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CMAJ
CMAJ - September 22, 1998CMAJ - le 22 septembre 1998

Le retour de la toux de 100 jours : réapparition de la coqueluche dans les années 1990

JAMC 1998;159:695

© 1998 Ministre de la santé


Voir aussi:
La coqueluche est une infection grave des voies respiratoires caractérisée par une toux spasmodique qui peut se terminer par une reprise inspiratoire bruyante. Le nom chinois de cette maladie, «la toux de 100 jours», décrit bien sa longue durée. L’incidence de la coqueluche au Canada a diminué de 90 % depuis l’introduction, en 1943, du vaccin anticoquelucheux à germe entier. Cependant, la coqueluche continue d’être la maladie la plus commune de toutes les maladies infantiles qui peuvent être évitées par une immunisation de routine1. Elle reste endémique dans ce pays, avec des épidémies réapparaissant sous forme d’un cycle de 3 à 5 ans. Dans les années 1980, le nombre approximatif de cas de coqueluche signalés chaque année allait de 1000 à 3000. Au cours des années 1990, le nombre de cas signalés chaque année a augmenté pour atteindre une échelle de 2700 à 100001,2.

La raison de l’augmentation de l’incidence de la coqueluche n’est pas connue; elle est due, le plus probablement, à une combinaison de facteurs. La couverture par le vaccin anticoquelucheux n’est pas encore optimale: sur le plan national, la proportion d’enfants correctement vaccinés avant la deuxième et la septième année est estimée à 83% et 75% respectivement. Le vaccin anticoquelucheux à germe entier utilisé jusqu’à récemment peut ne pas avoir fourni la protection adéquate contre la maladie. Lors de foyers dans des populations à fort taux d’immunisation, l’efficacité de 5 doses de vaccin anticoquelucheux à germe entier contre la coqueluche positive à la culture et clinique a été estimée à 57 %, et de 59 % à 71 % respectivement3,4. Même quand l’immunité est atteinte, par le biais du vaccin ou de l’infection naturelle, la protection contre la maladie ou une nouvelle contamination n’est pas de longue durée5. Dans une étude effectuée sur des adultes vivant dans des institutions, le niveau d’anticorps est tombé à des niveaux de pré-infection dans les 5 ans suivant la maladie naturelle6. La protection contre la maladie typique diminue dans les 3 à 5 ans suivant la vaccination et disparaît après 12 ans5. La baisse de l’immunité et le manque de renforcement par le biais de la maladie naturelle ont pour conséquence une augmentation de la population âgée réceptive à l’infection. Enfin, les souches de Bordetella pertussis en circulation pourrait s'être transformées avec le temps, ce qui pourrait aussi contribuer à la diminution de l’efficacité du vaccin et à la réapparition de la maladie.

Les adolescents et les adultes sont, en ce moment, considérés comme le réservoir le plus important de B. pertussis, jouant un rôle prédominant dans la transmission de la coqueluche aux jeunes enfants, chez qui la maladie est la plus grave5,7,8. La coqueluche étant généralement moins forte chez les personnes plus âgées, le diagnostic tend à être omis (Tableau 1). Une toux persistante peut en être la seule manifestation et le bruit caractéristique n’apparaît que chez un nombre limité de personnes infectées7,8. La coqueluche devrait être considérée chez toute personne se plaignant de toux simplement ou de façon prédominante, particulièrement si la personne a une histoire de toux paroxystique, de reprise inspiratoire bruyante, de vomissements suivant la toux, de toux dérangeant le sommeil ou de proches contacts avec des personnes présentant les mêmes symptômes5,7,8. La fièvre et les signes dans les voies respiratoires inférieures sont généralement absents6. Des cultures rhinopharyngiennes devraient être obtenues de toute personne chez qui on soupçonne la coqueluche, à moins que la personne ne soit clairement liée à un cas confirmé en laboratoire lors d’une épidémie. L’utilisation des techniques de réaction en chaîne à la polymérase, quand elles sont disponibles, peut améliorer la détection de l’organisme. La coqueluche est une maladie à déclaration obligatoire à l’échelle nationale et tous les cas confirmés en laboratoire et diagnostiqués au niveau clinique devraient être signalés au service local d’hygiène publique.

Les nouveaux vaccins acellulaires anticoquelucheux contenant des antigènes purifiés de B. pertussis sont efficaces et sont mieux tolérés9. Au 30 avril 1998, toutes les provinces et tous les territoires du Canada avaient incorporé Pentacel (Pasteur Merieux Connaught Canada, Toronto) un vaccin accellulaire combiné avec les vaccins contre la diphtérie, le tétanos, la polio et l’Haemophilus influenzae de type b dans leur programme d’immunisation infantile (Tableau 2). Les personnes ou organisations fournissant le vaccin devraient conseiller les parents concernant le changement opéré pour un nouveau vaccin plus inoffensif. Le Comité consultatif national de l’immunisation a récemment publié des renseignements concernant les vaccins acellulaires anticoquelucheux et des recommandations pour leur utilisation9. La seule contre-indication absolue au vaccin anticoquelucheux est une réaction anaphylactique à une dose antérieure. Un historique d’épisodes hypotoniqueBhyporéactifs et des troubles neurologiques évolutifs ne sont pas considérés comme des raisons pour éviter ou différer l’immunisation avec les vaccins anticoquelucheux acellulaires.

Theresa W.S. Tam, MB, BSc
Adwoa Bentsi-Enchill, MB, ChB, MSc

Laboratoire de lutte contre la maladie
Santé Canada
Ottawa (Ontario)

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Références

  1. Division de l’immunisation, Laboratoire de lutte contre la maladie. Rapport national canadien sur l’immunisation, 1997. Pediatr Child Health 1998;3(Suppl B).
  2. Division de l’immunisation, Laboratoire de lutte contre la maladie. Rapport national canadien sur l’immunisation, 1996. Can Commun Dis Rep 1997;23(Suppl 4).
  3. Bentsi-Enchill AD, Halperin SA, Scott J, MacIsaac K, Duclos P. Estimates of the effectiveness of a whole-cell pertussis vaccine from an outbreak in an immunized population. Vaccine 1997;15(3):301-6.
  4. De Serres G, Boulianne N, Duval B, Déry P, Rodriguez AM, Massé R, et al. Effectiveness of a whole cell pertussis vaccine in child care centers and schools. Pediatr Infect Dis J 1996;15:519-24.
  5. Tomoda T, Ogura H, Kurashige T. The longevity of the immune response to filamentous hemagglutinin and pertussis toxin in patients with pertussis in a semi-closed community. J Infect Dis 1992;166:908-10.
  6. Long SS. Bordetella pertussis and other species. Dans : Long SS, Pickering LK, Prober CG, editors. Principles and practice of paediatric infectious diseases. New York : Churchill Livingstone; 1997. p. 976-86.
  7. Wirsing von Konig CH, Postels-Multani S, Bock HL, Schmitt HJ. Pertussis in adults: frequency of transmission after household exposure. Lancet 1995;346:1326-9.
  8. Wright SW, Edwards KM, Decker MD, Zeldin MH. Pertussis infection in adults with persistent cough. JAMA 1995;273(13):1044-6.
  9. Comité consultatif national de l’immunisation. Statement on pertussis vaccine. Can Commun Dis Rep 1997;23(ACS-3):1-16.