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ARCHIVÉE - Femmes à l‘honneur: Leurs réalisations

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Thèmes - Cinéma

Judith Rosemary (Sparks) Crawley

Photo de Judith Crawley dans le studio avec son mari et cinq de leurs enfants

(1914-1986)
Cinéaste

Judith Crawley dans le studio avec son mari et cinq de leurs enfants.
Source


Considérée comme une pionnière de l'industrie du film au Canada, Judith (Sparks) Crawley est une femme remarquable qui a acquis une réputation nationale et internationale en raison de ses nombreuses contributions à cette industrie prospère. Au cours de sa longue carrière, qui s'étend sur plus de 50 ans, Judith Crawley a exercé bien des métiers : mère, écrivaine, monteuse, cinéaste, productrice, cadreuse, preneuse de son et actrice.

Née à Ottawa le 21 avril 1914, fille de Roderick Percy Sparks, célèbre avocat spécialisé en tarifs, et de Rheba (Fraser) Sparks, elle commence ses études au Ottawa Ladies' College. Elle s'inscrit ensuite à l'Université McGill, à Montréal, où elle étudie l'anglais et l'économie de 1933 à 1936, et y obtient un baccalauréat ès arts (B.A.).

Le 1er octobre 1938, elle épouse Frank Radford (Budge) Crawley, associé principal du cabinet d'experts-comptables de son père. Frank R. Crawley est aussi champion en nage de fond. Quelques années auparavant, son père, Arthur Crawley, lui avait acheté une caméra pour qu'il améliore son style. Cela l'amène à faire des films pour sa famille et ses amis dès qu'une occasion se présente et à transformer un passe-temps agréable en passion pour le reste de ses jours.

L'incursion de Judith dans l'industrie cinématographique commence en toute innocence par un film couleur en 16 mm qu'elle tourne avec Budge au cours de leur lune de miel dans la charmante Île d'Orléans, près de la ville de Québec. Cette première œuvre, dont elle signe le montage et le scénario, remporte le prix Hiram Percy Maxim décerné aux meilleurs films amateurs du monde, en 1939. C'est la première fois qu'un film canadien reçoit une telle distinction.

À la suite de ce succès, les Crawley continuent à produire des films à temps partiel; ils travaillent d'abord dans leur petit appartement puis dans le grenier de la maison où Frank a passé son enfance.

Judith travaille également à l'Office national du film du Canada (ONF) comme cadreuse et comme pigiste de 1941 à 1943.

En 1943, comme leur entreprise ne cesse de prospérer, Budge et Judith Crawley fondent Crawley Films. Ils achètent alors la salle paroissiale de l'église St. Matthias, bâtiment abandonné, au 19 de l'avenue Fairmont à Ottawa, qui leur sert de nouveau studio. Au fil des années, ils attirent de nombreux clients dont le gouvernement et des entreprises spécialisées dans plusieurs domaines : les affaires, l'éducation, l'industrie et la télévision. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, par exemple, ils réalisent des films sur l'entraînement et le recrutement pour le compte de l'ONF.

L'entreprise se fait rapidement une réputation grâce à la qualité de ses productions. Les Crawleyy sont extrêmement fiers de leur travail et réalisent des films dans le monde entier. Comme la compagnie connaît de plus en plus de succès, il faut faire construire un studio moderne adjacent à celui situé dans l'ancienne salle paroissiale. En plus de son siège social à Ottawa, Crawley Films acquiert des succursales à Toronto et à Montréeal. Au fil des années, leurs films sont traduits en 22 langues.

Pendant cette période très mouvementée, à mesure que la compagnie prend de l'expansion, la taille de la famille Crawley grandit également. Lorsque Judith et Budge ont leur troisième enfant, Roddy, elle se passionne de plus en plus pour les méthodes d'éducation des enfants. Elle sait très bien qu'elle a commis des erreurs avec ses deux premiers enfants et veut aider d'autres familles à éviter de faire les mêmes bêtises. Grâce à ses connaissances du cinéma, elle écrit, dirige et joue le rôle de la mère dans un film de dix minutes intitulé Know Your Baby. Mettant en vedette son bébé Roddy, ce court film donne des instructions pratiques au sujet de tâches aussi simples que donner le bain à un enfant, lui faire faire son rot et le nourrir. Ce film est vendu au ministère de la Santé nationale et du Bien-être pour la somme de 3,000 $, un montant dérisoire. Par contre, il devient si populaire auprès du public que d'autres films sont vite commandés; l'entreprise commence peu à peu à pénétrer le marché du film éducatif aux États-Unis. La McGraw-Hill Text Films, située à New York, est une des compagnies américaines qui reconnaît leur talent et commande deux séries de films sur le développement de l'enfant et de l'adolescent.

