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ARCHIVÉE - La percée du marché québécois

Au cours de la décennie 1970 paraissent, en Europe d'abord, puis dans le monde entier, des revues de bandes dessinées destinées à un public adulte. Linus (1965), Alter Linus, puis Alter Alter (1974) sont publiées en Italie; en Espagne, Trinca (1970); en France, L'Écho des Savanes (1972), Circus (1975), Métal Hurlant (1975), Fluide Glacial (1975) et (À suivre) (1978) se joignent à Pilote (mensuel depuis 1974) et à Charlie (1969); tandis que paraissent aux États-Unis Heavy Metal (1977) et Raw (1980). Les éditeurs spécialisés sortent bon nombre d'albums à l'intention de ce nouveau public plus fortuné; les ouvrages spécialisés abondent sur les rayons.

Ce glissement vers un lectorat adulte modifie considérablement le paysage de la bande dessinée mondiale. La BD n'est plus traitée comme un art mineur, et ses auteurs sont maintenant considérés comme des artistes.

Au Québec, la Révolution tranquille s'achève et, à la veille du référendum sur la question nationale (qui aura lieu en 1980), la culture québécoise connaît une période d'activité et de reconnaissance sans précédent. Cependant, la bande dessinée fait malheureusement bande à part, car les créateurs québécois ne réussissent pas à s'imposer.

En quête de lecteurs, 1979-

Couverture du magazine CROC, numéro 1

Les efforts déployés par Jacques Hurtubise au cours des années 1970 aboutissent à la création du mensuel Croc en octobre 1979. Ayant conclu, au gré de ses expériences passées, qu'une revue constituée exclusivement de bandes dessinées pourrait difficilement survivre dans un marché aussi restreint que celui du Québec, Hurtubise décide d'accoler aux BD une forte proportion de textes humoristiques à saveur sociale et satirique. Croc bénéficie au départ d'une subvention de 80 000 $ du ministère des Affaires culturelles du Québec. L'équipe de rédaction réduite au minimum (Hurtubise, Hélène Fleury et Pierre Huet) travaille d'arrache-pied, tant et si bien que Croc obtient rapidement du succès. Ses ventes passent de 20 000 à 75 000 exemplaires (et atteignent parfois 90 000 exemplaires)!

Images tirées de la bande dessinée OLGA ET LES BÊTES, publiée dans le magazine CROC, numéro 5
Images tirées de la bande dessinée GILLES LA JUNGLE, publiée dans le magazine CROC, numéro 88

Pendant les quinze années suivantes, Croc constitue une référence majeure en matière de bande dessinée québécoise. Dans ses pages défilent tout ce que le Québec compte alors d'auteurs de BD : Réal Godbout, Pierre Fournier (« Michel Risque », « Red Ketchup »), Michel Garneau alias Garnotte (« Pauvres riches »), Jacques Hurtubise (« Le Sombre Vilain »), Serge Gaboury (« Les Aventures de Hi-Ha Tremblay »), Lucie Faniel (« Olga et les bêtes », « Flip-lip »), Patrick Moerrel (« La Patinoire en folie », « Roch Moisan »), Caroline Merola, Jules Prud'homme (« La Sœur violente », « Xavier », « Vie moderne »), Jean-Paul Eid (« Jérôme Bigras »), Jacques Goldstyn (« Toto le Bosniaque », « Les Fiches du neurone banni » ), Claude Cloutier (« La Légende des Jean-Guy », « Gilles La Jungle », « Nevada Allaire ») et bien d'autres. Emporté par ce succès, Ludcom-Croc, la maison d'édition d'Hurtubise, multiplie ses activités et se lance, avec un bonheur inégal, dans la production d'une collection d'albums BD (Croc-Album), d'émissions de télé (« Le Monde selon Croc ») et de radio, de jeux (« Croc, le jeu qu'on rit »), de logiciels, de t-shirts et de différents gadgets (y compris une carte du monde!). En avril 1995 paraît le 189e et dernier numéro de Croc. Hurtubise fait également paraître quelques numéros de Mad-Québec, version québécoise de la populaire revue américaine, et d'Anormal, revue destinée aux adolescents.

