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ARCHIVÉE - La Confédération canadienne

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Provinces et territoires

Le Yukon

Adhésion à la Confédération : 1898

Les premiers habitants

Des marques historiques indiquent que la région appelée maintenant le Yukon a abrité les premiers habitants de l'Amérique du Nord. Ils sont probablement venus d'Asie à pied par une langue de terre maintenant recouverte par les eaux du détroit de Béring. Les opinions divergent concernant l'époque précise de l'arrivée des premiers hommes dans la région, mais les estimations la situent à il y a environ 11 000 ans.

Lorsque les premiers explorateurs européens arrivent au Yukon, la région est habitée par des peuples autochtones comme les Dénés, les Inland Tlingits, les Gwitch'ins, les Hans, les Kaskas, les Tagishs et les Tutchones. Ce sont plutôt des nomades, suivant les migrations et le cycle naturel des sources de nourriture comme le caribou. Ce mode de vie favorise la vie en petits groupes qui se réunissent en plus grand nombre pour la saison de la pêche. Malgré des conditions de vie difficiles, ces premiers habitants réussissent à survivre et à prospérer.

Les explorateurs

Les premiers Européens à venir dans le Nord canadien sont des explorateurs cherchant de nouveaux territoires. Martin Frobisher a été le premier de tous, arrivant par l'est de l'Arctique, en 1576, à la recherche du passage du Nord-Ouest. Parmi ces visiteurs du Nord, on compte aussi John Davis, Thomas Baffin et Henry Hudson. La Compagnie de la Baie d'Hudson (CBH) obtient sa charte en 1670, sur le territoire connu sous le nom de Terre de Rupert; les hommes sillonnent alors la région à la recherche de nouvelles ressources pour le commerce des fourrures. Mentionnons, entre autres, Samuel Hearne qui a cartographié le parcours de la rivière Coppermine de 1770 à 1772. La Compagnie du Nord-Ouest (CNO), fondée dans les années 1780 à Montréal, y envoie ses propres employés pour étudier la région au-delà de la Terre de Rupert. Le plus célèbre d'entre eux est probablement Alexander Mackenzie, qui explore le parcours du fleuve MacKenzie en 1789, sur toute sa longueur.

Plus tard arrivent les experts venus étudier la vie végétale et animale du Yukon ainsi que sa topographie. Robert Kennicott, un Américain travaillant pour le Smithsonian Institute et ensuite pour la Overland Telegraph Company, voyage beaucoup dans la région au début des années 1860. Il engage des employés de la CBH pour l'aider à collecter des données et des échantillons. En 1883, une expédition menée par Frederick Schwatka, un soldat américain, explore toute la partie ouest du Yukon tout en procédant à des relevés en Alaska.

En 1870, le Canada fait l'acquisition de terres dans le Nord-Ouest. Cependant, ce n'est qu'après les expéditions américaines comme celle de Schwatka que le gouvernement canadien envoie ses propres explorateurs. George M. Dawson, le directeur adjoint de la Commission géologique du Canada, est un de ceux-là. Il conduit une équipe à travers toute la région au cours de l'été 1887. Il en trace la carte et procède à des observations scientifiques. Lorsqu'il ne peut explorer personnellement certaines régions, il les découvre en parlant avec les mineurs qui y ont travaillé. Un autre membre de la Commission géologique, William Ogilvie, arrive dans la région en traversant le col Chilkoot. Il passe la plus grande partie du temps de son expédition au Yukon à discuter de politiques d'exploitation des ressources minérales. Cependant, à son retour à Ottawa, Ogilvie informe le gouvernement : il est encore trop tôt pour affirmer son autorité sur le Yukon.

Les missionnaires

Dans la foulée des commerçants de fourrures et des premiers explorateurs du Nord-Ouest arrivent des missionnaires anglicans et catholiques. Ils sont bien décidés à convertir au christianisme les Autochtones de la région. Ils installent leurs missions près des comptoirs commerciaux des compagnies de fourrures. Ils sillonnent le pays, afin d'atteindre le plus de personnes possible. Un des missionnaires les mieux connus se nomme W. C. Bompas. Il arrive dans la région en 1865 et, plus tard, il devient le premier évêque du diocèse du Yukon. Les missionnaires n'ont pas immédiatement rendu compte de leurs voyages et de leurs observations, sauf à leur Église. Toutefois, eux aussi ont contribué à l'ensemble des connaissances sur la région.

