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ARCHIVÉE - L'âge d'or de la bande dessinée au Canada, 1941-1946

Le 15 septembre 1939, peu après la déclaration de guerre du Canada contre l'Allemagne, on crée la Commission de contrôle du change étranger pour surveiller le rationnement des devises étrangères, mandat qu'elle exécute à différents degrés de rigueur jusqu'en 1951. Au mois de décembre 1940, à mesure que le déficit commercial du Canada avec les États-Unis grandit et que les envois d'or britanniques diminuent, l'intervention du gouvernement dans l'économie s'élargit avec l'adoption de la Loi sur la conservation des changes en temps de guerre. Visant des pays à l'extérieur du bloc sterling (les pays du bloc sterling commerçaient beaucoup avec la Grande-Bretagne et on gardé leur monnaie a parité par rapport à la livre), la loi a pour but principalement de conserver les dollars américains en limitant l'importation de biens non essentiels. Les périodiques de fiction font partie des articles bannis, catégorie qui regroupe les revues bon marché et d'autres magazines de kiosques à journaux, y compris les comic books. Sans le savoir, le gouvernement jette les fondements d'une industrie de la bande dessinée canadienne.

Travaillant indépendamment l'une de l'autre, quatre maisons d'édition s'empressent de profiter de ce vide créé par la législation économique de grande portée. Une des entreprises, soit Maple Leaf Publishing, est située à Vancouver, les trois autres -- Anglo-American Publishing, Hillborough Studios et Commercial Signs of Canada -- le sont à Toronto. Maple Leaf et Anglo-American réussissent à publier des bandes dessinées dès le mois de mars 1941, alors que Hillborough et Commercial le font en août et en septembre respectivement. L'appétit démesuré des enfants canadiens pour les livres de bandes dessinées allait bientôt être assouvi par de nouveaux héros bien étranges.

Même si la première publication de Maple Leaf, Better Comics, est diffusée le même mois que la première parution de Robin Hood and Company d'Anglo-American, elle se démarque par son contenu et son format. Contrairement à son rival, qui paraît d'abord comme une collection de bandes dessinées reprises de format tabloïd, Better Comics ne compte que du nouveau matériel et est publié dans le format ordinaire d'un album de bandes dessinées, sans couverture de papier brillant. En raison de ce trait distinctif, on peut considérer que Maple Leaf est la maison d'édition qui publie le premier véritable album de bandes dessinées canadien. Better Comics présente également le premier superhéros canadien, Iron Man de Vernon Miller. Miller, de retour en Colombie-Britannique après avoir passé quelque temps au Walt Disney Studio en Californie, joue un rôle déterminant dans le lancement de Maple Leaf en convainquant le vendeur de magazines de Vancouver Harry Smith d'investir dans la nouvelle industrie prometteuse de la bande dessinée.

Smith et ses associés sont évidemment encouragés par l'accueil chaleureux réservé à Better Comics et publient bientôt trois autres comic books : Bing Bang Comics, Lucky Comics et Rocket Comics. Ces bandes dessinées, comme la majorité des comic books canadiens d'avant 1945 -- mais contrairement aux BD américaines tout en couleurs -- ont une couverture en couleurs et l'intérieur en noir et blanc (même si les quelques premiers numéros de Better Comics affichent un peu de couleur), ce qui donne naissance au terme white. Qui plus est, ces BD sont bien souvent présentées en série pour convaincre les enfants de dépenser leurs dix sous durement gagnés, numéro après numéro.

Outre Vernon Miller, Maple Leaf engage plusieurs autres artistes connus, notamment Bert Bushell, Ernie Walker, Ley Fortune et Jon St. Ables. Ce dernier, dont les meilleures créations surpassent celles de la plupart de ses contemporains nord-américains du milieu, est chargé d'une bande dessinée fantaisiste élégante intitulée Brok Windsor. Histoire se déroulant dans le Nord canadien, dans la « terre au-delà de la brume », la bande dessinée est publiée pour la première fois dans le numéro d'avril/mai du Better Comics. Dans l'ensemble, les bandes dessinées de Maple Leaf sont probablement les bandes dessinées les plus professionnelles de l'« âge d'or » du Canada. Dans l'ensemble, les bandes dessinées que produit l'entreprise sont bien dessinées et bien conçues et elles présentent des personnages engageants et plutôt sophistiqués comme Deuce Granville, Senorita Marquita, Bill Speed, Stuff Buggs et Black Wing.

