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ARCHIVÉE - La Confédération canadienne

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Provinces et territoires

Le Manitoba

Adhésion à la Confédération : 1870

Le développement du territoire

Au moment de la Confédération, en 1867, la Compagnie de la Baie d'Hudson exploite toujours, en vertu de sa charte, les territoires de l'Ouest canadien.

Pour maintenir son monopole sur le commerce des fourrures, elle met de l'avant des politiques visant à limiter le nombre de colons blancs pouvant s'installer dans la région. Toutefois, dès 1812, des immigrants européens débarquent. En fait, la concession Selkirk occupe un petit territoire de ce qui est aujourd'hui le sud de la province du Manitoba et le nord de l'État américain du Dakota du Nord.

Au cours des soixante années suivantes, le développement de cette région suit le rythme de la traite des fourrures. Amérindiens et Européens tentent de cohabiter paisiblement. La Compagnie de la Baie d'Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest établissent tour à tour des postes de traite, et la population métisse, qui croît régulièrement, s'engage dans le travail de la traite des fourrures.

Ce qui sera connu sous le nom de colonie de la rivière Rouge se développe sur ce qui était autrefois la concession Selkirk. Là s'établit une population hétérogène de Métis, de francophones provenant essentiellement du Québec (Bas-Canada, puis Canada-Est) et d'anglophones provenant essentiellement de l'Ontario (Haut-Canada, puis Canada-Ouest).

La Loi des terres fédérales de 1872 comporte une section sur la concession de terres visant à assurer le peuplement de l'Ouest. Cela vient grandement favoriser l'arrivée de nouveaux colons dans la région. Cette loi permet aux chefs de famille âgés de 21 ans ou plus d'occuper une terre qui leur a été concédée, qu'ils doivent cultiver et sur laquelle ils doivent construire une résidence, tout ça dans les trois ans suivant leur installation. Après ces trois années, ils deviennent propriétaires de la terre. La Loi est amendée en 1879; elle permet alors aux chefs de famille de 18 ans ou plus de bénéficier de ces conditions.

La population

La majorité des gens qui émigrent au Manitoba, durant les décennies 1870 et 1880, proviennent de l'Ontario. Ces nouveaux arrivants s'adonnent évidement à l'agriculture, mais ils établissent également des commerces, deviennent politiciens, avocats, notaires et médecins. Ces gens arrivent au Manitoba avec, tout au plus, quelques membres de leur famille immédiate.

Entre 1871 et 1881, la population de Winnipeg passe de 1000 à 9000 habitants. Le recensement canadien de 1881 classe la ville au 19e rang des villes de plus de 5000 habitants. En 1891, elle compte plus de 27 000 habitants.

De 1881 à 1891, la population des Prairies canadiennes passe de 118 000 à 251 000 personnes, qui habitent principalement dans le sud du Manitoba. En 1901, la région de Winnipeg compte près de 45 000 habitants.

L'économie et le développement urbain

Gravure sur bois : Winnipeg en 1882 : vue d'ensemble

Source

Winnipeg en 1882 : vue d'ensemble.

Le développement urbain de Winnipeg est intimement lié à l'arrivée du chemin de fer. Lorsque la ligne de Pembina, de la société Lake Manitoba Railway and Canal (plus tard le Chemin de fer Canadien du Nord) a été inaugurée, en 1878, des villes comme Selkirk, Emerson et Winnipeg ont pris leur essor. Winnipeg a exercé beaucoup de pressions pour obtenir le passage du nouveau Canadien Pacifique, et cela a accéléré encore plus son développement.

Le processus et les enjeux

Avant que s'amorcent les négociations avec la Compagnie de la Baie d'Hudson quant au transfert de la Terre de Rupert et du Territoire du Nord-Ouest, le gouvernement canadien envoie des arpenteurs dans la vallée de la rivière Rouge. Ceux-ci doivent informer la population métisse de l'intention du gouvernement canadien d'acheter les terres de la région.

Les Métis réagissent fortement à ce manque de consultation. En octobre 1869, ils choisissent un chef, Louis Riel, qui met sur pied le Comité national des Métis.

William McDougall, le nouveau lieutenant-gouverneur de ce qui sera dorénavant connu sous l'appellation de Territoires du Nord-Ouest, est en route pour aller annoncer aux colons de la rivière Rouge que le gouvernement canadien vient d'acheter une partie de la Terre de Rupert et du Territoire du Nord-Ouest de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Mais Ottawa décide de retarder la prise de possession officielle des terres et son annonce jusqu'à ce que la question du mécontentement des Métis soit réglée. William McDougall n'est toutefois pas mis au courant de cette décision du gouvernement fédéral. Pour se rendre à la rivière Rouge, il doit passer par les États-Unis. Lorsque, le 31 octobre 1869, il atteint la frontière, les Métis l'attendent et lui refusent le passage. Ils veulent empêcher l'annexion du territoire par le gouvernement canadien et ainsi faire valoir leurs droits.

