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Sir James Douglas : gouverneur colonial

Histoire

Sir James Douglas et les pionniers noirs

Par Crawford Kilian

Établir et protéger la colonie

Au cours des années 1850, James Douglas était responsable de l'un des avant-postes les plus éloignés de l'Empire britannique : la côte du Nord-Ouest de l'Amérique du Nord. Deux autres empires empiétaient alors sur celui de la Grande-Bretagne : la Russie au nord et les États-Unis au sud.

C'était une situation remarquable pour un homme né en Guyane britannique d'un père écossais et d'une mère créole, dont les ancêtres étaient européens et africains. Éduqué en Grande-Bretagne, Douglas était venu au Canada en bateau pour travailler dans le commerce des fourrures. Son succès l'amena jusqu'à la côte du Pacifique où il gravit les échelons au sein de la Compagnie de la Baie d'Hudson, puis jusqu'aux fonctions de gouverneur de la colonie de la Couronne de l'île de Vancouver.

En raison de la taille de l'Empire britannique au milieu du 19e siècle, Douglas ne pouvait dépendre des ressources de celle-ci; l'Empire devait plutôt dépendre de lui. Il était le chef de quelques centaines d'Européens parmi des milliers d'Autochtones. Et la plupart des anglophones de la côte Ouest de l'Amérique du Nord étaient les citoyens d'une République hostile à l'Empire. À vrai dire, au cours de la décennie précédente, les Américains avaient déferlé du Texas vers le Pacifique, s'emparant du vaste territoire de l'Oregon.

En 1851, Douglas avait déjà déménagé le siège de la Compagnie de la Baie d'Hudson de la côte Ouest situé sur la rivière Columbia (maintenant en territoire américain) vers la pointe sud de l'île de Vancouver. Il avait à peine établi le poste de traite à Victoria lorsque les Américains commencèrent à déferler dans les îles de la Reine-Charlotte à la recherche d'or. En tant que second gouverneur de la colonie de l'île de Vancouver, Douglas affirma les droits de la Couronne sur les nouveaux arrivants et Londres l'appuya après le fait.

Peu après, la Grande-Bretagne et la Russie furent impliquées dans la guerre de Crimée, de 1854 à 1856, et Douglas dut conserver Victoria comme base sécurisée pour protéger la marine britannique contre les attaques de la Russie à partir de l'Alaska.

James Douglas fut sans cesse forcé de prendre des initiatives pour protéger les intérêts d'un Empire fort éloigné. Ne possédant pratiquement pas de forces armées et étant dans l'impossibilité d'attendre les instructions de Londres, il accomplit des miracles.

La menace de la ruée vers l'or

Le plus grand défi survint en 1857, lorsque les prospecteurs américains commencèrent à trouver de l'or dans les sables de la rivière Fraser. La partie continentale était toujours le territoire de la Compagnie de la Baie d'Hudson – hors du ressort de Douglas – mais il pouvait imaginer que de nombreux prospecteurs suivraient bientôt.

Il y avait très peu de résidents non autochtones, tant dans la colonie de l'île de Vancouver que dans la partie continentale (qui devint bientôt la colonie de la Colombie-Britannique). Moins de 500 Européens vivaient sur l'île; peut-être 150 de plus vivaient dans la partie continentale. Ils seraient bientôt submergés, Douglas le savait, par des chercheurs d'or étrangers. La plupart seraient Américains et ils pourraient, de fait, très bien créer leur propre gouvernement sur le territoire britannique.

Dans une lettre adressée au gouvernement de Londres, Douglas lançait un avertissement : « Si la majorité des immigrants sont Américains, il rêveront toujours d'une annexion aux États-Unis. [...] Ils ne se soumettront jamais de bon coeur aux règles anglaises ni n'auront l'esprit de loyauté des sujets britanniques. » Mais il savait bien que Londres ne pourrait pas lui fournir de solution. Il devrait en trouver une lui-même.

« Terre promise »

Ayant besoin d'un nombre substantiel de non-Américains, Douglas trouva des immigrants potentiels aussi près qu'à San Francisco. Des centaines de Noirs libres s'étaient établis en Californie au cours des années de la ruée vers l'or, mais ils faisaient face aux mêmes préjugés et à la même oppression qu'ils avaient subis dans l'Est. Pire encore, la décision Dred Scott de 1857, rendue par la Cour suprême des États-Unis, avait explicitement refusé la citoyenneté aux Noirs, libres ou esclaves.

