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ARCHIVÉE - Femmes à l‘honneur: Leurs réalisations

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Thèmes - Cinéma

Marilú Mallet

(1944- )
Cinéaste et écrivaine


Née à Santiago, au Chili, en 1944, Marilú Mallet est cinéaste et écrivaine; elle arrive au Québec en 1973 en tant que réfugié politique après le coup d'État contre le président Salvador Allende. À la différence de nombreux réfugiés, elle grandit dans la richesse, vit dans une grande et magnifique maison et fréquente la haute société chilienne. Son père, ministre de l'Éducation au Chili, est un proche d'Allende. Grâce à lui, elle connaît bien les élites politiques de son pays et appelle même Allende « mon oncle ». Sa mère, peintre, l'initie aux arts en très bas âge.

Après avoir séjourné avec sa famille en Europe en 1952, puis brièvement aux États-Unis, Marilú Mallet retourne au Chili à l'âge de 20 ans pour y étudier l'architecture. Même si cette discipline n'est pas son premier amour, elle pense que c'est une profession plus sûre que le cinéma. Une fois diplômée en architecture, elle déménage à Cuba pour y étudier à l'Institut du film de La Havane. Elle n'y reste qu'une année, toutefois, parce qu'elle constate que les femmes n'y sont pas libres de prendre part aux activités commerciales, culturelles et sociales du pays.

En 1971, année de l'élection du Parti de l'unité populaire dont Allende est chef, elle décide de travailler pour le compte du parti tout en amorçant sa carrière de cinéaste. Elle organise la distribution de films et en produit plusieurs sur divers sujets, dont la folkloriste Violette Para, les Indiens du sud du Chili et le combat des analphabètes de la classe ouvrière. Son implication dans le Parti de l'unité populaire interrompt provisoirement sa carrière florissante, cependant, puisqu'elle est choisie déléguée du gouvernement chilien aux Nations Unies.

Puis, le président Allende est assassiné et le général Augusto Pinochet prend le pouvoir. Tous ceux qui travaillaient sous la direction d'Allende sont mis sur une liste noire et poursuivis par la police. Marilú Mallet cherche asile à l'ambassade du Canada à Santiago avant d'arriver au Québec comme réfugiée politique.

Même si elle n'avait jamais pensé s'installer au Canada, elle choisit d'y venir parce que la vie des femmes y est moins étouffante que dans d'autres pays. Elle connaît également très bien le travail de l'Office national du film et sait que le Canada est l'un des seuls endroits dans le monde où la production filmique est financée par l'État.

Même si elle doit surmonter des obstacles considérables dans son nouveau pays, dont l'incapacité de parler le français ou l'anglais et la perte du statut social dont elle jouissait au Chili, Marilú Mallet poursuit sa carrière de cinéaste et continue à s'instruire. En effet, elle obtient une maîtrise en histoire de l'art et un doctorat en études françaises de l'Université de Montréal. Pendant plusieurs années, elle enseigne les études cinématographiques dans plusieurs institutions de Montréal.

En 1980, elle fonde, avec Dominique Pinel, les Films de l'Atalante. Une des productions les plus remarquables de cette compagnie reste le film de Marilú Mallet intitulé Journal inachevé (1982), qui remporte le Prix de la critique québécoise et le Prix spécial du jury au Festival du film de Biarritz en 1983. Il s'agit d'un docudrame semi-autobiographique à propos d'une cinéaste du Chili qui, comme Marilú Mallet, vie et travaille dans le Canada francophone. Ce film porte sur quelques-unes des difficultés auxquelles doivent faire face les immigrants : les problèmes linguistiques, la perte de leur culture et de leurs amis, les souvenirs du pays natal qu'on ne peut partager avec ses pairs. Plus précisément, il jette un regard sur les difficultés que connaissent les femmes artistes en exil, de l'incompréhension et du rejet de leur travail en passant par le déséquilibre des pouvoirs entre elles et les hommes avec qui elles vivent, jusqu'au sentiment que l'imagination se gaspille dans les détails du quotidien.