Le premier concurrent de Maple Leaf, Anglo-American, appartient à quatre hommes d'affaires de Toronto : Thomas H. Sinnott, John M. Calder, John G. Baker et Edward C. Johnston; toutefois, il tire sa force créatrice principalement de deux créateurs, Ted McCall et Ed Furness. McCall, rédacteur des bandes dessinées de journaux Men of the Mounted et Robin Hood, apporte ces deux bandes avec lui lorsqu'il se joint à l'entreprise. De plus, il contribue à un certain nombre de personnages originaux, de concert avec l'artiste en chef talentueux de l'Anglo-American, Furness. Citons, parmi les héros majeurs de l'entreprise, Freelance, Purple Rider, Red Rover, Commander Steel, Terry Kane et Dr. Destine.

Pour tenter de contourner la législation limitative du gouvernement sur les devises étrangères, Anglo-American achète également des scripts de l'entreprise Fawcett Publications aux États-Unis et produit les versions canadiennes des histoires des superhéros américains de cette entreprise. Cette entente donne lieu à des résultats bizarres. Commander Yank, par exemple, porte comme blason sur sa poitrine l'Union Jack dans ses aventures canadiennes. À l'instar de Maple Leaf, Anglo-American étend bientôt sa série de bandes dessinées. À la fin de 1941, l'entreprise publie quatre titres : Robin Hood and Company, Freelance, Grand Slam et Three Aces. En 1942, elle ajoute à son répertoire trois albums liés à Fawcett : Captain Marvel, Whiz et Spy Smasher. Contrairement à la plupart des entreprises canadiennes de la période 1941-1946, Anglo-American évite les histoires en série. À la différence de ses compétiteurs, son produit n'est pas particulièrement canadien. Bien qu'ils soient indéniablement patriotiques, en ce sens qu'ils appuient l'effort de guerre, les comic books d'Anglo-American ne sont pas imprégnés du nationalisme fervent qui marque de nombreuses autres bandes dessinées de l'époque.

Même si un certain nombre d'artistes -- dont le très jeune Harold Town -- ont collaboré à des titres d'Anglo-American, ils ont tous tendance à imiter le style à mâchoire carrée créé pour Fawcett par l'artiste américain bien connu C.C. Beck. Ce style « interne » voulu conduit à la création d'un produit quelque peu homogène. De plus, les bandes dessinées d'Anglo-American sont, au début, les moins impressionnantes de l'époque sur le plan de la valeur de production. Imprimées en format légèrement plus grand que la normale sur du papier journal bon marché, elles sont dotées, au cours des premières années, d'une couverture mince à deux couleurs. À l'instar de l'ensemble des bandes dessinées canadiennes, toutefois, elles s'améliorent grandement au cours de la Deuxième Guerre mondiale.

Couverture de l'album de bandes dessinées TRIUMPH ADVENTURE COMICS, numéro 1

Alors que Maple Leaf et Anglo-American représentent des entreprises de publication relativement importantes, la troisième maison d'édition canadienne à se lancer dans le domaine de la bande dessinée est fondée par trois artistes en chômage. Adrian Dingle et les frères René et André Kulbach obtiennent l'appui financier d'un seul investisseur anonyme et forment Hillborough Studios. Leur seule publication, Triumph-Adventure Comics, fait ses débuts au mois d'août. On y retrouve les aventures d'un des personnages les plus mémorables de l'âge d'or : Nelvana of the Northern Lights de Dingle. Premier superhéros ou plutôt superhéroïne nationale du Canada, Nelvana devance de plusieurs mois la plus connue des héroïnes américaines, Wonder Woman.. Cinq numéros seulement de Triumph-Adventure Comics paraissent sous la bannière Hillborough avant que Dingle décide, en 1942, de se joindre à ce qui allait devenir la maison d'édition de bandes dessinées canadiennes la mieux connue des années 1940, Bell Features.