Judith est une cinéaste exigeante. L'article d'Alan Phillips décrit très bien les compétences et les processus qu'elle utilise pour réaliser ses films éducatifs avec les enfants :

« Le type de film que réalise Judith exige énormément de patience et une quantité incroyable de biscuits et de jus de fruit. Pendant qu'elle attend que le visage d'un enfant arbore cette expression fugace si importante, une partie de son esprit est attentive à la caméra, aux lampes à arc, à la grue du studio qui soutient le micro, à tous les détails de l'arrière-plan, sans oublier les costumes et les autres acteurs. Commettre une seule erreur signifie une reprise. Souvent le héros s'étend sur le sol et déclare : "J'en ai assez, je ne veux plus, je ne veux plus!", et l'équipe de tournage doit commencer à tout remballer, jusqu'à ce que l'enfant, craignant de ne plus être le centre d'attention, revienne sur le plateau. Judith dirige ses films en suivant strictement le scénario. Chaque scène porte sur un sujet mûrement réfléchi, qui a été approuvé par six des spécialistes de l'enfance les plus critiques en Amérique du Nord. »

[Traduction] (Phillips, p. 54)

Âges et phases (1949-1957) est une série populaire réalisée par Judith qui comprenait notamment Le petit monde à deux et trois ans et Le petit monde à quatre et cinq ans. Il existe une version anglaise de ces films. Ce projet est une affaire de famille : Judith dirige et les enfants de la famille Crawley prennent la vedette dans de nombreux films.

Crawley Films, Frank R. Crawley et Judith Crawley ont reçu de nombreux prix nationaux et internationaux au fil des années. Voici les faits saillants de leurs principales réalisations.

  • Le film The Loon's Necklace (1948) est inspiré d'une légende indienne de la côte Ouest adaptée pour l'écran par Judith, qui a remporté le prix du film de l'année en 1948. En 1950, le jury du Festival du film d'art international remet à Crawley Films le prix du meilleur film nord-américain.
  • En 1957, au neuvième Palmarès du film canadien, Crawley Films Limited reçoit un prix spécial du jury reconnaissant le remarquable programme de production de la compagnie dans le domaine du film éducatif. Frank R. Crawley et Judith Crawley reçoivent également, à l'occasion de cette cérémonie, un autre prix pour leur contribution exceptionnelle à l'industrie et à l'art cinématographiques.
  • En 1958, à l'occasion du dixième Palmarès du film canadien, leur film Legend of the Raven, que Judith Crawley a produit, remporte un prix dans la catégorie des films d'art et expérimental. Un autre film, From Ten to Twelve, produit également par Judith Crawley, remporte cette année-là un prix dans la catégorie formation et instruction.
  • En 1976, à l'occasion de la cérémonie annuelle de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences, l'entreprise remporte le prix spécial pour la réalisation canadienne. Un autre film intitulé Le skieur de l'Everest, dont le scénario est écrit par Judith Crawley, remporte l'oscar du meilleur long métrage documentaire en 1975.
  • En 1986, lors de la septième cérémonie des Prix génie, le prix Air Canada accordé aux auteurs dont l'apport est jugé remarquable dans l'industrie du film au Canada est attribué à Judith Crawley, à Frank R. (Budge) Crawley et à Graeme Ferguson.

Vers la fin de sa carrière, Judith Crawley est aussi présidente de l'Institut canadien du film (ICF) de 1979 à 1982.

Le 16 septembre 1986, Judith Rosemary (Sparks) Crawley meurt paisiblement à sa résidence des suites d'une maladie respiratoire. Elle laisse dans le deuil son conjoint Budge (dont elle s'était séparée), ses six enfants (Michal, Patrick, Roderick, Alexander, Jennifer et Mariah) et plusieurs petits-enfants. On se souviendra toujours de Judith Crawley, de ses nombreuses réalisations et des nombreux prix qu'elle a remportés dans l'industrie cinématographique. Elle laisse derrière elle un héritage inoubliable qui exercera une influence sur les jeunes cinéastes canadiens pendant de nombreuses années.

Ressources

« Biography: F.R. (Budge) Crawley, President, Crawley Films Ltd. » The Monetary Times. Vol. 123, no 12 (décembre 1955), p. 59-60 et 62.

« Crawley, Judith. » Dans Creative Canada: A Biographical Dictionary of Twentieth-Century Creative and Performing Artists, Volume 2. Toronto : University of Toronto Press, ©1972, p. 67-69.

Crawley Films Limited. www.crawleyfilms.ca (consulté le 29 janvier 2004).

Downey, Donn. « Judy Crawley: Canadian Film Pioneer Made Documentaries, Won Academy Award. » Globe and Mail. (17 septembre 1986), p. A19.

Draper, R.A. « How a Canadian Movie-Maker Stays in Business. » Canadian Business. Vol. 26, no 11 (novembre 1953), p. 48-50 et 98.

« Helped Found Canada's Biggest Independent Film Company, Judy Crawley Dies at 72.  » Ottawa Citizen. (17 septembre 1986), p. C8.

« Judy Crawley Was Pioneer in Film. » Cinema Canada. No 135 (novembre 1986), p. 63.

Loosley, Elizabeth. « Success Story - Canadian Style. » Food for Thought. Vol. 16, no 3 (décembre 1955), p. 113-117.

Mackay, Betsy Mosbaugh. « The Woman Behind the Camera. » Saturday Night. Vol. 65, no 6 (15 novembre 1949), p. 36-37.

Phillips, Alan. « The Home Movies People Pay to See. » Maclean's. Vol. 67, no 8 (15 avril 1954), p. 21, 51-54.

Starr, Cecile. « Ideas on Film: Movie-Making Mother. » The Saturday Review. Vol. XXXVI, no 32 (8 août 1953), p. 36-38.

Vous pouvez aussi consulter le fonds Crawley-Films à Bibliothèque et Archives Canada. (MG28-III99). Les documents que contient ce fonds ont été donnés à l'institution en 1984 et couvrent la période de 1926 à 1989.

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