Le 3 novembre 1869, Louis Riel et ses hommes prennent possession d'Upper Fort Garry (Winnipeg), alors propriété de la Compagnie de la Baie d'Hudson et, le 8 décembre, ils forment un gouvernement provisoire qui s'occupera des affaires de la région et remplacera l'administration de la Compagnie jusqu'à ce qu'une entente soit intervenue avec Ottawa.

Les Métis ne sont pas contre l'idée de faire partie de la Confédération canadienne. Ils sont en revanche fort mécontents du fait qu'Ottawa ait décidé de procéder à l'achat de la Terre de Rupert et du Territoire du Nord-Ouest sans les consulter. Les négociations concernant la vente de ces territoires ont été avant tout une affaire entre le Canada, la Grande-Bretagne et la Compagnie de la Baie d'Hudson. Le Canada veut établir ses droits sur ce territoire, à l'ouest de l'Ontario, afin de contrer les visées expansionnistes des États-Unis. La Grande-Bretagne, quant à elle, espère éviter une possible confrontation armée avec les États-Unis. Elle veut trouver une façon de gérer la ruée vers l'or qui a lieu en Colombie-Britannique. Elle se questionne sur le bien-fondé de renouveler la charte de la Compagnie de la Baie d'Hudson et elle doit voir à l'organisation politique des territoires. La Compagnie de la Baie d'Hudson, pour sa part, participe activement aux négociations, car il est essentiellement question de son territoire.

Le gouvernement canadien, quant à lui, n'est pas contre l'idée d'octroyer le gouvernement aux Métis du territoire de la rivière Rouge, mais il veut le faire uniquement après être entré en possession du territoire contesté.

Les négociations

À la fin de 1869, Louis Riel et les Métis rédigent une première « liste des droits » exprimant leurs revendications. Ce texte, et ses versions subséquentes, ne constitue pas une déclaration d'indépendance : en créant le gouvernement provisoire, les Métis ont prêté serment à la reine. Ces listes sont les bases sur lesquelles les Métis négocient avec le gouvernement fédéral. Elles deviennent de plus en plus raffinées, et les représentants des Métis se montrent de plus en plus exigeants. C'est avec la quatrième version de cette liste que les représentants du gouvernement provisoire négocient l'entrée du Manitoba dans la Confédération canadienne.

En janvier 1870, le gouvernement fédéral envoie deux médiateurs rencontrer les Métis et le gouvernement provisoire : le révérend père J.-B. Thibault et le colonel Charles de Salaberry. Leur rôle est d'expliquer aux Métis de la rivière Rouge les volontés du gouvernement fédéral. Mais ils ne réussissent pas à accomplir leur mission. Le gouvernement provisoire n'accepte pas de recevoir des délégués qui n'ont pas le mandat de négocier au nom du gouvernement fédéral. Le père Thibault et le colonel Salaberry seront plutôt « poliment emprisonnés » au palais de l'évêque de St. Boniface. Lorsque le premier ministre Macdonald apprend que la mission des médiateurs est un échec, il convainc la Compagnie de la Baie d'Hudson d'envoyer un de ses propres émissaires afin de sortir de l'impasse. Macdonald, découragé par la tournure des événements et ayant reporté la prise de possession officielle du nouveau territoire, force ainsi la Compagnie de la Baie d'Hudson à agir afin de ramener la paix dans la colonie de la rivière Rouge. Donald A. Smith est cette personne que la Compagnie de la Baie d'Hudson envoie rencontrer Louis Riel. Le but de sa mission est de lui soutirer le pouvoir. Sans réussir à éloigner Louis Riel -- il ne tente pas réellement de le faire -- Donald Smith réussit à faire élire, par le conseil de délégués métis, des représentants qui iront à Ottawa afin de faire valoir leurs positions et leurs revendications. Les Métis rédigent alors une seconde « liste des droits » qu'ils apportent avec eux à Ottawa.

Alors que les négociations pour l'entrée du Manitoba dans la Confédération canadienne vont bon train, l'exécution de Thomas Scott marque la fin du prestige de Louis Riel. Il doit s'exiler aux États-Unis. Cet épisode marque aussi l'envoi de soldats, majoritairement britanniques, sur les lieux. Le premier ministre Macdonald planifiait depuis quelque temps d'envoyer des renforts armés afin de faire respecter l'ordre. Préférant attendre de voir si un règlement pacifique peut être négocié, il reporte la date de l'envoi des troupes. Mais l'exécution de Thomas Scott, en déclenchant une forte réaction de la part des orangistes de l'Ontario, fait en sorte que le premier ministre se voie obligé d'agir.

