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Les textes d'analyse

par Michael Petrou, journaliste

On peut lire dans les journaux des textes d'analyse qui se classent en deux catégories principales : les éditoriaux et les chroniques.

D'ordinaire, on imprime l'éditorial sur une seule page, vers la fin du premier cahier du journal. Dans les tabloïdes (journaux plus petits faits d'un seul cahier), l'éditorial paraît vers la fin des pages de nouvelles. La page s'intitule « Éditorial », mais on la reconnaît facilement parce qu'elle comporte souvent, dans le coin supérieur droit, une grande caricature.

Les chroniques sont publiées dans la page en regard de la page éditoriale; cette page s'intitule « Opinions » ou « Chroniques », afin que les articles qui y paraissent se distinguent des nouvelles. Il arrive aussi qu'on place ces articles ailleurs dans le journal, en particulier dans la page précédant l'éditorial.

Si l'on cherche à rendre les nouvelles de façon objective, les chroniques et les éditoriaux sont au contraire subjectifs, c'est-à-dire qu'ils expriment un point de vue ou présentent un débat sur un sujet donné. Ainsi, la nouvelle dressera la liste de diverses bévues commises par un politicien, mais il ne saurait être question que son auteur y déclare qu'en raison de ses erreurs le politicien devrait démissionner; de tels commentaires peuvent par contre être écrits dans un éditorial.

Quand on lit un éditorial ou une chronique, il est intéressant d'imaginer que l'auteur engage un débat avec son ou ses lecteurs. En effet, le journaliste cherche à convaincre ses lecteurs de la pertinence de son point de vue. Éditoriaux et chroniques sont cependant très différents.

L'éditorial représente d'ordinaire l'opinion collective du journal, et non pas uniquement celle de l'auteur. Bien entendu, tous les employés du journal ne partagent pas l'ensemble des opinions émises dans les éditoriaux, mais, en principe, l'éditorial représente le journal comme institution et ne reflète pas seulement la pensée de la personne qui l'a écrit.

Les éditoriaux se classent en deux catégories : les éditoriaux signés et ceux qui résultent d'un consensus.

L'auteur d'un éditorial qui résulte d'un consensus ne signe pas son article; aussi est-il impossible au lecteur de savoir qui l'a écrit. Ce choix renforce le caractère collectif du débat lancé au nom du journal. D'habitude, quatre ou cinq rédacteurs chevronnés, membres du comité de rédaction, se réunissent pour discuter du sujet de l'article. Lorsqu'ils arrivent à un consensus, l'un des rédacteurs, souvent l'éditorialiste, écrit l'article au nom de tous.

Le comité de rédaction doit parfois tenir compte, dans le choix des éditoriaux, de l'avis du propriétaire ou de l'éditeur du journal, mais il est rare que les propriétaires ou les éditeurs participent aux réunions quotidiennes du comité.

Les éditoriaux signés s'apparentent aux éditoriaux de consensus, sauf que l'auteur est clairement indiqué par une signature et que souvent une petite photo de lui paraît aussi. D'habitude, un rédacteur chevronné ou même l'éditeur en chef rédige cet article. Imprimé sur la page éditoriale et écrit par des membres chevronnés du comité de rédaction, l'éditorial signé a le poids d'un article émis par le journal en tant qu'institution, mais on a tendance à y voir un texte qui émet le point de vue d'un seul auteur. Au Canada, les éditoriaux signés sont davantage publiés dans les journaux de langue française que dans la presse anglophone.

Il est important de souligner que, dans les locaux de la presse, les journalistes qui écrivent des nouvelles et ceux qui discutent des éditoriaux ou les produisent ne travaillent habituellement pas dans les mêmes bureaux. Cette division de l'espace symbolise la différence fondamentale entre la nouvelle, de nature objective, et l'éditorial, qui exprime une opinion. Elle empêche également que les journalistes de nouvelles soient informés des points de vue qui seront émis dans les éditoriaux à venir, car cela pourrait influencer leur façon d'aborder leur article.

Les chroniques, comme les éditoriaux, comportent un point de vue, mais il s'agit du point de vue du chroniqueur, et il n'engage pas le journal ni le comité de rédaction. De fait, il arrive souvent que chroniqueur et éditorialiste s'affrontent dans des articles publiés dans le même journal.

Ce sont des chroniqueurs à l'emploi du journal, ou encore des collaborateurs invités, qui sont spécialistes d'une question ou qui ont un débat à proposer, qui rédigent les chroniques. Des politiciens ou des personnalités très en vue écriront aussi souvent des chroniques, soit pour réfuter des accusations portées contre eux, ou pour vérifier l'accueil réservé à certaines idées, ou encore pour s'adresser à des électeurs potentiels qui autrement ne leur accorderaient pas d'attention.

Lorsqu'on analyse un éditorial ou une chronique, il faut vérifier si des preuves viennent appuyer les arguments avancés. Un bon journaliste fondera son débat sur des exemples. Si des arguments contraires semblent évidents, l'auteur doit aussi les aborder.

En fin de compte, pour bien évaluer une chronique, il faut voir le rédacteur comme un avocat qui, dans un procès, présente son discours final, et s'imaginer faire partie du jury qui l'écoute. Si l'auteur réussit à convaincre le lecteur, et l'amène même à reconsidérer l'opinion qu'il avait sur ce sujet, la chronique ou l'éditorial constitue une réussite.