Sauter les liens de navigation (touche d'accès : Z)Bibliothèque et Archives Canada / Library and Archives Canada
EnglishAccueilContactez-nousAideRechercheSite du Canada

Contenu archivé

Cette page Web archivée demeure en ligne à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Elle ne sera pas modifiée ni mise à jour. Les pages Web qui sont archivées sur Internet ne sont pas assujetties aux normes applicables au Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada, vous pouvez demander de recevoir cette page sous d'autres formats à la page Contactez-nous.

Bannière : Écrivains et écrivaines du Canada
Contexte culturelGalerie des manuscritsRessources

Introduction

Écrivains et écrivaines

Ressources pédagogiques

À propos du site
Commentaires
Droits d'auteur/Sources

Marie-Claire Blais : Contexte culturel

par Marie Couillard

 
Portrait à l'aquarelle de Marie-Claire Blais réalisé par Mary Meigs  

L'année 2004 marquera les quarante-cinq ans de carrière de Marie-Claire Blais en tant qu'écrivaine. En 1959, elle fait son entrée sur la scène littéraire québécoise en publiant le roman La Belle Bête; elle est âgée de 19 ans à peine. Six ans plus tard, c'est le succès lorsque le Paris littéraire lui décerne le prestigieux prix Médicis pour son roman Une saison dans la vie d'Emmanuel, ouvrage qui tient à la fois du conte, du roman expérimental et d'un réquisitoire contre une certaine société québécoise. Une telle consécration contribuera à faire de ce roman un classique de la littérature québécoise et canadienne tout en propulsant son auteure à l'avant-scène de la littérature mondiale, place qu'elle occupe toujours, grâce à une écriture sans cesse renouvelée.

Depuis 1985, Bibliothèque et Archives Canada, grâce à de multiples acquisitions, a pu constituer un important fonds consacré à Marie-Claire Blais, mettant ainsi en valeur ses multiples talents d'artiste tout en nous faisant participer à ses pratiques d'écriture. Le fonds Marie-Claire-Blais peut être réparti en trois catégories distinctes : d'abord les carnets intimes, ou « notebooks » comme les appelle l'écrivaine, puis les carnets manuscrits et, enfin, la documentation préparatoire, les ébauches et les manuscrits dactylographiés de romans, de poèmes et de dramatiques ainsi que la correspondance.

 
  Extrait du carnet XIV de Marie-Claire Blais (1972-1974)

Les carnets intimes sont de loin la catégorie la plus diversifiée et la plus colorée de ce fonds. Il s'agit de plus de quinze petits cahiers, écrits à la main, que Marie-Claire Blais a rédigés pendant son séjour aux États-Unis, tout d'abord à Cambridge (Mass.), puis durant ses années de résidence à Wellfleet (Mass.), ainsi qu'au cours de ses voyages en France, au Portugal, en Grande-Bretagne, au Maroc et de son séjour à Sulniac, en Bretagne (France). Ses plus récents carnets rendent compte des années qu'elle a partagées entre l'Estrie et Key West.

Au début, Marie-Claire Blais confine, au jour le jour, dans ses carnets son existence studieuse, ses lectures des grands écrivains et penseurs, tels Dostoïevsky, Ibsen, Camus, Kafka, Proust, Woolf et Platon, son apprentissage des langues, à savoir l'anglais, l'allemand et l'italien, de la musique, en particulier la flûte, et surtout du dessin et de la peinture, que nous sommes à même de vérifier puisque les carnets contiennent quelque deux cents illustrations -- des abstractions, des paysages, des profils et des visages anonymes pour la plupart -- inspirées de Matisse, de Chagall, de Nolde, de Picasso et exécutées avec toute une panoplie de moyens : encre, crayon, pastel, aquarelle, gouache, etc. Elles remplissent les marges, envahissent les pages, insufflant la vie à des textes riches de propos. Les carnets relatent, en outre, des conversations de la jeune écrivaine avec les gens qu'elle côtoie, ses déplacements à Provincetown ou à Boston de même qu'à travers le monde, dont témoignent des portions inutilisées de billets d'avion, de train, de traversier et de métro fixées aux pages ou simplement insérées entre les feuilles d'un carnet. Elle y commente, également, les spectacles et les concerts qu'elle a vus ou entendus et rapporte ses inquiétudes sur sa santé, ses préoccupations matérielles et ses démêlés avec les éditeurs et… la critique. Les carnets plus récents, pour leur part, font plutôt état du quotidien et des préoccupations d'une écrivaine arrivée à la maturité de son art.

