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Contamination bactérienne des constituants sanguins : Est-ce dans le sac? Robert Slinger, M.D.; Anthony Giulivi, M.D. JAMC 1999;160:535-6 Les Drs Slinger et Giulivi travaillent à la Division des agents pathogènes à diffusion hématogène du Bureau des maladies infectieuses de Santé Canada et le Dr Slinger est également membre du Programme de formation en épidémiologie régionale du Laboratoire de lutte contre la maladie de Santé Canada, à Ottawa. Remarque : Les opinions exprimées dans cet article sont celles et auteurs et ne correspondent pas nécessairement à celles de Santé Canada. © 1999 Ministre de santé Un patient atteint de leucémie présente une fièvre et des frissons deux heures après avoir reçu une transfusion de plaquettes. Staphylococcus epidermidis croît dans des cultures de cathéter central et de sang périphérique. Le résident met en route le traitement à la vancomycine, envisage de retirer le cathéter central et demande une culture du sac de plaquettes. Une souche identique de Staphylococcus epidermidis est isolée à partir du sac. Bien que ce scénario soit fictif, les travailleurs de la santé seront peut-être surpris d'apprendre que les constituants sanguins sont parfois contaminés par des bactéries et que, dans le cas des plaquettes, ce type de contamination est plus fréquent que la contamination par des virus comme le VIH (1 unité sur 913 000) et le virus de l'hépatite C (1 unité sur 103 000)1-4 (tableau 1). Il y a lieu de croire que seul un faible pourcentage de toutes les infections post-transfusionnelles sont signalées au Canada parce que le problème est méconnu. La sous-déclaration des infections liées aux plaquettes est peut-être particulièrement répandue parce qu'on considère habituellement que les organismes isolés sont des contaminants de la peau ou qu'ils sont dus à la présence d'une sonde à demeure. Les coûts occasionnés par la mise en culture de spécimens provenant des sacs de transfusion de tous les transfusés fébriles peuvent représenter un obstacle financier à la reconnaissance de ces infections. Cependant, la déleucocytation (extraction des leucocytes par filtration) est maintenant appliquée aux unités de plaquettes et le nombre de réactions fébriles non infectieuses a diminué de façon considérable. Ainsi, une plus grande proportion de ces réactions sera dorénavant imputable aux bactéries, et la mise en culture des sacs de constituants sanguins aura une meilleure valeur prédictive positive. Les signes et symptômes des infections bactériennes post-transfusionnelles ne sont pas spécifiques et peuvent simuler des réactions post-transfusionnelles non infectieuses1,2 (voir encadré). Les réactions sévères surviennent plus souvent après la transfusion d'érythrocytes contaminés parce que ce sont des bactéries à Gram négatif plus virulentes qui sont en cause. Les receveurs de plaquettes présentent souvent un déficit immunitaire et les séquelles peuvent aussi être plus graves. Lorsqu'on croît être en présence d'une telle réaction, il faut cultiver des échantillons provenant des sacs de constituants sanguins et comparer les bactéries cultivées à celles qui ont été isolées chez le patient. Les réactions indésirables qui pourraient être imputables à une contamination bactérienne devraient être signalés au service de médecine transfusionnelle de l'hôpital. Une enquête sera alors menée par l'hôpital, le fournisseur du sang (la Société canadienne du sang ou HémaQuébec) et l'organisme fédéral de réglementation afin de déterminer la source de la contamination, de rappeler le sang potentiellement contaminé et d'identifier les patients exposés. Pour empêcher que du sang contaminé par des agents infectieux n'entre dans le système canadien, les donneurs potentiels qui présentent une fièvre ou des symptômes d'une maladie ou qui ont reçu des soins dentaires peu de temps auparavant sont exclus temporairement, et les donneurs sont invités à signaler aux services transfusionnels toute maladie qui surviendrait dans la semaine qui suit le don de sang. Il existe des méthodes qui permettent de détecter et de détruire les bactéries dans les dons de sang, mais aucune de ces méthodes n'est largement utilisée dans la pratique courante. Les méthodes rudimentaires englobent l'inspection visuelle, les colorations de Gram et la mesure du pH et de la glycémie au moyen de bandelettes réactives. Parmi les méthodes plus sophistiquées qui sont à l'étude au Canada et aux États-Unis, figurent les sondes ribosomiques et l'amplification par la polymérase (PCR).1 Les psoralènes, produits chimiques qui se lient aux acides nucléiques des bactéries,1 font actuellement l'objet d'essais cliniques de phase II aux États-Unis. La déleucocytation technique qui est maintenant utilisée couramment pour décontaminer les unités de plaquettes et à laquelle on aura bientôt recours pour préparer tous les constituants de sang au Canada semble réduire la contamination due à Yersinia, bien que les résultats en ce qui concerne les organismes présents sur la peau soient équivoques.1 L'addition d'antibiotiques au sang pourrait constituer une autre solution, mais la possibilité de réactions indésirables fatales chez les personnes transfusées et d'une résistance accrue aux antibiotiques représentent des risques inacceptables. Il faut améliorer le diagnostic et la déclaration des cas si l'on veut pouvoir évaluer l'ampleur du problème que représentent les infections bactériennes post-transfusionnelles et appliquer des mesures adéquates pour le traitement, la prévention et la lutte contre ces infections. Le juge Horace Krever a recommandé que le signalement par les médecins des réactions indésirables à la transfusion de constituants sanguins devienne la norme.7 Les personnes et organismes qui sont responsables de la sûreté du sang doivent travailler de concert avec les médecins pour faire de cette vision une réalité.
Références
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