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ARCHIVÉE - Femmes à l‘honneur: Leurs réalisations

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Thèmes - Beaux-arts

Paraskeva Clark

Tableau de Paraskeva Clark intitulé MYSELF

(1898-1986)
Peintre

Myself, auto-portrait de Paraskeva Clark
Source

Tableau de Paraskeva Clark intitulé PETROUSHKA

Petroushka
Tableau
1937

Petroushka de Paraskeva Clark, 1937
Source


Paraskeva Clark tient une place unique dans l'histoire de l'art canadien. Considérée comme l'une des peintres canadiennes les plus accomplies des années 1930 et 1940, elle se révèle l'une des rares artistes canadiennes de l'époque à utiliser son art pour transmettre ses convictions politiques passionnées.

Paraskeva a souvent proclamé fièrement qu'elle était d'origine paysanne russe. Elle est née en 1898 à Saint-Pétersbourg, en Russie, sous le nom de Paraskeva Plistik. Son père, Avdey Plistik, travaille alors dans une usine et devient plus tard propriétaire d'une épicerie. Il instille à sa fille l'amour des livres et de l'étude. Sa mère, Olga Fedorevna Plistik, est une experte dans l'ancien art folklorique russe de fabrication de fleurs artificielles; son travail permet d'arrondir le revenu familial. L'argent ainsi gagné permet à Paraskeva de fréquenter une école secondaire et d'y recevoir une éducation supérieure à la formation primaire de base accessible aux enfants de la classe ouvrière russe.

Jeune fille, Paraskeva veut de tout cœur devenir actrice, mais son père la convainc qu'il n'y a aucune sécurité financière dans une carrière de scène. Après l'obtention de son diplôme en 1914, Paraskeva se trouve un emploi de bureau dans une usine de chaussures; elle suit des cours du soir en art à l'Académie des beaux-arts de Petrograd, espérant trouver, par la suite, un emploi dans le commerce de l'art. En 1916, elle s'inscrit aux cours privés du peintre paysagiste Savely Seidenberg.

Après la révolution de 1917, l'Académie devient les Free Studios, ouverts à toutes les personnes intéressées par l'art. Il n'y a aucuns frais de scolarité et les étudiants reçoivent une allocation pour assister aux cours. Tirant profit de ces améliorations, Paraskeva quitte son travail de bureau et s'inscrit aux Free Studios à plein temps. Elle travaille d'abord avec Vasily Shukhayev, qui enseigne l'illustration. En 1920, elle passe dans le groupe travaillant avec Kuzma Petrov-Vodkin, un élève de Cézanne. Ce professeur a une grande influence sur elle; ses techniques et ses théories sur la vocation humaniste de l'art influencera son travail dans les années qui suivront.

En 1920, la Russie est en pleine crise économique; Paraskeva et sa famille, comme d'autres Russes, doivent se battre quotidiennement pour survivre. La fortune de Paraskeva tourne en 1922, quand elle est choisie pour peindre des décors pour le théâtre de Maly. Là, elle rencontre Oreste Allegri fils, jeune peintre de scène dont le père est responsable des décors. Ils se marient peu de temps après et, en mars 1923, elle donne naissance à un fils, Benedict. La famille Allegri forme le projet de s'établir définitivement à Paris. Pourtant, presque à la veille de leur départ, Oreste se noie et Parakseva se retrouve veuve, à l'âge de vingt-cinq ans, avec un bébé à élever.

À l'automne 1923, elle s'installe avec son jeune fils à Paris, où elle rejoint ses beaux-parents qui y vivaient. Elle fait la cuisine et le ménage pour la famille en échange d'un salaire, afin de garder une certaine indépendance. Pendant les six années suivantes, Paraskeva a peu de temps à consacrer à son art; elle s'occupe à tenir la maison des Allegri, étudie l'anglais et élève son fils. En 1929, quand Ben a six ans, elle l'envoie à l'internat pendant la semaine et travaille comme vendeuse de verrerie d'art dans un magasin de décoration intérieure. C'est là qu'elle rencontre son futur mari, Philip Clark, comptable canadien. Ils se marient en juin 1931 à Londres, en Angleterre, et peu de temps après Paraskeva émigre au Canada avec son nouveau mari. Ils s'établissent à Toronto.