La collectivité noire de San Francisco discutait activement de l'idée d'immigrer vers des pays plus accueillants et Douglas en vint rapidement à promouvoir sa propre colonie comme destination. En avril 1858, il envoya le capitaine Nagle, du vapeur Commodore, à San Francisco pour inviter les Noirs à s'établir à Victoria.

La collectivité répondit immédiatement, envoyant une délégation de 35 Noirs comme « Comité des pionniers » afin d'inspecter la colonie. Ils naviguèrent sur le Commodore jusqu'à Victoria, y arrivant le 25 avril. Ces délégués rencontrèrent Douglas le même jour et le jugèrent « très enjoué et très agréable ».

Douglas fit abstraction de problème gênant du prix très élevé des terres (les prix étaient établis à Londres). Il mit l'accent sur le fait que tous les propriétaires fonciers auraient le droit de vote et celui de faire partie de jurys. Après sept ans, promit-il, ils pourraient devenir des sujets britanniques avec tous les droits et privilèges s'y rattachant. Jusque là, ils pourraient profiter de l'entière protection de la loi.

Un délégué retourna rapidement à San Francisco avec des rapports enthousiastes sur l'accueil du gouverneur et l'attrait général de Victoria. Comme l'écrivit un autre délégué : « Le climat y est des plus cléments; les plants de fraises et les pêchers sont en pleine floraison [...] toutes les attentes des hommes de couleur ici sont les possibilités qui s'offrent et l'argent [...] C'est une terre promise pour les gens de couleur. »

Douglas dut être soulagé de la réponse positive; le Commodore avait également amené plus de 400 immigrants américains blancs. Des milliers d'autres, il le savait, se mettraient bientôt en route.

La vie à Victoria

Au tout début de l'été, des centaines de Noirs étaient arrivés dans la colonie et s'étaient rapidement établis. Ils fabriquaient des briques, tondaient les moutons, construisaient des maisons et lançaient des entreprises, dont des magasins de vêtements jusqu'aux salons de coiffure pour hommes.

Douglas ne ménagea pas ses efforts au cours de ces premières années pour rappeler aux Américains qu'ils étaient maintenant en territoire britannique. En juin 1858, il créa même une force constabulaire formée uniquement de Noirs pour maintenir l'ordre à Victoria. La plupart étaient Jamaïcains; tous étaient des sujets britanniques. Malgré leurs uniformes impressionnants – vestes bleues, écharpes rouges, hauts-de-forme – les policiers se butèrent à une forte résistance de la part de la population blanche et Douglas dut remplacer la plupart d'entre eux. Un constable noir officiât à l'extérieur de Victoria durant de nombreuses années en tant qu'agent de police dans la réserve Songhees.

Douglas ne pouvait pas tenir toutes les promesses qu'il avait faites envers les pionniers noirs mais il semble qu'en général, il les traita de façon équitable. Ses propres ancêtres étaient l'objet d'un commérage malicieux, mais il ne manifesta aucun préjugé ni ne fit preuve de favoritisme à l'égard des colons noirs. Alors qu'ils s'établissaient à demeurer à Victoria ou qu'ils se rendaient à la rivière Fraser avec d'autres chercheurs d'or, Douglas imposa l'autorité de la Couronne avec plus de confiance qu'il ne le pensait probablement.

Durant les années décisives de l'existence de la Colombie-Britannique à titre de colonie, les colons noirs constituèrent pour Douglas « la partie de la collectivité la plus ordonnée, la plus utile et la plus loyale », comme l'observa la veuve de l'explorateur polaire Sir John Franklin lorsqu'elle rencontra certains d'entre eux en 1861. Ils constituèrent un centre de gravité politique vigoureux dans la colonie et ils contribuèrent à définir les conditions de l'entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération en 1872. Il est difficile d'imaginer à quoi ressemblerait le Canada aujourd'hui si James Douglas n'avait pas invité les Noirs à devenir des pionniers en Colombie-Britannique.