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ARCHIVÉE - Les groupes et les créateurs

Dans les années 1980, la bande dessinée européenne est en crise. Les revues disparaissent les unes après les autres. Le marché de l'album est saturé et les éditeurs font des tentatives inédites pour obtenir une part de marché : albums de format poche, tirages spéciaux et limités, sérigraphies exclusives, figurines… Une industrie se développe autour de la BD. Aux États-Unis, l'arrivée de spéculateurs qui achètent en grande quantité des séries populaires fait exploser le marché du comic book, et certains titres atteignent des tirages astronomiques. Lorsque ces spéculateurs se désintéressent des comic books, le marché retrouve brusquement sa taille réelle. Les grandes maisons d'édition américaines s'en relèveront difficilement. Au début des années 1990, les mangas1, en particulier Akira, commencent leur conquête des marchés européens et nord-américains.

Plus près de nous, l'expérience tentée par Titanic et, dans une moindre mesure, le succès persistant de Croc provoquent chez les créateurs québécois de BD un regain d'activité. En effet, bien que Titanic ait été un échec, sa parution a tout de même fait naître beaucoup d'espoir et d'optimisme. De même qu'à l'époque du « printemps de la bande dessinée québécoise », les créateurs sont concentrés principalement dans trois grandes villes : Montréal, Québec et Sherbrooke. De plus en plus, ils sentent le besoin de se regrouper et de s'organiser.

Les associations d'auteurs, 1985-1997

À partir de 1985, il se forme plusieurs associations régionales de créateurs de bandes dessinées. Ces associations jouent un rôle important dans la reconnaissance, la promotion et la diffusion de la bande dessinée québécoise. Elles offrent également un soutien aux auteurs en ce qui a trait à la présentation de dossiers ou à la signature de contrats.

La première de ces associations, BD Estrie (nommée initialement Association BD de l'Estrie), rassemble les auteurs de l'Estrie. Fondée en 1985, cette association fait paraître plusieurs albums et fanzines collectifs (la série « Album », Où est donc passée Brigitte?, Joker, Encrage) et individuels (Mes plusse beaux dessins de Paul LeBrun) ainsi qu'un bulletin de liaison L'Entre-cases, puis Le Pep.

Couverture du magazine ZEPPELIN, numéro 4

La ScaBD (Société des Créateurs et Ami(e)s de la Bande Dessinée) de Québec voit le jour la même année. Elle regroupe les créateurs de la région de Québec et de l'est de la province. Active jusqu'en 1997, cette association organise des expositions (Et vlan! On s'expose, La BD sort de ses gonds), publie plusieurs fanzines collectifs (dont La Grande Place, Correspondance, Vol de nuit, Rock and Roll), un bulletin d'information (Zeppelin, Mémo, puis Némo), une revue (Zeppelin) et ouvre un centre de documentation.

Enfin, l'ACIBD (Association des créateurs et intervenants en bande dessinée), de Montréal, cherche à représenter tous les créateurs québécois. Fondée en 1986, cette association participe à l'organisation des 5e, 6e et 7e éditions du Festival international de la bande dessinée de Montréal, dépose un mémoire sur la situation de la bande dessinée québécoise en commission parlementaire, distribue des prix aux créateurs (prix Onésime, prix Albert-Chartier) et fait paraître, elle aussi, un bulletin d'information, La Dépêche.

Reposant sur l'action bénévole, ces associations cessent leurs activités au cours des années 1990, faute de relève. Dernièrement, BD Estrie a donné quelques signes de vie, et on parle occasionnellement d'un retour de l'ACIBD et de la ScaBD.

La renaissance du mouvement underground, 1985-

Les difficultés économiques (chômage et récession) de la fin des années 1980 et du début de la décennie suivante engendrent un nouveau mouvement de contestation, essentiellement urbain, qui sonne le retour de l'underground. La compréhension du médium a évolué depuis les années 1970; aussi cette nouvelle contestation n'est-elle plus seulement présente dans le discours des bandes réalisées, mais elle l'est également dans leur forme. Les planches se présentent désormais comme des œuvres à part entière, et le fil narratif y devient négligeable. Les auteurs ne cherchent pas à changer la société, ils se contentent de dénoncer, en choquant le plus possible, ses nombreux travers. La popularité de la photocopieuse permet à tous de s'exprimer. Chacun y va de son propre « zine » au nom de sa liberté de création. Malgré de nombreux fanzines collectifs, les projets de fondation d'une véritable revue commune se font plus rares.

Images tirées de la bande dessinée LA FAMILLE GANT DE BOXE, publiée dans le magazine ICEBERG, volume 2, numéro 3
Images tirées de la bande dessinée OH LA LA J'AI FAIT UN DRÔLE DE RÊVE!, publiée dans le magazine RECTANGLE, volume 3, numéro 3

Nous l'avons déjà vu, l'underground est omniprésent dans la première série de la revue Iceberg en 1983, avec des auteurs tels que Diane O'Bomsawin, Henriette Valium (Patrick Henley) et Normand Hamel. Rectangle, fanzine qui allie musique rock francophone et bandes dessinées, fondé par Yvan Pellerin et Éric Thériault et publié de 1987 à 1991, présente plusieurs auteurs issus de ce mouvement essentiellement montréalais : Valium, Luc Giard, R. Suicide, Siris, Jean-Pierre Chansigaud, Éric Braün, Alexandre Lafleur, Simon Bossé, Martin Lemieux et Julie Doucet. Les « zines » underground se multiplient, et l'anglais et le français s'y entremêlent allègrement : Dirty Plotte, Mille Putois, Mac Tin Tac, Zen Zen Shit et bien d'autres.

Couverture du magzine FOETUS, numéro 3

Dans les années 1990, plusieurs anthologies collectives bilingues comme Guillotine, Mr. Swiz et Fœtus voient l'émergence de nouveaux auteurs aux styles originaux, notamment Luc Leclerc, Mathieu Massicotte-Quesnel, Martin Guimond, Geneviève Gosselin, Kurt Beaulieu. Ces fanzines collectifs publient des œuvres déjà parues ailleurs; le mouvement underground ne connaît pas de frontières, et les échanges se font de part et d'autre de l'Atlantique et de la frontière canado-américaine.

Les soirées consacrées à des comic jams2 et les multiples lancements de fanzines favorisent les rencontres. Le mouvement underground donne également naissance à des expositions collectives (B.D. Bande à part) et à des festivals (Komikaze), tant et si bien que Montréal jouit maintenant d'une bonne réputation dans le milieu underground.




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