Philip Clark a de bonnes relations dans la communauté artistique de Toronto. Paraskeva rencontre bientôt quelques-unes des principales figures du monde canadien de la peinture, y compris Lawren Harris, Bertram Brooker et A.Y. Jackson. Par eux, elle fait la connaissance d'Elizabeth Wyn Wood et d'Emmanuel Hahn, de Francis Loring et de Florence Wyle ainsi que de Charles et de Louise Comfort. Encouragée à reprendre la peinture, Paraskeva participe à la première exposition de sa carrière en novembre 1932, en exposant un petit autoportrait à l'exposition annuelle de l'Académie royale (des arts) du Canada à l'Art Gallery of Toronto.

Au cours des premiers mois de 1933, alors qu'elle est enceinte de son deuxième enfant, Paraskeva Clark peint ce qui est considéré comme son chef-d'œuvre : son autoportrait intitulé Myself. Cette peinture spectaculaire représente une femme, élégamment vêtue de noir, les bras croisés à la taille et arborant un air de confiance suprême. Alors que Paraskeva est une femme de petite taille, la femme de la peinture est grande et imposante. Paraskeva a stylisé les traits prononcés de son visage et, à la manière de son ancien professeur Petrov-Vodkin, a utilisé la porte en arrière-plan comme encadrement. Les couleurs sombres et minimales dans la peinture attirent le regard vers les tons plus clairs de la peau et le noble maintien du visage.

Le second fils de Paraskeva Clark, Clive, naît en juin 1933 et la famille Clark passe l'été dans son chalet de Muskoka, où Paraskeva peint quelques paysages. En novembre de cette année-là, on l'invite à participer à la première exposition canadienne tenue à l'Art Gallery of Toronto par le Groupe des peintres canadiens nouvellement formé. Ces peintres canadiens éminents reconnaissent le talent d'artiste de Paraskeva. On l'accueille dans cette société importante, issue du Groupe des sept, qui allait dominer la scène artistique anglo-canadienne durant les années 1930. Paraskeva est élue membre à part entière du Groupe des peintres canadiens en 1936 et continue à exposer avec eux jusqu'aux années 1960.

Paraskeva Clark n'a jamais fait d'études artistiques au Canada et pourtant son art a continué de se développer parce qu'elle a entrepris de suivre un processus d'auto-formation, guidée par ce qu'elle avait appris de Petrov-Vodkin en Russie. Tout au long des années 1930, elle continue à peindre des huiles et des aquarelles, faisant des paysages, des natures mortes et des portraits. Elle attire favorablement l'attention de la presse et de ses pairs.

La fin des années 1930 marque la période la plus significative de la carrière de Paraskeva Clark. Son travail prend une nouvelle direction alors qu'elle s'engage de plus en plus dans les questions politiques du moment. La dépression et la guerre civile espagnole forcent les artistes à réexaminer leur rôle dans la société moderne. Clark se lie d'amitié avec le Dr Norman Bethune et participe au Comité d'aide à la démocratie espagnole. Dans un article intitulé « Come Out From Behind the Pre-Cambrian Shield », publié dans le nouveau périodique de gauche New Frontier en 1937, elle fait connaître ses vues sur le rôle de l'artiste connu :

Who is the artist? Is he not a human being like ourselves, with the added gifts of finer understanding and perception of the realities of life, and the ability to arouse emotions through the creation of forms and images? Surely. And this being so, those who give their lives, their knowledge and their time to social struggle have the right to expect great help from the artist. And I cannot imagine a more inspiring role than that which the artist is asked to play for the defence and advancement of civilization.