Couverture de l'album de bandes dessinées WOW COMICS, numéro 16

Pendant les années 1930, Cy Bell et son frère Gene dirigent une firme d'art commercial de Toronto appelée Commercial Signs of Canada. En 1939, un bédéiste canadien-français, Edmund Legault, qui tente de trouver un éditeur, communique avec eux. À l'époque, les Bell doivent rejeter la demande de Legault; toutefois, à la fin de 1940, lorsque Cy Bell apprend qu'on prévoit bannir bientôt les bandes dessinées américaines, il entre en contact avec Legault, obtient des fonds de l'homme d'affaires John Ervin et commence à travailler sur un album de bandes dessinées d'aventures intitulée Wow Comics.

Le premier numéro de Wow Comics, publié un mois plus tard que le premier numéro de Triumph-Adventure Comics, est très bien reçu. Au début, l'album présente des couleurs floues, mais, à la longue, tout comme les titres de Bell qui paraîtront par la suite, la revue passe au style canadien bien connu des whites, caractérisé par un contenu en noir et blanc et une couverture en couleurs. Au début de 1942, à l'époque où Commercial absorbe Hillborough, Bell rebaptise la firme Bell Features et engage Adrian Dingle du Hillborough pour lui confier le poste de directeur artistique. Peu après, Bell lance cinq nouveaux titres : Active, Commando, Dime, The Funny Comics et Joke.

Couverture de l'album de bandes dessinées DIME COMICS, numéro 1

Bien qu'elle soit de qualité quelque peu inégale (une grande partie des bandes dessinées sont dessinées par des adolescents), la série de bandes dessinées de Bell est indubitablement canadienne. Parmi ses héros principaux, on retrouve Nelvana et le Penguin de Dingle, Dixon of the Mounted de Legault, Phantom Rider de Jerry Lazare, Rex Baxter d'Edmond Good et Doc Stearne de Fred Kelly (personnage qui est repris dans les années 1980, sous le nom de Mr. Monster, par l'artiste américain Michael T. Gilbert). Le personnage de Leo Bachle, Johnny Canuck (le deuxième superhéros national canadien), qui fait ses débuts dans le premier numéro de Dime Comics en février 1942, est un autre exemple de personnage particulièrement remarquable de Bell.

Plus de 50 autres artistes à la pige contribuent aux publications de Bell, notamment René Kulbach, Ted Steele, Manny Easson, Jack Tremblay, Mel Crawford et le caricaturiste de journal chevronné Leo Skuce. Le groupe de pigistes de Bell comprend également l'artiste Doris Slater et la rédactrice Patricia Joudrey, deux des rares femmes à participer à la bande dessinée canadienne pendant les années 1940. Compte tenu du nombre de personnes qui contribuent aux comic books de Bell, il n'est pas surprenant que l'entreprise soit l'une des plus prolifiques de l'âge d'or canadien. La maison publie près de 20 titres (y compris plusieurs compilations). À la fin de 1943, la firme vend plus de 100 000 bandes dessinées par semaine.

Le succès que connaissent Maple Leaf, Anglo-American et Bell incite d'autres maisons d'édition à faire de même. En conséquence, l'Educational Projects, entreprise montréalaise appartenant à Harry J. Halperin, voit le jour à la fin de 1942. Bien que l'entreprise adopte le même format que ses prédécesseurs, Educational, comme le laisse entendre son nom, tente de créer un type de périodique plus édifiant pour les enfants. Par conséquent, sa publication principale, Canadian Heroes, est axée principalement sur des sujets aussi éducatifs que les profils de premiers ministres et de gouverneurs généraux canadiens, des récits historiques et des dossiers de la GRC. Peu inspirées et plutôt didactiques, les histoires du Canadian Heroes sont préparées par le groupe d'artistes à la pige de l'entreprise, dont Joseph Hillenbrand, George M. Rae, Sid Barron et Fred Kelly. Rae et Barron, en particulier, sont parmi les bédéistes les plus accomplis au Canada à l'époque.

