Bibliothèque et Archives Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Liens institutionnels

ARCHIVÉE - Forum de BAC sur la
démocratie canadienne

Contenu archivé

Cette page Web archivée demeure en ligne à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Elle ne sera pas modifiée ni mise à jour. Les pages Web qui sont archivées sur Internet ne sont pas assujetties aux normes applicables au Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada, vous pouvez demander de recevoir cette page sous d'autres formats à la page Contactez-nous.

Collection de BAC sur la politique et le gouvernement

John A. Macdonald : le démocrate antidémocratique par Richard Gwyn

Richard Gwyn est l'auteur de John A, The Man Who Made Us. The Life and Times of John A. Macdonald Vol. 1 1815-1867. www.richardjgwyn.ca (disponible en anglais seulement)

Il ne fait aucun doute que John A. Macdonald a été le moins démocratique de tous les chefs de partis politiques du Canada. S'étant opposé toute sa vie à l'élargissement du droit de vote afin d'y inclure des personnes autres que celles qui possédaient des titres de propriété (à l'époque, seuls les hommes y avaient droit), Macdonald est la raison principale pour laquelle le suffrage universel pour les hommes n'a pas fait son apparition au Canada avant la fin du XIXe siècle, après sa mort. À titre de comparaison, le suffrage universel pour les hommes (de race blanche seulement) avait été mis en œuvre aux États-Unis trois quarts de siècle plus tôt, dans les années 1820. Macdonald repoussait aussi avec véhémence et avec succès les propositions déposées par la législature, à l'effet que la Constitution de la nouvelle confédération du Canada soit décidée par voie de référendum et non par le vote des 130 membres élus.

Macdonald refusait la démocratie pour de nombreuses raisons. Il considérait « immorale » la pratique américaine qui consistait à se réunir en congrès pour élire les chefs de partis politiques et les candidats régionaux. Il prônait « une certaine division des classes » et, pour justifier le fait que le droit de vote soit réservé aux détenteurs de titres de propriété, se retranchait derrière l'argument que les décisions politiques devaient être prises par ceux qui avaient un certain niveau d'instruction et un intérêt dans le système à proprement parler, et non par des « masses sans grand jugement ». Il affirma d'ailleurs un jour, bien que ce ne fut sûrement qu'à la blague, que parce que « les riches étaient toujours moins nombreux que les pauvres », il fallait protéger davantage leurs droits.

On pourrait être tenté d'affirmer que Macdonald était un antidémocrate convaincu et sans vergogne. Dans les faits, il n'en est rien. Malgré ses opinions à l'effet contraire, Macdonald était très certainement le démocrate le plus assidu de tous les chefs de partis politiques qui ont dirigé le pays depuis la Confédération, il y a près d'un siècle et demi.

Macdonald était un chef démocratique pour une raison fort simple : le peuple continuait de le choisir pour gouverner dans le cadre d'élections elles-mêmes démocratiques, bien qu'à un niveau infiniment inférieur aux standards d'aujourd'hui. Des sept élections auxquelles Macdonald a participé entre 1867 et 1891, il en a remporté six, toutes majoritaires. Si le suffrage avait été aussi élargi que certains Canadiens – même s'ils étaient peu nombreux à l'époque – le souhaitaient, il aurait gagné chacune des élections avec une marge encore plus grande. (Rien ne pouvait le protéger de la défaite en 1874, après le scandale du chemin de fer du Canadien Pacifique.) Il eût été tout à l'avantage de Macdonald que le droit de vote soit élargi afin d'y inclure les femmes. En effet, Sir John Willison, rédacteur en chef émérite au Globe, écrivait qu'« il y avait chez les femmes un dévouement passionné envers Sir John A. Macdonald ». L'élargissement du droit de vote afin d'y inclure tous ceux qui ne possédaient pas de propriété aurait aussi été avantageux pour Macdonald : les travailleurs de l'industrie, qui bien souvent n'avaient pas le droit de vote parce que, contrairement aux agriculteurs, ils ne possédaient ni terre ni maison, étaient particulièrement en sa faveur. D'ailleurs, le premier député canadien de la classe ouvrière (en 1879) était un conservateur.

Suivant