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ARCHIVÉE - La rébellion : la bande dessinée underground, 1967-1974

Couverture de l'album de bandes dessinées BINKLY AND DOINKEL

Bien que l'on poursuive la publication des bandes dessinées destinées à être distribuées gratuitement à la fin des années 1960 et au début des années 1970, la BD canadienne allait connaître une forme de résurrection moins fragile, mais bien plus scandaleuse au cours de cette même période. Cette nouvelle expression de la bande dessinée, qui se démarque nettement de ce qui s'est fait dans les années 1940 et 1950, est le fruit du concours de trois événements : la naissance d'une contre-culture des jeunes, le grand succès du mouvement littéraire de la presse spécialisée et l'émergence d'une collectivité nationale de bédéphiles. Même si les BD sous l'influence de ces trois tendances sont différentes les unes des autres, elles partagent toutes un trait principal : elles visent un public adulte.

Couverture de l'album de bandes dessinées GREASE BALL COMICS

Deux importants journaux clandestins présentant des bandes dessinées sont lancés en 1967 -- Georgia Straight de Vancouver et Logos de Montréal. Toutefois, le premier album de bandes dessinées de cette période, Scraptures, n'est pas issu de la presse parallèle, mais plutôt de l'avant-garde littéraire de Toronto. Publié pour la première fois en 1967 comme numéro spécial du magazine expérimental Gronk, la publication est rédigée et dessinée par bp Nichol, cofondateur de Ganglia Press et poète concret notoire qui essaie continuellement de nouvelles formes d'histoires en images. Compte tenu du faible coût de sa production, de sa distribution limitée et du style non commercial du récit en images, Scraptures peut être décrit comme le premier « magazine » de bandes dessinées nouvelle vague ou de la presse spécialisée.

À la fin de 1967, un deuxième album canadien de bandes dessinées fait son apparition, Comic Canada de Terry Edwards. Contrairement au travail expérimental de Nichol, Comic Canada est un produit qui plaît aux bédéphiles canadiens, qui n'en sont qu'à leurs balbutiements.

Citons Operation Missile comme prochain exemple du phénomène de la BD nouveau genre à être publiée au Canada anglais. Même si cette bande dessinée paraît en 1968, année de la naissance du mouvement de la BD underground (en anglais, on se sert du terme « comix » au lieu de « comics » pour distinguer les BD produites sans tenir compte des restrictions du Comics Code répressif) aux États-Unis avec le numéro 1 de Zap de Robert Crumb, Operation Missile n'est pas un produit de la contre-culture. Cette bande n'est pas non plus une publication strictement pour les bédéphiles. Compte tenu de l'importance de son budget et de son contenu, on pourrait plutôt la qualifier de précurseur des comic books parallèles qui feront leur apparition quelques années plus tard. Publiée par George Henderson du magasin d'articles souvenirs Memory Lane à Toronto, la bande dessinée est l'œuvre de l'artiste de science-fiction Derek Carter. Henderson a également lancé trois fanzines (les « zines » comme on les appelle en anglais) en 1968 : Captain George's Whizzbang, Captain George's Penny Dreadful et Captain George's Comic Book World.

De même, quelques BD produites par bédéphiles font leur apparition en 1968, notamment The Canadian Comic de Vincent Marchesano et un deuxième numéro de Comic Canada de Terry Edward (maintenant intitulée Comicanada). Au début de 1969, Canada's Best Comics d'Art Cooper est venu s'ajouter à ces titres. Tous ces créateurs se trouvent à Hamilton et tous ont délibérément adopté des titres qui reflètent le nouvel élan nationaliste caractéristique des amateurs de BD canadiennes. Une autre maison d'édition de BD produites par des bédéphiles est en activité en 1969; il s'agit de Sensational Comics Group d'Islington, en Ontario, qui publie Sensational Display et Heroes and Rubber Cop.

Couverture de l'album de bandes dessinées SNORE COMIX, numéro 2

On assiste également, en 1969, à la publication des premières BD underground du Canada. La première est sans doute SFU Komix, dont deux numéros sont publiés à Kelowna par Bob Mercer à l'appui de la grève étudiante en cours à la Simon Fraser University. Ces BD underground de la côte du Pacifique sont suivies de Snore Comix, produit du pop art et du mouvement dada de Toronto. Publié par l'une des presses littéraires les plus illustres du pays, Coach House, Snore présente les œuvres d'artistes et de rédacteurs tels que Greg Curnoe, Victor Coleman et Michael Tims. Deux autres numéros de Snore paraissent en 1970. Peu de temps après, Coach House publie également deux histoires en images réalisés par l'artiste surréaliste Martin Vaughn-James : The Projector (1971) et The Cage (1972). Son premier ouvrage, un roman en images intitulé Elephant (1970), a été distribué par une autre maison d'édition littéraire, Press Porcépic.

Couverture de l'album de bandes dessinées BEER COMIX, numéro 1
Couverture de l'album de bandes dessinées WHITE LUNCH COMIX, numéro 1

Tout comme aux États-Unis, les années 1970-1972 se révèlent la période la plus active du mouvement de la BD underground au Canada. Pendant cette période, on assiste à la publication de titres tels que Flash Theatre, Hierographics, Nature Comix, Bridge City Beer Comix, The Collected Adventures of Harold Hedd, Polar Funnies, The Time of the Clockmen et White Lunch. Les figures principales de ce mouvement sont Dave Geary de Saskatoon et Rand Holmes de Vancouver. Tous deux demeurent actifs tout au long des années 1970 et 1980. Les Canadiens anglais Brent Boates et George Metzger contribuent aussi au mouvement de la BD underground. Contrairement aux BD des bédéphiles et aux BD en feuilleton omniprésentes pendant cette période, les BD underground explorent les préoccupations prédominantes de la contre-culture, notamment la drogue, le sexe, la musique rock et les idées politiques radicales. Vendues dans des boutiques hippie (des boutiques qui vende l'attirail lié à la drogue) à travers le pays, elles défient en toute impunité non seulement le Comics Code très strict des années 1950, mais également la plupart des autres mœurs de la société conformiste. Il n'est donc pas surprenant qu'elles aient fait, comme la presse underground en général d'ailleurs, l'objet de tentatives de censure.

