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CMAJ
CMAJ - October 6 1998CMAJ - le 6 octobre 1998

Pour protéger contre l'infection invasive à pneumocoques : Soyez prudents — vaccinez!

© 1998 Ministère de la santé


Quelle est la bactérie qui est la principale cause de pneumonie d'origine communautaire et une cause importante d'infections invasives, comme la bactériémie et la méningite, au Canada? Quel est le vaccin, offert au Canada depuis 1983, qui protège contre ces infections1B3?

La réponse à la première question est Streptococcus pneumoniae (auparavant appelé Diplococcus pneumoniae). C'est le vaccin antipneumococcique qui permet de prévenir l'infection pneumococcique invasive causée par les 23 types les plus fréquents de S. pneumoniae ou de réduire la morbidité et la mortalité associées àcette maladie3.

L'infection pneumococcique invasive se caractérise par la mise en évidence de S.pneumoniae à partir d'un site normalement stérile (p. ex. sang, liquide céphalo-rachidien ou liquide pleural)4; l'appellation n'est donc pas fondée sur une quelconque évaluation de la gravité de la maladie. Au Canada, l'infection à pneumocoques entraîne, annuellement, environ 3000 cas de pneumonie invasive, 750 cas de bactériémie et 240 cas de méningite2. La pneumonie pneumococcique débute souvent brutalement avec une forte fièvre et des frissons, accompagnés d'une douleur thoracique et d'une toux productive avec émission de crachats muco-purulents de couleur rouille. La méningite à pneumocoques est souvent précédée par une infection pulmonaire ou une infection bénigne des voies respiratoires supérieures. La bactériémie pneumococcique est, dans 25% des cas, une complication de la pneumonie à S. pneumoniae et, dans 80% des cas, de la méningite à S.pneumoniae4. Les taux de mortalité associés à l'infection pneumococcique invasive sont étonnamment élevés. En présence d'une maladie chronique concomitante, les taux de létalité s'élèveraient à 15% chez les personnes de moins de 65 ans, et à 30% chez les personnes de 65 ans et plus5. Le taux de létalité est de 5,6% chez les personnes qui ne présentent aucun facteur de risque5.

Malgré l'accroissement de la résistance aux antimicrobiens, la pénicilline administrée par voie intraveineuse demeure le traitement de première intention dans les cas d'infection pneumococcique invasive6. Lovgren et ses collaborateurs7 ont récemment découvert que 26,0% des isolats de S. pneumoniae provenant de l'ensemble du Canada présentaient une sensibilité réduite à un ou plusieurs des 9 antibiotiques étudiés; 9,7% des isolats avaient une sensibilité réduite à la pénicilline, et 3,9%, à la ceftriaxone7. Fait digne de remarque, 19,5% des isolats avaient une sensibilité réduite au triméthoprime-sulfaméthoxazole7, qui est couramment utilisé pour traiter l'otite moyenne. Jusqu'à 50% des cas d'otite moyenne confirmés par un examen bactériologique sont associés à S. pneumoniae4. La vaccination peut aider à prévenir la résistance aux antimicrobiens, en réduisant le nombre de personnes infectées et ultérieurement traitées aux antibiotiques8.

Le Guide canadien d'immunisation3 recommande de vacciner 3 groupes de personnes (voir l'encadré). La revaccination systématique n'est pas recommandée pour l'instant. Dans le cas des personnes qui sont plus exposées à souffrir d'une infection invasive, une seule revaccination est recommandée après 5 ans si le sujet est âgé de plus de 10 ans, et après 3 ans, s'il a moins de 10 ans3.