Dans une scène particulièrement émouvante, après une vive discussion avec son mari (le cinéaste australien Michael Rubbo) à propos de son travail, le personnage qui incarne Marilú Mallet devient presque hystérique lorsqu'il critique d'une manière passive-agressive son approche « trop suggestive » du cinéma. La spontanéité et l'intensité de sa réaction ainsi que la manière dont elle la filme (plan d'ensemble statique et plan de plongée extrême) a pour effet de brouiller le monde imaginaire du film et la réalité de ce couple dont la relation se détériore.

Tout de suite après ce moment crucial du film, comme si elle voulait insister sur la solitude des artistes immigrantes et sur leur besoin de pouvoir compter sur leur milieu ethnique, la cinéaste interview d'autres exilées chiliennes (y compris l'écrivaine Isabel Allende, fille de Salvador Allende). Ces entrevues permettent de terminer le film sur une note d'espoir, où Marilú Mallet conclut, en s'inspirant de l'expérience de ses camarades, que la marginalisation, même si elle n'est pas de tout repos, peut également être une source de force.

L'expérience de l'immigrante est au centre d'autres films de Marilú Mallet : Les Borges (1978), qui porte sur une famille d'immigrés portugais arrivée à Montréal en 1967; Il n'y a pas d'oubli (1975), dont le sujet est le mode de vie d'un groupe d'exilés chiliens au Québec; et Chère Amérique (1989), qui met en scène deux femmes de Montréal : une jeune femme du Québec aux prises avec son désir d'avoir des enfants et de poursuivre une carrière de musicienne, et une femme plus âgée, Céleste, d'origine portugaise, qui a sacrifié la vie de ses enfants pour faire fortune en Amérique.

Marilú Mallet a également écrit deux recueils de nouvelles : Les compagnons de l'horloge-pointeuse (1981) et Miami Trip (1986). Dans le premier ouvrage, les nouvelles ont pour thèmes divers événements cataclysmiques qui ont conduit au renversement du gouvernement d'Allende ou qui l'ont suivi. En revanche, Miami Trip met l'accent sur les tensions, les méprises et les frustrations inhérentes aux relations humaines.

Au nombre des récents projets de Marilú Mallet, mentionnons La Cueca Sola (2003), qui l'amène au Chili où elle raconte l'histoire tragique et inspirante de cinq femmes de générations diverses qui ont souffert pendant la dictature d'Augusto Pinochet et sont devenues des héroïnes lorsque la démocratie a été rétablie. À l'heure actuelle, Marilú Mallet travaille sur un film de fiction intitulé Atacama, qui se déroule dans la région désertique de l'Atacama au Chili, plateau peu habité où il ne pleut pratiquement jamais, qui s'étend de l'océan Pacifique aux Andes.

Marilú Mallet vit au Québec depuis une trentaine d'années, son combat pour s'adapter à la culture et à la langue est maintenant chose du passé. Comme les changements politiques qui sont survenus au Chili au cours des dernières années en ont fait un pays plus accueillant, on pourrait penser que l'isolement de Marilú Mallet fait également partie de son passé et que son avenir est prometteur.

Ressources

Bartlett, Sharyl Elizabeth. « See Through Her Own I's: Women's Quest for Personal, Social and Spiritual Wholeness in Four Contemporary Canadian Narratives. » Thèse de maîtrise, Université Carleton, 1987.

Longfellow, Brenda. « Feminist Language in Journal inachevé and Strass Café. » Dans Words and Moving Images: Essays on Verbal and Visual Expression in Film and Television. Publié sous la direction de William C. Wees et Michael Dorland. Montréal : Canadian Film Studies I, 1984, p. 87.

Pallister, Janis L. The Cinema of Québec: Masters in Their Own House. Madison [New Jersey] : Fairleigh Dickinson University Press, 1995.

Thibault, Michèle. « L'odyssée de Marilú Mallet. » Châtelaine. Vol. 30, no 12 (décembre 1989), p. 141-146.

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