[Traduction libre : Qui est l'artiste? N'est-il pas un être humain comme nous-mêmes, avec les dons additionnels d'une compréhension et d'une perception plus fines des réalités de la vie et la capacité de pouvoir réveiller des émotions par la création de formes et d'images? Sûrement. Et puisqu'il en est ainsi, ceux qui donnent leur vie, leurs connaissances et leur temps à la lutte sociale ont le droit de s'attendre à une grande aide de la part de l'artiste. Et je ne puis pas imaginer un rôle plus inspirant que celui que l'artiste est invité à jouer pour la défense et le progrès de la civilisation.]

(New Frontier, vol. 1, no 12 (avril 1937), p. 16)

Paraskeva Clark met en pratique ce qu'elle a écrit. Elle est presque la seule artiste au Canada à combiner la politique et ses activités artistiques. Vers la fin des années 1930, elle peint un certain nombre de tableaux à thèmes politiques. Parmi eux, Petroushka est le plus célèbre et le plus explicitement politique. Elle l'a peint en 1937, en réaction à la mort de cinq travailleurs grévistes de l'industrie sidérurgique tués par la police de Chicago pendant la grève de la Republic Steel Corporation. Paraskeva renforce son propos en attachant au dos de la toile une coupure de presse rapportant l'incident. Le tableau dépeint un spectacle de marionnettes dans une rue de ville; une marionnette policier, encouragée par un homme d'affaires à chapeau haut de forme agitant des sacs d'argent, bat un ouvrier tombé par terre. La foule au premier plan regarde la scène, un mélange d'amusement, de désespoir et de colère apparaissant sur les visages. Un homme dans la foule lève son poing serré en signe de défi et de solidarité avec l'ouvrier. L'angle de vue des immeubles dans le fond intensifie l'atmosphère d'oppression et de résistance dans la peinture.

Avec la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, Paraskeva Clark devient de plus en plus inquiète au sujet de sa patrie russe. Elle travaille, à travers son art et par des organismes de charité, à soutenir les Russes contre la menace nazie. Durant cette période, la Galerie nationale du Canada [maintenant le Musée des beaux-arts du Canada] lui demande de peindre la Division des femmes des Forces armées. On lui offre également une commission à plein temps comme peintre de guerre officiel, mais elle n'accepte pas en raison d'engagements familiaux de plus en plus pressants. En 1943, son fils aîné Ben souffre d'une dépression nerveuse, diagnostiquée par la suite comme de la schizophrénie. La carrière artistique de Paraskeva est alors mise en suspens. Elle reprend la peinture un an après, mais ses responsabilités familiales limitent le temps qu'elle peut consacrer à la peinture et à ses voyages pour les années à venir. Bien qu'elle en souffre, elle ne peut trouver d'autre solution. Vers la fin de sa carrière, Paraskeva réfléchit sur ce dilemme essentiel de sa vie d'artiste :

It's a hell of a thing to be a painter. I would like to stop every woman from painting, for only men can truly succeed. The majority of women who have really succeeded have not married or had children, but I don't envy them. I believe that women, by their very nature, by their mental and emotional makeup are so absorbed by their natural duties and responsibilities that they cannot truly gather that great volume of creative effort needed for truly great works of art. But I cannot complain, I have had a very good career, considering a great deal of my time has been spent on being a wife and a mother.

[Traduction libre : C'est un enfer d'être peintre. Je voudrais empêcher chaque femme de peindre, parce que seuls les hommes peuvent vraiment réussir. La majorité des femmes qui ont vraiment réussi ne se sont pas mariées ou n'ont pas eu d'enfants, mais je ne les envie pas. Je crois que les femmes, par leur nature même, par leur structure mentale et émotive sont tellement absorbées par leurs fonctions et leurs responsabilités habituelles qu'elles ne peuvent pas vraiment rassembler ce grand volume de force créatrice requis qu'exigent les véritables chefs-d'œuvre. Mais je ne puis pas me plaindre, j'ai eu une très bonne carrière, si l'on considère qu'une grande partie de mon temps a été consacrée à mon rôle d'épouse et de mère.]