Les taux de couverture vaccinale sont faibles, en particulier dans les groupes à risque élevé, sans doute parce qu'on connaît mal la maladie et le vaccin, et peut-être en raison de l'absence de programmes de vaccination financés par l'État. La saison grippale est tout indiquée pour déterminer si les patients sont vaccinés contre le pneumocoque, étant donné que les critères d'admissibilité sont semblables pour le vaccin antigrippal et le vaccin antipneumococcique. Depuis quelques années, plusieurs provinces ont commencé à mettre en place des programmes de vaccination antipneumococcique financés par l'État à l'intention des groupes à risque élevé. Les programmes diffèrent d'une province à l'autre quant aux groupes à risque qui peuvent être vaccinés sans frais. Les personnes appartenant à des groupes à risque non visés par les programmes publicspeuvent acheter le vaccin. Tous les programmes ne bénéficient pas d'une bonne publicité, aussi les médecins devraient-ils consulter les autorités sanitaires locales afin d'obtenir plus de précisions sur le programme existant dans leur province ou territoire.

Susan G. Squires, BScN, Msc
Programme de formation en épidémiologie d'intervention
Laboratoire de lutte contre la maladie
Santé Canada
Ottawa (Ontario)
Ministère de la Santé de la Nouvelle-Écosse
Halifax (N.-É.)
John S. Spika, MD
Bureau des maladies infectieuses
Laboratoire de lutte contre la maladie
Santé Canada
Ottawa (Ontario)


Encadré: Qui devrait recevoir le vaccin contre Streptococcus pneumoniae?
  • Toutes les personnes de 65 ans ou plus (le vaccin antipneumococcique peut être administré en même temps que le vaccin contre l'influenza, mais à un site anatomique distinct; les personnes dont les antécédents vaccinaux sont inconnus devraient recevoir le vaccin)
  • Toutes les personnes âgées de plus de 2 ans qui souffrent d'asplénie, d'une autre déficience splénique ou d'anémie falciforme (le vaccin antipneumococcique peut être administré en même temps que le vaccin conjugué contre Hib et le vaccin contre le méningocoque)
  • Toutes les personnes âgées de plus de 2 ans qui souffrent des maladies suivantes: maladie cardio-pulmonaire chronique (à l'exception de l'asthme), cirrhose, alcoolisme, néphropathie chronique, syndrome néphrotique, diabète sucré, écoulement chronique de liquide céphalo-rachidien, infection à VIH et autres affections associées à un déficit immunitaire (maladie de Hodgkin, lymphome, myélome multiple, immunosuppression associée à une greffe d'organe)
Recommandations extraites du Guide canadien d'immunisation3.

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Références
  1. Marrie TJ, Durant H, Yates L. Community-acquired pneumonia requiring hospitalization: 5-year prospective study. Rev Infect Dis 1989;11[4]:586-99.
  2. Kertesz D, Senzilet L, Spika J, Talbot J. Surveillance en laboratoire de la maladie pneumococcique invasive au Canada [résumé]. La vaccination pour la santé: Vers l'atteinte de nos objectifs nationaux. Rapport de la Conférence canadienne nationale sur l'immunisation; du 8 au 11 déc. 1996; Toronto. Ottawa: Santé Canada; 1996. p. 42.
  3. Guide canadien d'immunisation. 5e éd. Ottawa: Santé Canada; 1998.
  4. Isada CM, Kasten BL, Goldman MP, Gray LD, Aberg JA. Infectious diseases handbook including antimicrobial therapy and diagnostic tests/procedures. 2e édition, 1997/98. Hudson (OH) : Lexi-Comp Inc et American Pharmaceutical Association; 1996. p. 254-5.
  5. McGeer A, Landry L, Goldenberg E, Green K, Wenger J, Schuchat A, et al. Population-based surveillance for invasive pneumococcal infections in Toronto, Canada: implications for prevention [résumé K009]. 36th Interscience Conference on Antimicrobial Agents and Chemotherapy; New Orleans; 1996 sept. 15B18.
  6. Summaries of infectious diseases. Dans : Peter G, sous la direction de. 1997 red book: report of the Committee on Infectious Diseases. 24e édition. Elk Grove Village (IL) : American Academy of Pediatrics; 1997. p. 410-9.
  7. Lovgren M, Spika JS, Talbot JA. Invasive Streptococcus pneumoniae infections: serotype distribution and antimicrobial resistance in Canada, 1992B1995. CMAJ 1998;158(3):327-31.
  8. Le contrôle de la résistance aux antimicrobiens. Relevé des maladies transmissibles au Canada 1997;23S7.