Le commerce des fourrures

Pendant de nombreuses années, le commerce des fourrures est l'élément le plus important de l'économie du Nord, du moins aux yeux des gens du Sud. Toutefois, les Autochtones commerçaient entre eux depuis longtemps. L'intérêt des Européens pour les fourrures donne cependant un nouveau visage à ce commerce. Les « intermédiaires » autochtones apportent les fourrures aux comptoirs commerciaux et les échangent contre des biens qu'ils redistribuent ensuite aux leurs. La CBH et la CNO ont toutes deux établi des comptoirs commerciaux dans toute la région. Après avoir pris le contrôle de la CNO en 1821, la CBH exploite le commerce des fourrures à l'ouest, jusqu'à la vallée du Mackenzie.

Ce n'est qu'au cours des années 1840 que la CBH entre dans ce qu'on appelle maintenant le territoire du Yukon. Robert Campbell commence par ce qui est aujourd'hui le nord de la Colombie-Britannique. Il explore aussi loin que la rivière Pelly en 1839-1840. John Bell, également au nom de la CBH, atteint la rivière Yukon en 1845. Des comptoirs commerciaux sont établis, en commençant par la Maison Lapierre en 1846, Fort Youcon en 1847 et Fort Selkirk en 1848 (ce dernier est détruit en 1852). À mesure que les ressources de la Terre de Rupert s'épuisent, la région du Yukon prend de l'importance. Pendant ce temps, la mode change. Elle passe des peaux de castor pour fabriquer des chapeaux aux fourrures de luxe comme l'hermine et le renard. Le Yukon en regorge.

Les conflits de frontières

L'Angleterre avait alors revendiqué une large part du Nord-Ouest de l'Amérique du Nord, particulièrement après l'acquisition de la Terre de Rupert. La Russie faisait également du commerce dans la région de l'Alaska depuis le milieu des années 1700, et ses revendications chevauchaient une grande partie de celles de l'Angleterre. Des conflits éclatent au début des années 1800; l'objet de ces litiges est le tracé précis de la frontière séparant les territoires que revendiquent les deux pays. En 1825, après de nombreuses négociations, un accord est enfin conclu. La frontière sera fixée au 141e méridien, en remontant vers le nord jusqu'au 60e parallèle. La frontière occidentale permanente du Yukon est alors établie. La Russie garde une bande de terre appelée « l'enclave », et qui s'étend partiellement le long de la côte de Colombie-Britannique, jusqu'à 54°40' N. Les deux pays sont satisfaits de cet arrangement. La Russie peut continuer à faire du commerce avec les Autochtones de la côte sur le territoire de l'enclave. L'Angleterre, elle, peut maintenir son monopole pour la CBH de son côté de la frontière. Dans le cadre du nouvel accord frontalier, Fort Youcon se retrouve très loin à l'intérieur du territoire russe. Heureusement pour le Canada, le gouvernement russe est disposé à ignorer cette particularité.

La région du Nord-Ouest est la cause d'autres difficultés politiques lorsque les États-Unis font l'acquisition de l'Alaska en 1867. Les Américains montrent un intérêt considérable pour cette région. Avant la fin de l'année 1869, ils demandent à la CBH d'évacuer Fort Youcon. (La compagnie déplace alors ses activités plus haut le long de la rivière, à Rampart House. Elle y reste jusqu'en 1890, jusqu'à ce qu'un autre relevé des frontières indique que ce poste se trouve lui aussi en territoire américain). Les États-Unis appliquent alors une politique commerciale beaucoup plus intensive, qui réduit les bénéfices de la CBH. Cette dernière doit finalement abandonner ses intérêts dans la région frontalière. Les conflits sur le tracé exact de la frontière continuent jusqu'en 1870. Même après l'arbitrage international, plusieurs continuent à se demander à qui appartient le territoire et quelle est sa répartition exacte. Cette incertitude est particulièrement mise en évidence lors de la ruée vers l'or du Klondike.