Images tirées de la bande dessinée XAVIER : CHRONIQUE DES ANNÉES DURES, publiée dans le magazine TITANIC, numéro 3

Malgré tout, l'ambition de Jacques Hurtubise est de publier une véritable revue de bande dessinée. Avec une équipe maintenant rodée, il lance Titanic, au nom si bien prédestiné, en octobre 1983. Revue professionnelle, Titanic réussit à publier plusieurs auteurs de talent et des séries qui marqueront l'histoire de la BDQ. Garnotte (« Bougon des Grands-Routes »), Rémy Simard (« Zaza D'abord »), Serge Gaboury (« Alys »), Christian, Henriette Valium (« La Mallette de plastique »), Réal Godbout et Pierre Fournier (« Red Ketchup »), Jules Prud'homme et Sylvie Pilon (« Xavier ») et Claude Cloutier (« Gilles la Jungle ») y présentent leurs créations. Même le mythique Capitaine Kébec de Pierre Fournier y vit de nouvelles aventures. Malgré des ventes oscillant entre 11 000 et 17 000 exemplaires, l'expérience se révèle un gouffre financier pour l'éditeur, et Titanic sombre après douze numéros.

Une nuée de revues

La courte existence de Titanic galvanise les auteurs québécois. La possibilité d'être publiés incite les auteurs à s'atteler à la tâche. Dans les années qui suivent, plusieurs nouvelles revues qui présentent un contenu varié et professionnel paraissent. Leur existence est souvent très brève : certaines ne durent que le temps de quelques numéros.

Image tirée de la  bande dessinée ZEPH DE ST-ANSELME, publiée dans le magazine COCKTAIL, numéro 4

Déjà, en 1981, avaient paru six numéros de Cocktail animé par Yves Millet, avec, entre autres, Jules Prud'homme, Caroline Merola, Luis Neves et Jean Lacombe. Proposant un mélange de BD québécoises et de bandes classiques de l'âge d'or américain, Cocktail s'adressait à un public adulte et connaisseur. Cocktail cesse de paraître en 1982, mais il est suivi quelques années plus tard par Tchiize! présente et Tchiize! bis. Petit feuillet distribué gratuitement, Tchiize! présente paraît douze fois entre 1985 et 1987, puis revient de 1996 à 1999, le temps de neuf numéros supplémentaires, tandis que Tchiize! bis est une revue au sommaire copieux : Luis Neves et Jean Lacombe, mais aussi Luc Giard, Julie Doucet, André Rowe et Grozœil (Christine Laniel). Sept numéros paraissent de 1985 à 1988.

Image tirée de la bande dessiné BOB LECLERC, publiée dans le magazine ICEBERG, volume 3, numéro 1

En réaction à la publication de Titanic paraît le fanzine Iceberg qui regroupe des auteurs underground. Une première série de cinq numéros, de 1983 à 1985, présente des bandes d'Henriette Valium, de Thibaud de Corta, de Normand Hamel, de Diane O'Bomsawin et de plusieurs autres auteurs. Iceberg revient en 1990 sous forme de revue. Celle-ci réunit des BD classiques et expérimentales de Grégoire Bouchard, d'Oncle Graat (Martin Dupras), de Cédric Loth, de Rémy Simard, de Denis Lord et de Jean-Pierre Chansigaud. Après huit numéros, la seconde série d'Iceberg cesse de paraître en 1994.

Inspirés par les traductions de comics américains des Éditions Héritage, plusieurs fanzines paraissent entre 1978 et 1985 : Météor, Tornade, Laser, Empire, Galaxie, Phoenix, entre autres. Les histoires de superhéros cèdent progressivement la place à des récits de science-fiction. Plusieurs auteurs y font leurs débuts : Robert Rivard, Éric Thériault, Benoît Joly, Michel D'Amours et André Poliquin. Encore aujourd'hui, la science-fiction, tout comme l'underground, demeure l'un des genres les plus pratiqués dans les fanzines et les comic books (Strange Memories, Escadron Delta, Veena, Gravité Zéro, Fulgurant et Exil).

L'activité BD ne se concentre pas exclusivement à Montréal. Plusieurs revues paraissent également dans la région de Québec : Enfin bref présente dans cinq numéros (de 1985 à 1986) des BD de Love (Michel D'Amours), de Denis Goulet, de Pierre Drysdale, de Marc Pageau, de Jean Morin, de Louis Rémillard et de Benoit Joly; et La Tordeuse d'Épinal (huit numéros de 1985 à 1988), animée par Denis Lord, publie Jean-François Bergeron, Gilles Picard, Guy Arseno et Hélène Brosseau.