À la fin mars 1870, les délégués métis partent pour Ottawa avec une troisième « liste des droits ». À cette liste sont ajoutées les demandes suivantes : que le Manitoba soit admis dans la Confédération canadienne en tant que province plutôt qu'en tant que territoire, que le lieutenant-gouverneur soit obligatoirement bilingue et qu'une amnistie soit accordée à tous ceux qui ont participé à l'établissement du gouvernement provisoire.

Une quatrième « liste des droits » est rédigée, probablement à la demande de Mgr Taché . Cette fois, l'établissement d'écoles confessionnelles et la mise sur pied d'une organisation politique similaire à celle du Québec, c'est-à-dire l'instauration d'une chambre haute et d'une assemblée législative, font partie des exigences. Cette quatrième « liste des droits » est apportée à Ottawa par le juge John Black, le révérend père N.-J. Ritchot et Alfred H. Scott. Mais, une fois à Ottawa, ils sont arrêtés sous une accusation de Hugh Scott, le frère de Thomas Scott. N.-J. Ritchot et Alfred H. Scott sont « emprisonnés » au palais épiscopal de l'évêque d'Ottawa et relâchés le 23 avril 1870, après un court procès où le gouvernement canadien avait assuré leur défense.

Source

« Manitobah! », Montreal Gazette, 11 juillet 1870.

La rencontre entre John A. Macdonald, George-Étienne Cartier et les trois représentants « manitobains » se fait dans des conditions particulières. Le juge Black, le père Ritchot et Alfred H. Scott se veulent les représentants du gouvernement provisoire établi par Riel à Upper Fort Garry. Le premier ministre Macdonald et son lieutenant québécois refusent de rencontrer des représentants d'un gouvernement provisoire établi, selon eux, dans l'illégalité. Les deux groupes en arrivent finalement à un compromis : le juge Black, le père Ritchot et Alfred H. Scott acceptent d'être considérés comme les représentants de la population du Nord-Ouest. Ritchot, quant à lui, insiste pour qu'une lettre, soulignant la rencontre entre les représentants canadiens et les représentants « manitobains » en tant que citoyens, leur soit remise. Les deux parties étant satisfaites, les négociations débutent le 25 avril 1870 et durent jusqu'au 2 mai.

On répond à la plupart des demandes des Métis. Le Manitoba aura dorénavant un gouvernement responsable, le statut de province, des institutions bilingues, des écoles confessionnelles et la garantie des droits de propriétés en ce qui concerne les terres indiennes.

On en arrive à une entente : le Manitoba devient la cinquième province canadienne. Le 12 mai 1870, l'Acte du Manitoba (loi aujourd'hui appelée également Loi de 1870 sur le Manitoba) reçoit la sanction royale, et elle est promulguée le 15 juillet 1870.

Le Manitoba est une province minuscule à cette époque, d'un peu plus de 160 km2. Si les Métis obtiennent satisfaction à la plupart de leurs demandes, le premier ministre Macdonald s'assure, de son côté, que le Parlement canadien reste maître de l'Ouest : les terres de la Couronne demeurent ainsi la propriété du gouvernement. En achetant la Terre de Rupert et le Territoire du Nord-Ouest de la Compagnie de la Baie d'Hudson, le Parlement canadien crée une vaste étendue, les Territoires du Nord-Ouest. Encore une fois, il continue d'y d'exercer le pouvoir en ce qui a trait aux terres publiques et aux ressources naturelles.

Sources

Bercuson, David ; Palmer, Howard. -- Settling the Canadian West. -- Toronto : Grolier, 1984. -- 95 p.

Bowers, Vivien ; Garrod, Stan. -- L'ouest et son histoire. -- Montréal : Trécarré, 1988. -- 432 p.

Friesen, Gerald. -- The Canadian Prairies : a history. -- Toronto : University of Toronto Press, 1984. -- 524 p.

Manitoba : the birth of a province. -- Sous la direction de W. L. Morton. -- [Winnipeg] : Manitoba Record Society, 1984. -- 265 p.

Morton, W. L. -- The critical years : The union of British North America. 1857-1873. -- Don Mills : Oxford University Press, 1999. -- 322 p.

Voisey, Paul. -- « The urbanization of the Canadian prairies, 1871-1916 ». -- Histoire sociale - Social History. -- Vol. VIII, no. 15 (Mai-May 1975). -- P. 75-101