« Il y a de l'or dans ces collines! »

Lorsque la nouvelle de la découverte d'or se répand, le gouvernement canadien met fin au laisser-aller qu'il affichait à l'égard de ses possessions dans le Nord. Des prospecteurs sont dans cette région depuis des années. Ils ont trouvé de l'or dans des endroits comme Fortymile en 1886. Cependant, la découverte majeure est faite au cours de l'été 1896 par George Carmack, Skookum Jim et Tagish Charley dans la rivière du Klondike. Lorsque la nouvelle de la découverte se répand dans le monde en 1897, il semble que la moitié de l'Amérique du Nord laisse tout en plan pour se rendre dans le nord du Canada. Quelques mineurs empruntent les routes canadiennes comme la piste traversant Edmonton. Toutefois, la plupart de ceux qui se rendent au Klondike passent par la ville de Skagway en Alaska, franchissant le col de Chilkoot ou le col de White, en territoire canadien, pour ensuite aller du lac Lindeman ou du lac Bennett jusqu'à la rivière Yukon et la ville de Dawson.

Un grand nombre de chercheurs d'or sont Américains. Ils ont non seulement établi des villes réputées sans loi sur leur propre territoire -- comme Skagway et Dyea -- mais se sont également installés en territoire canadien. Au lieu de faire appel aux autorités, les mineurs appliquent leur propre justice. Ils organisent des réunions non officielles auxquelles sont invités tous les membres d'une collectivité pour entendre les disputes, juger et décider des peines. Beaucoup de mineurs pensent que ce sont eux qui développent le territoire, et non le gouvernement canadien. Ils n'ont donc pas à se plier aux lois et règlements du Canada. En conséquence, les frais de douane sur l'or découvert restent souvent impayés. Tous ces facteurs représentent autant de défis qui se posent au Canada pour le contrôle de cette région.

« Le sergent Preston à la rescousse! »

Les premières mesures prises par le Canada pour asseoir sa souveraineté sont menées avec le concours de la Police montée du Nord-Ouest (PMNO). Dès 1893, des demandes sont faites pour remplacer les réunions de mineurs par une autorité légale. En 1895, à la suite d'une enquête officielle sur la situation, 20 hommes se rendent dans la région pour créer Fort Constantine. Ce contingent comporte 196 hommes en 1898. À l'apogée de la ruée vers l'or, il y a plus de 300 agents de la PMNO sur le territoire. Leur présence est renforcée par 200 soldats de l'Armée canadienne, appelés la Troupe de campagne du Yukon.

La PMNO devient un symbole remarquable de l'autorité du Canada au Yukon, personnifiée par des hommes comme le sergent Sam Steele. En plus de leurs tâches de gardiens de la paix, ils exercent aussi des fonctions d'agents du gouvernement pour tous les aspects de la vie au Yukon. Ils établissent des postes au sommet des cols Chilkoot et White, à la frontière canadienne. Steele et ses hommes agissent à titre d'agents des douanes et de l'immigration et refoulent les « indésirables ». Ils empêchent aussi l'entrée sur le territoire d'armes à feu et d'autres articles illicites. Ils s'assurent, en outre, que les prospecteurs potentiels ont assez de provisions pour survivre pendant six mois. Enfin, ils agissent également à titre d'agents de revendication, d'agents de sécurité, de facteurs et -- à l'occasion -- de personnel médical. Malgré le grand nombre d'hommes habitués à la liberté dans les régions frontalières, la plupart des mineurs acceptent de maintenir la loi et l'ordre et d'obéir aux règlements de la PMNO.