Haut de la page

Les carnets constituent, de plus, un véritable journal de travail. Marie-Claire Blais y commente ses projets d'écriture et le ou les textes en voie de rédaction : les difficultés éprouvées, la caractérisation des personnages, ce qu'elle veut vraiment exprimer et comment elle compte y arriver. On peut ainsi assister en direct, en quelque sorte, à l'élaboration des romans Une saison dans la vie d'Emmanuel (1965), L'Insoumise (1966), la trilogie des Manuscrits de Pauline Archange (1968-1970), Le Loup (1972), Un Joualonais sa Joualonie (1973), L'Ange de la solitude (1989), Soifs (1995), de la pièce L'Exécution (1968), ainsi que d'autres romans qui ne verront pas le jour, notamment Le Testament de Jean-Le-Maigre et L'Amour oisif ou Les Ironies.

On trouve également dans les carnets des comptes rendus de ses rencontres avec l'éminent critique littéraire américain Edmund Wilson, sa femme et leurs amis, sa fascination devant leur culture et l'étendue de leurs connaissances et, à l'opposé, sa stupeur devant la « dureté » d'un pays marqué par la violence et son désarroi devant les ravages de la guerre, en l'occurrence celle du Vietnam. Ce sont ces mêmes propos qu'elle reprendra et développera dans Parcours d'un écrivain : Notes américaines (1993), série d'articles rédigés tout d'abord pour le journal Le Devoir pour être ensuite réunis dans un volume, dont le manuscrit fait, lui aussi, partie du fonds Marie-Claire-Blais. Dans ces articles, elle revient sur ses premières années aux États-Unis, sur cette période prodigieusement productive, période d'apprentissage caractérisée par une réflexion profonde sur son écriture ainsi qu'une revendication constante de liberté et une conscience universaliste dont sont imprégnés tous ses textes. La page couverture du volume affiche d'ailleurs une aquarelle de D. Heiskell, peinte à Wellfleet en 1961, intitulée Chaise rouge devant l'océan, qu'elle commente dans le texte.

Viennent ensuite les carnets manuscrits, petits carnets de poche dans lesquels Marie-Claire Blais compile des notes préliminaires, des réflexions et des commentaires. Ils renferment tantôt un développement du roman en voie de rédaction, tantôt le germe ou l'idée maîtresse d'un roman à venir. Le fonds Marie-Claire-Blais contient des carnets manuscrits d'Une saison dans la vie d'Emmanuel, de David Sterne, du Loup, d'Un Joualonais sa Joualonie, de Visions d'Anna et de Soifs et quelques carnets du Sourd dans la ville. Ils sont rarement datés de façon précise et d'une graphie souvent difficile à déchiffrer. Il s'agit essentiellement de blocs-notes sur lesquels l'auteure jette ses pensées, ses observations sans se soucier de les commenter ni même de les organiser; ils servent de matière à la rédaction proprement dite d'ouvrages à venir.

Haut de la page

La dernière catégorie, celle des ébauches et des manuscrits, est sans doute la plus importante sur le plan purement littéraire. Le dossier de Visions d'Anna ou le vertige, ou « Portrait d'Anna », est particulièrement intéressant à cet égard. Il contient une collection de photos documentaires et des coupures de presse sur l'usage de la drogue et le suicide chez les adolescents. Ces documents servent de point de départ à une série de réflexions inscrites dans plusieurs petits carnets manuscrits, réflexions qui seront plus tard développées en trame narrative autour de personnages. Au fil des pages du manuscrit dactylographié, on est ainsi à même de suivre tout le travail de rédaction que comporte le roman à travers les multiples corrections que subissent les phrases. Ainsi, certaines pages seront recommencées jusqu'à une dizaine de fois pour arriver à l'écriture caractéristique des romans de Marie-Claire Blais, une écriture sinueuse, tout en méandres, qui nous permet de pénétrer dans une ou plusieurs consciences sur une toile de fond à la fois locale, dans Visions d'Anna -- le roman se situe à Montréal --, et universelle. Or le roman Visions d'Anna raconte justement l'expérience d'Anna, adolescente de 16 ans, et de ses amis aux prises avec l'errance mentale causée par la drogue et l'errance physique que cette dernière peut entraîner.

Parmi les ébauches et les manuscrits se trouvent également les manuscrits de plus de soixante poèmes de jeunesse  -- quelques-uns datant de la fin des années cinquante, mais la plupart, du début des années soixante --, des manuscrits de nouvelles, de romans ou de fragments de romans, des dramatiques, en grande partie inédits, ainsi que le manuscrit du discours que l'écrivaine a prononcé à l'occasion de son accession à l'Académie royale de langue et littérature française de Belgique.

Le fonds Marie-Claire-Blais de Bibliothèque et Archives Canada constitue un apport important à notre patrimoine culturel. Il témoigne de plus de quarante ans de vie littéraire au Québec, au Canada et à travers le monde. Au fil de la vie, de l'apprentissage et de la carrière d'écriture de cette auteure unique, nous sommes en mesure non seulement de participer à la création d'une œuvre depuis l'idée première jusqu'à sa concrétisation dans l'ouvrage publié, mais aussi de suivre le développement de l'écriture particulière d'une écrivaine, malheureusement mieux connue à l'étranger que dans son pays d'origine.


Divulgation proactive