Même si la méthode préconisée par Canadian Heroes peut plaire aux parents et aux fonctionnaires du gouvernement (certains numéros du Canadian Heroes suscitent même l'appui élogieux de ministres du Cabinet canadien), même Halperin se rend compte que les enfants canadiens ont pris goût aux histoires un peu plus excitantes. Par conséquent, lorsque George M. Rae suggère que Canadian Heroes s'écarte des histoires vécues, sur lesquelles il se concentrait jusqu'à présent, et mette en vedette un personnage fictif, un superhéros national appelé Canada Jack, Halperin lui donne son approbation. Toutefois, la maison d'édition insiste pour que l'on mette en évidence la nature réaliste du personnage de façon à ne pas nuire à l'image saine qu'elle projette.

Si l'on peut caractériser la publication principale d'Educational de satisfaisante, mais ennuyeuse, le seul titre publié par la cinquième maison d'édition canadienne de l'âge d'or, Feature Publications de Toronto, connaît le problème contraire. Intitulé Lightning Comics, le mensuel décrit des aventures sans restriction mais mal conçues de personnages notoires tels que Captain Daring, Dr. Future et Pee Wee et Nemesis et Rover the Wonder Dog. Publiée par Edward Schecter, qui a collaboré parfois aux publications de Bell, cette bande dessinée, bien que pas très professionnelle, souligne la popularité qu'atteint la bande dessinée canadienne en 1944, année du lancement de Feature Publications.

Bien que l'année 1945 voit apparaître trois autres entreprises -- F.E. Howard, Al Rucker Publications et Superior Publications --, elle va s'avérer désastreuse pour l'industrie de la bande illustrée canadienne. À l'approche de la victoire des Alliés contre l'Allemagne nazie, les maisons d'édition de bandes dessinées vulnérables du Canada savent que la fin de la guerre va relancer la distribution de bandes dessinées américaines au Canada. Certaines firmes retouchent leurs publications devant cette menace, alors que d'autres, qui n'ont pas les ressources nécessaires pour survivre à la concurrence américaine, acceptent leur inévitable perte. Deux maisons d'édition, soit Educational Projects et Feature Publications, ferment leurs portes presque immédiatement, à l'automne 1945. Maple Leaf, d'autre part, passe audacieusement à la production en couleurs en vue de garder sa part du marché canadien. Un tel produit dispendieux, exclusif au marché canadien, n'allait toutefois pas être viable à long terme; à l'été 1946, l'entreprise échoue également.

Anglo-American et la nouvelle maison d'édition Al Rucker Publications tentent d'éviter le sort de Maple Leaf. Non seulement elles adoptent des valeurs de production américaines, en passant à un contenu en couleurs et à des couvertures brillantes, mais elles pénètrent également le marché lucratif américain (il semblerait aussi que Rucker exporte ses publications en Angleterre pendant un certain temps). C'est probablement la seule stratégie qui puisse permettre aux premières BD canadiennes de survivre. Anglo-American publie par conséquent une série de bandes dessinées d'aventures peaufinées, dont certaines sont distribuées aux États-Unis. Malheureusement, vers la fin de 1946, la firme connaît des ventes insatisfaisantes et doit abandonner la publication de ses propres titres, tout comme Rucker Publications. Anglo-American, toutefois, pourra reprendre la publication de BD en réimprimant d'anciennes bandes.

Une fin semblable attend Bell Features. À l'approche de la fin de la guerre, Cy Bell emprunte 75 000 $ pour acheter une immense presse offset du Plain Dealer de Cleveland. Déterminé à ne pas perdre sa part du marché à l'arrivée massive des BD américaines, Bell publie en 1946 deux comic books en couleurs, Dizzy Don Comics et Slam-Bang, et planifie une gamme ambitieuse de nouveaux titres. De plus, il commence à en planifier la distribution non seulement aux États-Unis, mais également au Royaume-Uni. Toutefois, Bell connaît apparemment d'importants obstacles lorsque le gouvernement fédéral refuse d'autoriser l'achat des quantités de papier journal requises par son entreprise. Découragé par cet obstacle et d'autres problèmes, Bell Features cesse de publier ses propres titres et commence à réimprimer des BD américaines pour les marchés canadien et britannique.

