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Le seul problème vraiment sérieux JAMC 2000;162 :747 De 1990 à 1994, le suicide a été la deuxième cause de décès chez les membres du personnel actif de l'Armée de l'air des États-Unis (USAF) et a représenté 23 % du total des décès survenus dans cette population.1 En 1996, l'Armée de l'air américaine a mis en uvre une stratégie intégrée de prévention du suicide qui traitait le suicide comme un problème non seulement médical, mais aussi communautaire. La stratégie a mis l'accent sur l'intervention rapide et sur des facteurs de protection comme les réseaux d'entraide, un sentiment d'appartenance, des techniques d'adaptation et des comportements de recherche d'aide. De 1994 à 1998, le taux de suicide a dégringolé pour tomber de 16,4 à 9,4 suicides pour 100 000 membres de l'effectif et le taux estimatif pour 1999 s'établissait à 2,2 pour 100 000. Les taux de suicide dans les autres branches des forces armées n'ont pas baissé régulièrement au cours de la même période, ce qui indique que la stratégie de l'Armée de l'air américaine était efficace. L'idée selon laquelle l'incidence du suicide pourrait refléter divers degrés d'intégration sociale a été lancée pour la première fois par Emile Durkheim dans Suicide (1897). Il a élaboré une typologie du suicide «égoïste», «anomique» et «altruiste», qui a eu de l'influence. On lui a reproché par la suite d'expliquer le suicide en se fondant sur des corrélations sociales seulement et de ne pas avoir tenu compte de motivations personnelles à l'égard de ce que Camus appelait «le seul problème philosophique vraiment sérieux». Pour les tenants du modèle médical, l'idéation relative au suicide ne représente pas, comme Camus le soutiendrait, l'expression raisonnée de la libre volonté : il s'agit plutôt d'une maladie neurochimique provoquée par les milieux génétique, biochimique et social du patient. Même si l'on s'attend à ce que les médecins traitent la biochimie et s'il convient qu'ils le fassent, on s'attend moins à ce qu'ils aident les patients à établir des liens et des réseaux sociaux, ce qui est difficile pour eux sur le plan logistique. Une partie de cette responsabilité incombe certainement aux communautés et aux groupes comme la famille, le quartier et, de plus en plus, le milieu de travail où ces liens devraient se nouer. Des recherches récentes ont appuyé notre compréhension théorique et empirique du lien entre les réseaux sociaux et l'état de santé.2 Ces réseaux ont toujours résidé dans le domaine privé de la famille et des amis. Or, comme les hommes et les femmes passent plus d'heures au travail, il incombe aux employeurs de favoriser l'entraide sociale au travail. Une étude longitudinale réalisée récemment sur une cohorte professionnelle a démontré que l'état matrimonial, l'entraide sociale au travail et à l'extérieur et les réseaux sociaux sont des prédicteurs de la probabilité de troubles psychologiques subséquents. Ces résultats étaient semblables chez les hommes et les femmes et n'avaient aucun lien avec l'état psychologique de base. On a établi un lien entre l'appui social important au travail et une réduction des congés de courte durée pour troubles psychiatriques.3,4 Par ailleurs, à l'exception des études sur le harcèlement sexuel, les écrits contiennent étonnamment peu de choses sur la prévalence et le coût des abus, du rudoiement et de l'intimidation au travail.5 Or, de tels conflits existent vraiment au travail. Le moment est peut-être venu pour que la recherche sur la santé mentale porte avant tout sur le milieu de travail et que l'on considère pendant un instant le suicide chez les employés comme le seul problème de santé au travail vraiment sérieux.
Références
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