Une des revues les plus importantes de la région de Québec reste Bambou (puis Bambou plus à son onzième numéro). Sous la direction de Stéphane Delaprée, Bambou propose, à partir de 1986, des planches humoristiques et d'aventures de Thierry Sauer, de Carbo (Michel Carbonneau), de Benoit Laverdière, de Jean-Marc Sanchez, de Pierre Drysdale, de Louis Rémillard, de Marc Pageau et de Benoit Joly, et offre, agrafé à l'intérieur de la revue, un petit album complet. Elle est également une des premières revues à faire des échanges avec des consœurs européennes. Ainsi, des auteurs espagnols sont publiés dans ses pages dès le numéro 10. Bambou disparaît en 1990, après dix-sept numéros.

L'offensive des revues d'humour

Couverture du magazine SAFARIR, volume 1, numéro 1
Images tirées de la bande dessinée JOE ATLAS, publiée dans le magazine SAFARIR, numéro 83

En 1987 paraît une nouvelle revue fondée par Sylvain Bolduc, Safarir, qui met l'accent sur les parodies de films américains et d'émissions de télévision. Safarir s'adresse avant tout à un public adolescent : son humour est très inspiré par Mad, surtout dans les premiers numéros. Le lancement de Safarir et son succès inattendu font mal à Croc, car les deux revues tentent d'occuper le même créneau, celui de l'humour illustré. Tandis que Croc privilégie la satire sociale, Safarir s'adresse à un public plus jeune, doté d'un humour plus burlesque. Plusieurs auteurs de Québec font leur marque dans Safarir, notamment Serge Boisvert DeNevers, André-Philippe Côté, Mario Malouin, Denis Goulet, Love (Michel D'Amours), Christian Daigle, Jean Morin, Jean-Nicolas Vallée.

Images tirées de la bande dessinée JULES SAIGNANT, publiée dans le magazine SAFARIR, numéro 140

L'arrivée de Safarir force Croc à modifier considérablement son orientation dans le but de récupérer une partie du marché perdu. Les caricatures de vedettes de la télévision et de la chanson font leur apparition, mais rien ne va plus : les ventes de Croc chutent et la revue cesse de paraître. Safarir demeure la seule revue d'humour et attire vers elle les bédéistes québécois; Jean-Paul Eid, Serge Gaboury, Bruno Rouyère, Éric Asselin, Sampar, Marc Cuadrado, Denis Rodier, Jüll et Simon Lebeau, entre autres, se joignent à l'équipe initiale. Réal Godbout et Pierre Fournier essaient sans succès -- le public de Safarir diffère de celui de Croc -- d'y implanter leurs séries « Michel Risque » et « Red Ketchup ».

En 1995, la revue Safarir tente une percée infructueuse sur les marchés français et européen avec Safarir-Europe (trois numéros parus), puis elle se reprend, en 1997, sur le marché américain où la revue est titrée Nut! C'est un nouvel échec : Nut! cesse de paraître après huit numéros, en rappelant brutalement à tous que l'humour est une denrée qui s'exporte très mal et qu'il est difficile, sinon impossible, de percer à l'étranger.

La revue Délire cherche à intéresser les lecteurs au moyen de numéros thématiques. Le travail, les vacances, la vie de couple, l'automobile, les voyages ne sont que quelques-uns des thèmes abordés. Publiée depuis mars 1996, Délire offre surtout des textes et des illustrations humoristiques, mais aussi quelques BD écrites par Gordon Collins, Marc Auger, Émilie Goulet, Pierre Berthiaume, Jacques Lamontagne et quelques autres auteurs. Ben de Daniel Shelton y paraît également.

Bande dessinée PYROMAN, publiée dans le magazine GAGA COMIX, numéro 4

En 1990, une première dissension se produit au sein des membres de l'équipe de Safarir. Une partie de l'équipe quitte la revue pour fonder Gaga Comix (six numéros jusqu'en 1991). Cette revue garde l'esprit de Safarir, mais propose un peu plus de bandes dessinées (d'auteurs comme Love, Louis-Guy Dumais, Éric Valois, Jean-François Guay, Denis Goulet, entre autres). Après la disparition de Gaga Comix, certains auteurs retournent à Safarir. Onze ans plus tard, une autre crise secoue la revue : à l'occasion d'un déménagement à Montréal, certains membres de l'équipe restent à Québec et fondent la revue Kamikaz.