(Cameron, Eclectic Eve, p. 9)

En effet, elle a eu « une très bonne carrière ». Entre 1951 et 1956, elle expose seule à quatre grandes expositions : à la New Laing Gallery (1951), au Victoria College de l'University of Toronto (1952), au MacDonald College de l'Université McGill (1956) et à la Hart House de l'University of Toronto (1956). De ces expositions, elle reçoit des échos favorables dans la presse  — un critique l'a appelée la principale femme peintre canadienne depuis Emily Carr (Robertson, « CJBC views the show » dans MacLachlan, Paraskeva Clark: Paintings and Drawings, p. 41). En 1954, elle est élue à l'Ontario Society of Artists. Elle devient associée de l'Académie royale (des arts) du Canada en 1956, et membre à part entière en 1966.

En 1974, Paraskeva partage une exposition avec son fils Ben à l'Arts and Letters Club de Toronto. Lors de cette exposition, la Galerie nationale du Canada achète la toile Myself. La peinture est mise en valeur lors de l'exposition que la Galerie tient en 1975, « Peintures canadiennes des années 1930 », et agrémente la couverture du catalogue de l'exposition; de ce fait, la place qu'occupe Paraskeva Clark dans l'histoire de l'art canadien se trouvait reconnue. En 1976, la Galerie achète sa peinture préférée, Petroushka. En 1982, la Dalhousie Art Gallery, à Halifax, organise une exposition de ses peintures et dessins. Paraskeva Clark décède à Toronto, en 1986, à l'âge de quatre-vingt-huit ans.

Vibrante, franche et controversée, Paraskeva Clark s'est servie de son art pour répondre à l'environnement canadien, pour refléter son développement personnel et créatif et aussi pour exprimer ses opinions passionnées sur les questions d'ordre social. Pour tout cela, elle tient une place particulière dans l'histoire de l'art au Canada.

Ressources

Bell, Andrew. — « The art of Paraskeva Clark ». — Canadian art. — Vol. 7, no. 2 (Christmas 1949). — P. 42-46

Cameron, Janice et al. — Eclectic Eve. — [S.l. : s.n., 1974]. — P. 7-9

Clark, Paraskeva. — « Come out from behind the Pre-Cambrian shield ». — New frontier. — Vol. 1, no. 12 (April 1937). — P. 16-17

____.  — « Canadian artists : thoughts on Canadian painting ». — World affairs. — Vol. 8, no. 6 (February 1943). — P. 17-18

____.  — « The Artist speaks : a statement by Paraskeva Clark ». — Canadian review of music and art. — Vol. 3, nos. 9 & 10 (1944). — P. 18-19

Freedman, Adele. — « In the shadow of the '30s : the winter of Paraskeva Clark ». — Toronto life. — (February 1979). — P. 127-129

Hill, Charles C.  — Peinture canadienne des années trente. — Ottawa : Galerie nationale du Canada, 1975. — 223 p. — Aussi publié en anglais sous le titre : Canadian painting in the thirties.

MacLachlan, Mary E. — Paraskeva Clark : peintures et dessins. — Halifax, N.S. : Dalhousie Art Gallery, Dalhousie University, 1982. — 84 p. — Publié aussi publié en anglais sous le titre : Paraskeva Clark : paintings and drawings.

McInnes, G. Campbell. — « Contemporary Canadian artists : Paraskeva Clark ». — Canadian forum. — Vol. 17, no. 199 (August 1937). — P. 166-167

O'Rourke, Kathryn. — Labours and love : issues of domesticity and marginalization in the works of Paraskeva Clark. — 128 p. — M.A. thesis, Concordia University, 1995.

Portrait of the artist — as an old lady [enregistrement vidéo]. — Producer, Margaret Pettigrew (et al.). — [Montreal] : National Film Board of Canada, 1982. — 1 cassette, 27 min : s.d., col.

Sabbath, Lawrence. — « Paraskeva Clark ». — Canadian art. — Vol. 17, no. 5 (September 1960). — P. 291-293

Tippett, Maria. — By a Lady : celebrating three centuries of art by Canadian women. — Toronto : Viking, 1992. — 226 p.

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