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Forum de BAC sur la
démocratie canadienne

Collection de BAC sur la politique et le gouvernement

La démocratie au Canada par Katherine Fierlbeck de l'Université de Dalhousie

Mme Katherine Fierlbeck est professeure en sciences politiques à l'Université de Dalhousie. Elle est l'auteure des ouvrages intitulés The Development of Political Thought in Canada (2005) et Political Thought in Canada: An Intellectual History (2006). Son livre Globalizing Democracy sera en outre réédité en 2008.

Qu'est-ce que la démocratie et, le cas échéant, comment son expérience se distingue-t-elle au Canada? Aujourd'hui, cette notion est devenue beaucoup trop compliquée pour s'expliquer simplement sous l'angle d'une participation populaire; peu d'électeurs restent en effet convaincus que leurs gestes individuels ont un sens autre que symbolique. De manière plus anecdotique, la démocratie correspond au désir d'une population de casser ou de limiter une autorité exagérément coercitive, de protéger ou d'améliorer ses conditions de vie matérielles par le biais de la stabilité, de la transparence et d'un sentiment de dépendance mutuelle, et de susciter tant chez le gouvernement que chez les citoyens l'impression que chacun joue des rôles dont l'importance devrait être reconnue de tous. Au Canada, ce processus constitue une tentative particulièrement précaire d'équilibrer les concepts de souveraineté populaire, de diversité sociale et de constance politique, et ce, dans un monde de plus en plus complexe.

La démocratie est d'abord victime de son propre succès : plus on l'accepte comme étant le critère d'une gouvernance légitime, moins on s'entend sur la signification qu'on lui donne, ou qu'on devrait lui donner. On peut aisément constater que la démocratie se présente sous plusieurs formes viables. Elle peut en effet se fonder sur le principe du gouvernement responsable (Grande-Bretagne, Canada) ou de la séparation des pouvoirs (États-Unis), sur une représentation proportionnelle ou uninominale à majorité simple, sur des systèmes unitaires ou fédéraux et sur la suprématie d'une souveraineté constitutionnelle ou parlementaire. Selon le philosophe français Montesquieu, les meilleurs systèmes politiques sont ceux qui incorporent les caractéristiques culturelles distinctes de la nation. Cela dit, toutes les normes sociales (comme l'autorité paternelle ou le système de castes, par exemple) ne peuvent ou ne devraient être acceptées d'emblée par les états démocratiques.

La démocratie souffre également du désir général d'en faire un moyen d'éliminer les conflits. Or, par définition, ce mécanisme s'appuie au contraire sur la mésentente politique, voire la discorde pure et simple. Son exercice vise en effet à faire ressortir les conflits les plus véhéments au sein d'une politie afin qu'on puisse ensuite les circonscrire. Même dans les définitions les plus rigoureuses de ce que devrait être un état démocratique, l'objet de ce processus n'est pas de dépolitiser la société, mais bien de promouvoir une sensibilisation et une maturité qui, idéalement, feront en sorte que la population puisse prévenir la mise en place d'une autorité coercitive. Sa raison d'être est d'atteindre un équilibre entre l'apathie, susceptible de mener à une concentration du pouvoir, et le conflit ouvert, qui mine toute forme d'autorité cohérente. La démocratie doit donner aux citoyens un sentiment d'habilitation, tout en les empêchant d'exercer ce pouvoir décisionnel avec trop d'enthousiasme. Ces hypothèses se fondent toutes sur le fait que les valeurs démocratiques constituent la base de l'engagement politique pour tous les citoyens, mais quand certains accordent plus d'importance à des principes sociaux ou religieux, les frictions augmentent en conséquence. Si on se fie sur les expériences de la France et des États-Unis du 18e siècle, la démocratie moderne s'est toujours voulue une tentative de transformer des sujets passifs en citoyens actifs. Étant donné la croissance exponentielle du nombre de voix désireuses d'être entendues, nous devons dorénavant nous demander si ce concert peut être façonné en un véritable dialogue démocratique, ou s'il s'éparpillera en une véritable cacophonie.

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