Couverture de l'album de bandes dessinées FUDDLE DUDDLE, volume 1, numéro 5

La période de la BD underground au Canada a également donné lieu à la publication de la première BD grand public au Canada anglais depuis 1956. Intitulée Fuddle Duddle (euphémisme utilisé par l'ancien premier ministre Trudeau à la place d'un explétif fort répandu) et publiée par Jeffrey R. Darcey, elle paraît en format magazine et se spécialise dans la satire politique. Quatre numéros sortent au cours des années 1971 et 1972. Le magazine présente les œuvres d'un certain nombre de créateurs d'Ottawa, notamment Mark Lloyd, Dave Morris, Peter Evans et Stanley Berneche. Ces deux derniers sont les principaux créateurs du magazine et travaillent ensemble à la conception du premier superhéros national de BD à paraître au Canada depuis la dernière parution de Nelvana en 1947, à savoir Captain Canada.

L'année du lancement de Fuddle Duddle, l'éditeur torontois Peter Martin Associates publie The Great Canadian Comic Books, étude de Michael Hirsh et Patrick Loubert sur les BD de Bell Features des années 1940. (Hirsh et Loubert se feront un nom plus tard en fondant conjointement Nelvana Productions, qui est maintenant un studio d'animation de renommée internationale.) Ce livre ne présente pas une image exacte de l'âge d'or des BD canadiennes, mais c'est un ouvrage novateur qui a une forte influence sur les jeunes bédéistes canadiens. De plus, avec la reprise de la publication de BD canadiennes, ce livre contribue à l'essor d'un nouveau nationalisme des fanzines, dont Quebec Panelogists Society Bulletin (qui portera plus tard le nom de Le Beaver) de Ralph Alfonso et de Clifford Letovsky, Now and Then Times de Harry Kremer et Comic Art News and Reviews (CANAR) de John Balge.

En 1972, le Musée des beaux-arts organise une exposition itinérante intitulée « Comic Art Traditions in Canada, 1941-45 », qui s'inspire du livre The Great Canadian Comic Books de Hirsh et de Loubert. Cette exposition stimule encore davantage l'élan nationaliste qui se manifeste clairement chez les amateurs de BD canadiennes. Elle permet à des milliers de Canadiens de prendre connaissance des visions héroïques de bédéistes de Bell Features comme Dingle, Good, Lazare et Legault. Grâce à cette exposition, les gens ayant grandi dans les années 1940 ont l'occasion de faire un retour nostalgique à leurs rêves d'enfance et la génération plus jeune fait une découverte surprenante : l'existence de BD canadiennes.

En 1973, la publication de BD underground connaît un déclin aussi bien au Canada qu'aux États-Unis. Toutefois, deux de ces BD publiées en Colombie-Britannique sont dignes de mention : All Canadian Beaver Comix et Gearfoot Wrecks. Bien qu'elles ne soient certainement pas les dernières BD underground à être publiées au Canada, elles marquent la fin du mouvement des BD underground en tant que tel. Depuis 1974, l'édition canadienne des BD délaisse progressivement les préoccupations underground classiques pour se concentrer sur des genres plus traditionnels, comme la science-fiction et la fiction. Toutefois, ces nouvelles BD se démarquent du courant dominant des BD par leur thème plus adulte et par la grande liberté artistique qu'elles confèrent à leurs créateurs. Ces deux caractéristiques découlent directement de l'influence de l'underground.

En 1974, au moins quatre nouvelles BD voient le jour : Andromeda de Media Five, Out of the Depths de Gene Day, Orb de Jim Waley et Knockout de Terry Fletcher (qui, en réalité, est lancée en 1973). Les États-Unis suivent une tendance similaire, comme en témoigne le lancement des BD Star*Reach de Mike Friedrich. Au début, ces BD étaient connues comme des BD groundlevel. Par la suite, elles prennent le nom de BD indépendantes, puis de BD parallèles. Parmi les bédéistes qui ont collaboré à la création de BD parallèles canadiennes semi-professionnelles, mentionnons Gene Day, Dave Sim, Augustine Funnell, Jim Craig, Ken Steacy, Dean Motter et Vincent Marchesano. (À cette époque, les bédéistes Day, Sim et John Byrne contribuent également à la production de BD publiées par l'entreprise américaine Skywald Publishing, gérée par un Canadien, Alan Hewetson.) Comme le démontre clairement le travail de ces artistes, l'industrie canadienne des BD a atteint une masse critique.

À partir de ce moment, les BD canadiennes (sauf quelques cadeaux publicitaires) ne s'adressent plus aux enfants. Comme on peut s'y attendre, ce changement d'auditoire suscite beaucoup d'inquiétude chez ceux qui assimilent les BD à des histoires pour enfants. Vers la fin des années 1980 surtout, face aux BD à contenu adulte, les détracteurs des BD réagissent comme on pouvait s'y attendre, en réclamant l'imposition de la censure.

Bien qu'au cours de la période de 1967 à 1974 l'édition canadienne anglaise des BD ait repris du poil de la bête, les bandes dessinées de journal anglophones du pays ne connaissent pas un tel dynamisme. Les seules nouvelles bandes dessinées de journal dignes de mention sont The Giants de Norm Drew et Jasper de James Simpkin.

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