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C'est en 1858 qu'a commencé l'immigration chinoise vers des régions de l'Amérique du Nord britannique, qui allaient plus tard former le Canada d'aujourd'hui. À l'est, se trouvaient les colonies du Nouveau-Brunswick, de Terre-Neuve, de l'Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse, ainsi que le Canada-Uni (essentiellement le Québec et l'Ontario). Sur la côte du Pacifique se trouvait la colonie de l'île de Vancouver. À l'époque, aucune de ces colonies n'imposait de restrictions à l'immigration. Un vaste territoire situé entre les colonies de l'Est et celle de l'Ouest était sous le contrôle de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Les peuples des Premières Nations en étaient les principaux résidents, comme ils l'étaient aussi sur le territoire de l'actuelle Colombie-Britannique.
Les immigrants chinois de la première vague étaient motivés par diverses raisons de quitter leur pays, ainsi que par quelques facteurs attractifs. Des facteurs « négatifs » peuvent inciter les gens à quitter leur pays alors que des facteurs « positifs » peuvent les attirer vers un autre pays en particulier.
Les inondations et les guerres civiles étaient des incitations à quitter la Chine, car il était devenu difficile pour les paysans de cultiver la terre, de vivre en sécurité et de gagner leur vie.
La plupart des raisons qui rendaient le Canada attrayant étaient reliées au rythme de croissance accéléré de la jeune nation. Les nouveaux établissements et les nouvelles industries manquaient souvent de main-d'œuvre. En raison de la distance séparant la Colombie-Britannique de l'Europe et de l'est de l'Amérique du Nord, la Chine devenait la plus proche source de main-d'œuvre à bon marché.
Le choix d'une destination où émigrer dépend aussi de quelques autres facteurs, tels que les efforts des recruteurs de main-d'œuvre et l'influence des réseaux familiaux et villageois.
La rareté des terres agricoles
Durant la seconde moitié du 19e siècle, la plupart des immigrants chinois au Canada provenaient d'une petite région au sud du pays, près du port de Guangzhou dans la province de Guangdong. Seuls quatre des huit districts de cette région comprenaient des terres fertiles; dans les quatre autres, seulement 10 % des surfaces étaient propices à la culture vivrière.
Les huit districts étaient surpeuplés. Entre 1780 et 1850, la population était passée de 16 à 28 millions de personnes. Entre temps, aucune technique agricole n'avait été développée pour contribuer à l'augmentation des rendements, alors le territoire n'arrivait plus à nourrir tout le monde.
Cette croissance de la population entraîna une pénurie de terres agricoles et une augmentation du coût du loyer des fermes. Les gens qui ne possédaient pas de terres cultivables éprouvaient de la difficulté à se nourrir.
Par ailleurs, les fermiers devaient de temps à autre faire face à des désastres naturels comme les inondations ou les sécheresses.
La seconde moitié du 19e siècle a aussi été une période difficile pour la Chine du point de vue politique.
Les conditions de vie déplorables dans les campagnes provoquèrent une révolte des paysans en 1851. La révolution de Taiping, qui se termina en 1864, entraîna la mort de 20 millions de personnes dans tout le pays. D'autres révoltes paysannes éclatèrent encore dans le sud de la Chine entre 1854 et 1868, au cours desquelles 150 000 personnes perdirent la vie.
Durant ces années d'instabilité politique, les fermiers étaient enrôlés de force dans les armées, les récoltes étaient détruites et des hordes de bandits attaquaient les villages. Le gouvernement central chinois n'arrivait pas à maintenir la loi et l'ordre dans la région.
Pendant de nombreuses années, les nations européennes se sont installées en Chine pour y vendre leurs produits. Après sa défaite aux mains de la Grande-Bretagne dans les guerres de l'opium, en 1842 puis en 1860, la Chine fut forcée d'ouvrir davantage de ports au commerce européen. Avec l'ouverture de ces nouveaux ports, celui de Guangzhou reçut moins de cargos, avec comme conséquences des pertes d'emploi chez les débardeurs, les commis à l'entreposage et les équipages.
Après les guerres de l'opium, la Chine fut contrainte de payer à la Grande-Bretagne une énorme dette de guerre, soit un tiers des revenus annuels du gouvernement. Cette dépense supplémentaire fut transférée aux citoyens chinois, qui ont dû assumer de fortes hausses de taxes.
On découvrit de l'or en 1858 dans la région du fleuve Fraser, en Colombie-Britannique. Des milliers de mineurs, incluant beaucoup de Chinois qui travaillaient alors en Californie, accoururent dans la région. La Grande-Bretagne procéda rapidement à la constitution d'une nouvelle colonie sur le continent, la Colombie-Britannique, ayant pour capitale New Westminster, afin d'empêcher les mineurs américains de prétendre que ce territoire appartenait aux États-Unis.
Le manque de main-d'œuvre en Colombie-Britannique fut l'occasion d'embaucher de nombreux Chinois pour la construction des routes et des chemins de fer, et le défrichage des terres. On les engagea aussi pour travailler dans les mines de charbon, les usines de transformation du poisson et sur les fermes.
L'habitude d'aller travailler à l'étranger
Guangzhou, sur le delta du fleuve Pearl qui se jette dans la mer de Chine méridionale, était le principal port de la côte sud de la Chine. Il était en activité depuis le huitième siècle, servant de plaque tournante pour les marchands qui faisaient du commerce avec d'autres régions de la Chine, l'Asie du Sud-Est et même le Moyen-Orient. Des navires transportaient aussi des travailleurs du sud de la Chine qui allaient chercher de l'emploi en Malaisie, aux Philippines, en Thaïlande, au Vietnam, et même en Guyane, en Afrique du Sud et dans les Caraïbes.
Les hommes de la région de Guangdong connaissaient le travail à l'étranger, bien avant les ruées vers l'or des années 1850 en Amérique du Nord. Pendant l'absence des hommes, le clan (un réseau de familles apparentées) soutenait les femmes et les enfants restés au pays. Les hommes qui travaillaient au loin devaient envoyer de l'argent à leur famille et au clan.
Les marchands du sud de la Chine travaillant à l'étranger s'organisaient en clubs, afin de s'entraider. Ces groupes s'occupaient de fournir un abri, des contacts d'affaires et même de petits prêts. De tels services aidaient les Chinois à voyager loin de leur foyer.
Les Chinois venus travailler au Canada ont aussi organisé de tels clubs d'entraide.