Même si Bell Features et Anglo-American réussissent à garder pied dans l'industrie de la bande dessinée, à la fin de 1946, l'âge d'or de la BD canadienne est clairement terminé. À une époque, on pouvait compter cinq grandes maisons d'édition qui publiaient régulièrement plus de vingt titres originaux; il ne reste plus que des maisons de réimpression -- à l'exception des maisons relativement inéprouvées Superior Publishers et F.E. Howard.

Ceux qui ont participé à l'explosion excitante de la culture populaire canadienne n'oublieront jamais les jours de gloire entre 1941 et 1946; jamais plus les enfants canadiens-anglais n'ont grandi avec une gamme aussi vaste de héros et de superhéros de BD canadiens. Le boom offre également des occasions sans précédent à des douzaines de jeunes artistes. Malheureusement, la plupart des bédéistes canadiens des années 1940 sombrent dans l'anonymat. Quelques-uns, toutefois, continuent et font leur marque dans le domaine de la bande dessinée et dans d'autres domaines.

Adrian Dingle (Bell Features) et George Rae (Educational Projects), qui deviennent des amis après la guerre, sont tous deux illustrateurs pendant qu'ils poursuivent leur carrière d'artiste. Patricia Joudrey, qui a rédigé des scripts pour Bell, devient une importante auteure dramatique, tandis que Harold Town (Anglo-American) se taille une place parmi les peintres modernistes les plus illustres du pays. Bus Griffiths (Maple Leaf) devient pêcheur commercial et délaisse la BD jusque dans les années 1960, année où le musée provincial de la Colombie-Britannique découvre ses BD décrivant l'industrie forestière. Jerry Lazare (Bell Features), Vernon Miller (Maple Leaf) et Jack Tremblay (Bell Features et Educational Projects) deviennent tous des illustrateurs accomplis. Il en va de même pour Harold Bennett (Bell Features), qui travaille aux États-Unis comme artiste-illustrateur de l'endos de livres de poche. Sid Barron (Educational Projects) devient l'un des grands caricaturistes politiques du Canada.

Les quelques artistes qui ont décidé de ne pas abandonner la BD doivent poursuivre leur carrière chez nos voisins du Sud. Edmond Good (Bell Features) contribue à des bandes dessinées telles que Scorchy Smith, Casey Ruggles, Red Ryder, Bruce Gentry et Dixie Dugan. Il est également pigiste pour un certain nombre d'entreprises de bandes dessinées américaines avant de lancer sa propre bande dessinée, Johnny Law, Sky Ranger, en 1955. Le créateur de Johnny Canuck, Leo Bachle (Bell Features), travaille pour les firmes américaines Prize et Croydon avant d'abandonner la bande dessinée et d'entreprendre une carrière de comédien et d'artiste de boîte de nuit. John Alton (Bell Features), cocréateur de Doodlebugs, contribue à diverses bandes dessinées de E.C., Fox et Gleason. Le plus prolifique de tous les bédéistes canadiens à exercer son métier aux États-Unis est Mel Crawford (Bell Features), qui devient l'un des plus importants artistes de la firme Western Publishing. Même si Crawford a diverti des milliers d'enfants canadiens dans les années 1950 et 1960, ses racines canadiennes ne sont pas plus évidentes que ne le sont les exemplaires des whites canadiens auxquels il avait déjà collaboré.

Aux États-Unis, on assiste à une véritable explosion dans l'industrie de la BD au cours des dix premières années d'après-guerre; on estime que, à son plus fort, plus de 60 millions de BD sont publiées tous les mois. Inexorablement, semble-t-il, la BD en Amérique du Nord anglaise (à l'exception de quelques bandes dessinées de journal) deviennent une forme artistique exclusivement américaine. Cela ne signifie toutefois pas que les maisons d'édition canadiennes ne peuvent pas profiter de la popularité des comic books américains. Comme il en a été question en 1940, l'inquiétude croissante du gouvernement vis-à-vis de la question des devises étrangères au Canada allait jeter les fondements qui permettront à Bell Features, à Anglo-American et à une foule de nouvelles firmes de survivre dans l'industrie du comic books.

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