Dernière venue dans les kiosques à journaux (premier numéro en juillet 2001), Kamikaz utilise elle aussi des parodies d'émissions de télévision et de films et fait appel aux humoristes de l'heure pour toucher le public adolescent. Toutefois, l'utilisation de la photographie trafiquée y est plus répandue que dans Safarir. Les bandes dessinées, réalisées par Bruno Rouyère, Serge Gaboury, Éric Asselin, Jean-Nicolas Vallée et Christian Daigle, sont regroupées dans une section baptisée « Kam-illustré ».

La presse enfantine

Images tirées de la bande dessinée ALEXIS LE TROTTEUR, publiée dans le magazine VIDÉO-PRESSE, volume 4, numéro 6

Les revues pour enfants ne disparaissent pas avec Hérauts et François en 1964-1965. Quelques années plus tard, en 1971, les Éditions Paulines lancent la revue Vidéo-Presse qui est, elle aussi, distribuée dans les écoles. Revue didactique d'inspiration religieuse, mais orientée vers les reportages sociaux, historiques, écologiques et sportifs, Vidéo-Presse présente quelques pages de bandes dessinées. Entre des adaptations en feuilleton de romans de Jules Verne, réalisées par des auteurs italiens, quelques Québécois (dont Gabriel de Beney, Jean Bello, Marco Illin, Marie-France Guy, Marc Auger, Yves Perron, Fédérico Sanchez, Louis Paradis) font paraître des récits généralement humoristiques. Cependant, la BD vedette de Vidéo-Presse est « Alexis le trotteur », bande réalisée en Italie par Blaise et Bos. Vidéo-Presse cesse de paraître en juin 1995, à la fin de son 24e volume.

Image tirée de la bande dessinée LES DÉBROUILLARDS, publiée dans le magazine LES DÉBROUILLARDS, numéro 160

L'Agence Science-Presse publie, à partir de janvier 1982, un bulletin destiné aux membres du Club scientifique des petits débrouillards : Je me petit-débrouille. Ce bulletin se transforme en une véritable revue qui s'intitule, dès janvier 1992, Les Débrouillards (titre de l'émission de télévision qu'elle inspire). Jacques Goldstyn en est le dessinateur vedette depuis le début et des bandes d'Al+Flag (nom de plume d'Alain Gosselin), de Serge Gaboury, de Lucy Faniel, de Garnotte, de Jean-Paul Eid et de Raymond Parent y paraissent aussi.

Couverture de l'album de bandes dessinées MIC MAC, numéro 2

D'autres revues pour jeunes tentent sans succès de s'imposer au cours des années 1980. Mic Mac ne paraît que le temps de cinq numéros (d'octobre 1979 à février 1980) et présente des BD de Jean Bello et de Bernard Assiniwi (« Le Joyeux Mic Mac »), de Raymond Parent (« Églantine et Magané »), de Charles Vinh (« Les Naufragés de l'espace ») et de plusieurs autres dessinateurs. Radio-Canada commandite pendant cinq années (de 1986 à 1991) la revue Zip qui fait la promotion de ses émissions jeunesse. Zip publie notamment des bandes originales de Jean-Paul Hennion, de Marco Illin, de Serge Gaboury, de Lucie Faniel et d'Arche. Au contraire des Débrouillards ou de Vidéo-Presse, ces deux revues n'ont d'autre objectif que d'amuser les enfants en leur proposant des BD, des contes et des jeux.

Images tirées de la bande dessinée SUPER-H, publiée dans le magazine PIGNOUF, numéro 3

Pignouf est la dernière tentative de publication d'une revue exclusivement consacrée à la BD pour enfants. Pignouf, la plus réussie de ces revues, offre des séries de qualité créées par une équipe professionnelle : « Béatrice l'aubergiste » de Makoello et Richard Houde, « Super-H » de Paul Le Brun et Dario, « Ariane et Nicolas » de Paul Roux, « Pete Kevlar » de Makoello et Jean-Louis Roy, « Barnabé et compagnie » de Jean-Philippe Morin, sans oublier « Pignouf » de David et d'Yves Rodier, histoire du héros en titre. Plusieurs de ces bandes sont par la suite publiées en album aux Éditions Mille-Îles, où les personnages vivent de nouvelles aventures. Pignouf ne fait paraître que cinq numéros de 1995 à 1996 avant de disparaître.

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