée : BDK. Ce volume de plus de 260 pages aborde les aspects historiques, sociologiques et sémiologiques de la BD. D'autres articles paraissent dans des revues consacrées aux arts (« L'Esthétique de la bande dessinée, ou les confessions d'un mangeur de bulles... » de Georges Raby dans La Vie des Arts) ou à la sociologie (« Introduction à une lecture de la bande dessinée québécoise, 1904-1910 » de Jean Véronneau dans Stratégie), mais aussi, parfois, dans certains journaux et périodiques populaires (« Zap! Pow! Stie! : la nationalisation de la bande dessinée » de Serge Brind'amour dans Le Maclean). En 1975, Michel Ouellette lance B.D.K., fanzine consacré exclusivement à la BD québécoise, qu'il anime pendant trois ans (21 numéros).

À Sherbrooke, Richard Langlois prépare le cours « Bande dessinée et figuration narrative ». Dès 1973, ce cours est offert dans plusieurs établissements collégiaux et universitaires de la province. Par la suite, les cours théoriques et pratiques se multiplient dans les institutions du savoir. Certains, offerts par l'entremise des départements de français, abordent des questions théoriques, tandis que les départements d'arts plastiques proposent plutôt des ateliers de création. De ces ateliers proviennent de nombreux fanzines : Krypton, Zonar et Vestibulles au cégep du Vieux-Montréal, L'Œuf et 100 % Papier au cégep Ahuntsic, Opium au cégep de Joliette, Par Thouse B. D. au cégep de Sainte-Foy, Le Phare à la Polyvalente ouest de Sherbrooke, Le Scribe au collège Marie-Victorin, puis à l'Université du Québec à Hull, Club BD au cégep de Valleyfield, entre autres. Les écoles primaires et secondaires utilisent également la bande dessinée à des fins pédagogiques : tout peut s'enseigner grâce à la BD, de la sexualité à la lutte contre la toxicomanie, en passant par la démocratie et l'alimentation. De nombreux ouvrages sont publiés en vue d'initier le corps enseignant à ce nouveau médium.

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