Le gouvernement canadien

Le gouvernement canadien commence vraiment à établir une autorité plus permanente en 1895, lorsqu'il fait du Yukon un des quatre nouveaux districts des Territoires du Nord-Ouest -- les autres étant Mackenzie, Franklin et Ungava. Le gouvernement reconnaît également le statut spécial du Yukon au sein des territoires. Il envoie alors l'inspecteur Charles Constantine de la PMNO, comme premier agent du gouvernement dans le district. La région est tout de même officiellement gouvernée par Regina, la capitale territoriale.

Source

« Acte ayant pour objet de pourvoir à l'administration du district du Yukon » (titre abrégé : Acte du Territoire du Yukon), Statuts du Canada 1898 (v. I-II), c. 6, p. 55-61.

Une croissance rapide de la population fait bientôt constater au gouvernement canadien que d'autres mesures s'imposent. Les habitants du Yukon réclament, eux aussi, plus de représentants du gouvernement -- au moins au niveau local. Le Canada vote donc la Loi sur le Yukon en 1898, désignant le Yukon territoire indépendant avec Dawson pour capitale. Pour administrer la région, James M. Walsh est nommé commissaire territorial. (Walsh démissionne peu de temps après et est remplacé par William Ogilvie.) Le commissaire gouverne avec l'aide d'un conseil composé de quatre membres, tous représentants du gouvernement canadien. Considérant l'instabilité de la région et une forte présence des Américains, le gouvernement canadien ne nomme pas immédiatement de membres locaux. Au tout début, les débats du conseil se tiennent même à huis clos.

À la suite de pressions des résidents locaux, le gouvernement accepte de rendre ces débats publics. Cette concession est rapidement suivie par l'ajout de deux nouveaux membres au conseil, élus en 1901. En 1905, le nombre de membres du conseil augmente à dix -- cinq élus et cinq nommés. Plus tard, en 1908, tous les membres sont élus, et une modification à la Loi sur le Yukon en 1902 donne au territoire un représentant à la Chambre des communes. La première personne élue à ce poste est James H. Ross. Pour sa part, la ville de Dawson même a élu une administration municipale en 1901.

Après la ruée vers l'or

Malheureusement, l'avenir florissant que l'on prédit au Yukon, à la suite de son adhésion à la Confédération, ne se matérialise jamais. Comme les ressources en or diminuent, la population du territoire diminue également. Beaucoup de mineurs déménagent alors vers d'autres lieux de découverte, comme Nome en Alaska. Après 1904, la présence administrative sur le territoire est très réduite. Il est même question de remplacer le conseil élu par un conseil nommé. Cela ne s'est jamais fait, même si le nombre de membres a été réduit à trois en 1919. La ville de Dawson, si vivante, voit ses saloons et ses salles de danse fermer les uns après les autres. La ville perd son statut de capitale territoriale en faveur de Whitehorse en 1953. La population du Yukon n'approche de nouveau le niveau de prospérité de la ruée vers l'or qu'avec la construction de l'autoroute de l'Alaska au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Cet événement attire des milliers de militaires américains dans la région.

Sources

Black, Martha L. -- Martha Black. -- Direction et mise à jour : Flo Whyard. -- Édition révisée. -- Anchorage (Alaska) : Alaska Northwest Publishing Co., 1986. -- 166 p.

Berton, Pierre. -- Klondike : the last great gold rush, 1896-1899. -- Édition révisée. -- Toronto : McClelland & Stewart, 1972. -- 472 p.

Canadian encyclopedia : year 2000 edition. -- Sous la direction de James H. Marsh. -- 3e édition sur papier. -- Toronto : McClelland & Stewart, 1999. -- 2573 p.

Coates, Ken S. ; Morrison, W. R. -- Land of the midnight sun: a history of the Yukon. -- Edmonton : Hurtig Publishers, 1988. -- 336 p.

Morrison, William R. -- True North : the Yukon and Northwest Territories. -- Toronto : Oxford University Press, 1998. -- 202 p.

Zaslow, Morris. -- « The Yukon : northern development in a Canadian-American context ». -- Regionalism in the Canadian community, 1867-1967. -- Sous la direction de Mason Wade. -- Toronto : University of Toronto Press, 1969. -- 300 p.