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Fréchette, Louis
La tombe de Cadieux


SUR un îlot désert de l'Ottawa sauvage,
Le voyageur remarque, à deux pas du rivage,
Un tertre que la ronce achève de couvrir :
Un jour, quelqu'un ici s'arrêta pour mourir.

L'humble tombe des bois n'a ni grille ni marbre ;
Mais, poète naïf, à l'écorce d'un arbre
Cet étrange mourant confia son regret,
Jetant sa plainte amère au vent de la forêt.
Le légende a doré cette histoire touchante :
L'arbre n'est plus debout ; mais le peuple qui change, 
Bien souvent, au hameau, fredonne en soupirant
La complainte qu'alors chanta Cadieux mourant.

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  O sinistre Ottawa, combien de sombres drames
Dieu n'a-t-il pas écrits dans le pli de tes lames
Et sur les flancs rugueux de tes âpres récifs !
Dans les ombres du soir, combien de cris plaintifs,
Combien de longs sanglots, combien de plaintes vagues
Ne se mêlent-ils pas aux clameurs de tes vagues ?
Ah ! c'est que, sous tes flots et dans les sables mous,
Bien des corps délaissés dorment dans les remous !

Ceux-là n'ont pas même eu leurs quelques pieds de terre :

Leur linceul est l'oubli, leur tombe est un mystère.
Jamais, au fond des bois, le touriste rêvant
Ne lira leurs adieux sur le bouleau mouvant ;
Et, le soir, au foyer, nulle voix printanière
Ne mêlera leurs noms aux chants de la chaumière.
Pour eux nuls souvenirs, nul bruit de pas aimés...
Dans vos tombeaux errants, pauvres perdus, dormez !

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(1) L'histoire de Cadieux a été racontée par notre écrivain canadien, J.-C. 
Taché, dans les Forestiers et Voyageurs. La complainte du voyageur, telle 
que la tradition l'a conservée, se trouve dans les Chansons populaires du 
Canada, de M. Ernest Gagnon.


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