CURÉ DE BENTON, MONTANA.
-----
Prêtre Fréderick Ebersville !
Vous êtes éclairé : Vous êtes affermi
Dans les sentiers de l'Evangile.
Vos instructions sont bien celles d'un ami.
Je sais que vous m'aimez. Votre amour pour mon âme
S'inspire au Sacré-Coeur même de Jesus-Christ.
Votre prière ainsi qu'un pieux telégramme
Monte, quand vous voulez, droit au divin esprit,
Ayez la charité, mon Père, et la tendresse
De vous intéresser en ma faveur, afin
Que Dieu m'aide à présent que le besoin me presse.
Le prêtre qui prie est autant qu'un Séraphin.
Demandez au Seigneur que son salut descende
Du ciel sur moi qui suis de bonne volonte.
Comme prêtre approuvé votre influence est grande
Auprès de ce Dieu dont vous prêchez la bonté.
Vos supplications lui sont plus agréables
Que les parfums de l'encensoir
Souvenez-vous de moi dans les cris ineffables
Que vous poussez vers Dieu le matin et le soir.
Votre piété solide
Est un grand arc bien tendu
Qui décroche au Très-Haut son trait juste et rapide,
Son trait le plus assidu.
Vos oraisons jaculatoires
Sont des éclairs éblouissants.
Elles sont aussi méritoires
Que des présents d'or pur et de myrrhe et d'encens.
*
* *
Lorsque votre prière éclot du sanctuaire
Et s'élève ver l'Eternel ;
Lorsque vous récitez votre saint brévaire,
Le son de votre voix est grave et solennel.
Votre voix suppliante est pleine d'harmonie.
Toutes vos oraisons sont d'admirables chants.
Que des armées d'Elus écoutent, réunies,
Parce que tous vos voeux, mon père, son touchants.
La Vierge vous bénit. Les célestes phalanges
Prient pour vos pénitents qui font bien leurs aveux.
Et selon vos désirs, le plus parfait des anges
Fait monter jusqu'à Dieu le moindre de vos voeux.
Vous conseillez le bien, tout ce qu'il a d'aimable,
Vous voulez à tout prix qu'on haïsse le mal,
Vous voulez que chacun vise à l'état normal,
Et s'abstienne avec soin de tout acte blâmable.
Vous faites ce qui plait à Dieu, ce qui lui plût,
Ce qui plaira toujours à sa vie éternelle,
Vous vous tenez pour moi sans cesse en sentinelle,
Vous gardez jour et nuit les portes du salut.
Prêtre ! vous me donnez l'exemple
Des grandes vertus. Le regard
Fixé sur vous, je vous contemple,
Dieu vous a mis plus haut parmi nous dans son temple
Que ses mains, dans le ciel, n'ont mis le St. Bernard.
Les côtes de Benton sont moins belle, moins blanches
Sous la neige de leurs hivers
Que vos épaules, les dimanches,
Quand vous priez ponr [sic] l'univers ;
Et que tous vos habits éclatent
De splendeur, proche des autels
Où mes yeux attentifs constatent
Combien vous dominez le commun des mortels.
Lorsque vous élevez vos deux mains vers la voûte
De l'église et des cieux,
Que je vous vois prier et que je vous écoute ;
Je demande à mes yeux
Si vos mains ne sont pas des ailes
Qui s'ouvriraient ainsi pour prendre leur essor
Vers les régions éternelles
Où Dieu règne à jamais dans son royaume d'or.
Prêtre ! vous ressemblez à la Butte-Carrée
Que j'aperçois d'ici, qui se tient séparée
Des montagnes ; et qui, s'élevant à l'écart
Guide le voyageur en fixant son regard.
Je veux rester soumis à votre Révérence,
Mon respect envers vous n'est pas superficiel,
Les plis de votre aube ont la riante apparence
Des blanches nuées du ciel.
Ce cordon de laine pure
Qui vous ceint d'un triple tour,
N'est-ce pas une ceinteure
Dont la beauté ressemble à la barre-du-jour ?
Vous me semblez dix fois plus fort par votre étole
Que ne fut par le glaive autrefois Du Guesclin.
Vous êtes plus grand en parole
Que le prince Bismarck aujourd'hui dans Berlin.
Votre manipule est auguste,
C'est un ornement simple autant que fastueux,
Qui rend beau votre bras sur lequel il s'ajuste,
Les Empereurs n'ont rien d'aussi majestueux.
*
* *
Lorsque je vois durant la Messe, la chasuble
Répondre aux mouvements de vos reins droits et forts,
Il me semble que c'est l'eau haute du Danube
Qui s'agite à mes yeux, en saluant ses bords.
Les actions de votre vie
Prêtre Ebersville, sont belles comme le Rhin,
Si l'Eglise du Christ, hélas ! est asservie,
Vous savez la distraire au moins de son chagrin.
*
* *
Le nom de Waxweiler, votre place natale
Vivra toujours dans mes essais,
Car l'attention générale
En devenant impartiale
Mettra peut-être en vogue un jour mes vers français.
Que Dieu récompense la Prusse
De vous avoir fait naître. Il faudrait que je fûsse
Ingrat, pour oublier ce pays glorieux
Qui donne au monde de saints prêtres,
Qui donne à l'Europe des maîtres
Dont la Magnificence éclate à tous les yeux.
O Prusse ! vos soldats ont eu force en campagne,
Et vous avez gagné l'Empire d'Allemagne,
Mais vos prêtres en Mission
Dans les divers endroits du monde,
Ont mis peut-être une main plus profonde,
Que vous pensez, à la perfection
De votre Victoire
Et de votre gloire.