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ARCHIVÉE - Femmes à l‘honneur: Leurs réalisations

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Thèmes - Cinéma

Anne-Claire Poirier

Photo d'Anne Claire Poirier

(1932- )
Monteuse, productrice, réalisatrice

Anne Claire Poirier
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Anne-Claire Poirier est née à Saint-Hyacinthe, au Québec, le 6 juin 1932. Enfant, elle a déclaré à son père qu'une fois grande elle deviendrait évêque. Mais elle a plutôt fait son droit et parallèlement des études en théâtre, tout en manifestant une passion pour le cinéma. « Pour mes parents, mon avenir, c'était d'entrer à la faculté de droit. À cette époque-là, la faculté de droit était reconnue comme la faculté qui ramassait les gens qui attendaient, qui voulaient écrire, qui désiraient faire du théâtre ou de la télévision. » (« Entretien avec Anne-Claire Poirier », p. 5) Elle est devenue l'une des réalisatrices les plus connues du cinéma québécois.

Elle exerce un premier emploi à la radio et à la télévision de la Société Radio-Canada en tant que comédienne, intervieweuse, animatrice et scripte. En 1960, elle entre à l'Office national du film (ONF) d'abord comme assistante au montage, puis à la réalisation. Elle agit aussi comme actrice et fait quelques apparitions dans des films. Par la suite, elle prête son nom à certains courts métrages : Stampede (1961), 30 minutes, Mister Plummer (1962), La fin des étés (1964), Les Ludions (1965), L'impôt et tout et tout (1968) et Le savoir-faire s'impose (1971). Elle passe ensuite à la réalisation de longs métrages, monde habituellement réservé aux hommes.

Au début des années 1970, Anne-Claire Poirier, avec Jeanne Morazain, brise l'isolement des Québécoises et les incitent à participer à la naissance d'une société nouvelle à travers la série En tant que femmes. Elle se démarque en tournant des films avec thématiques féministes et en franchissant des frontières. Elle se spécialise en créant des films qui visent à développer la conscience collective des femmes en groupe. Selon la productrice, « ...la femme, quel que soit son statut, ménagère, travailleuse ou professionnelle, quelle que soit sa classe, assistée sociale, prolétaire ou bourgeoise, souffre d'un isolement qui la place dans un état d'insécurité constant (« Anne-Claire Poirier : entretien... », p. 9). Elle produit deux films dans cette série de six films : Le temps de l'avant et Les filles du Roy.

Son premier long métrage, De mère en fille (1968), aborde la question de la grossesse. Après la naissance de ses deux enfants, elle s'était sentie coupable de ne pas vouloir mettre ses enfants au deuxième plan. Dans sa carrière, elle a souvent ressenti de la culpabilité soit par rapport à son métier, quand elle vivait une période heureuse avec ses enfants, soit, au contraire, par rapport à ses enfants lorsqu'elle vivait des moments marquants au travail.

Le thème de la culpabilité se retrouve dans son premier film; la garde des enfants devient la solution pour permettre à la femme de vivre une vie de famille et une vie professionnelle sans angoisse. Ce film examine aussi la relation entre la dépendance de la femme et les avantages superficiels inhérents à cette situation par rapport au défi de l'indépendance si elle veut trouver son autonomie et sa liberté.

Anne-Claire Poirier avoue elle-même que son cinéma est politique et engagé. Ses films sont axés sur le vécu des femmes : les maternités (De mère en fille), le travail dévalué mais essentiel à la communauté (Les filles du Roy), les avortements (Le temps de l'avant) et les viols (Mourir à tue-tête). Le film Il y a longtemps que je t'aime exprime la douleur des femmes et le silence des hommes, ainsi que la perception des femmes exploitées ou complices, mais peu rieuses ni épanouies. Ses derniers films abordent moins la question de la femme, mais davantage les relations en général. Ainsi, son film La quarantaine, tourné en 1982, décrit les retrouvailles d'une bande d'amis d'enfance après trente ans de séparation, et son film Salut Victor! (1988) nous fait part d'une amitié improbable entre deux vieillards. Il y a longtemps que je t'aime (1989) considère l'évolution du regard sur la condition féminine et masculine. Enfin, son dernier long métrage, Tu as crié Let Me Go (1996), est une réflexion profonde sur la vie des toxicomanes engendrée par le décès tragique de sa fille Yanne.

Anne-Claire Poirier s'est fait une réputation de batailleuse, mais, selon elle, il fallait qu'elle le soit pour exercer son métier. La production de films exige la prise de nombreuses décisions dans un délai très court. Elle avoue qu'elle a eu la peur au ventre à maintes reprises, mais elle a appris à transformer sa peur en une force vive. Ses collègues confirment qu'Anne-Claire Poirier est une femme décidée, courageuse et déterminée, qualités essentielles pour une femme qui a travaillé si longtemps seule au milieu d'un collège de gars à l'Office national du film.

« Je n'aime pas faire un cinéma de réponses, j'essaie plutôt de poser les bonnes questions. » (Guénette, p. 8). Elle décrit ses films comme une suite d'images liées par des émotions en vue de susciter des réactions et de faire connaître les motivations profondes et le comportement de la femme moderne. Elle a développé un style à contre-courant des modes qui déclenche des prises de conscience collectives sur des sujets impopulaires, mais qui reste fidèle à ses émotions.

Y a-t-il d'autres films qu'elle aimerait tourner? Elle aurait souhaité faire un profil de la vie de Jeanne Mance, infirmière et cofondatrice de Montréal. Elle s'intéresse à son côté spirituel et à ses valeurs tels la spiritualité, la vocation, la serviabilité, qualités qu'on ne voit presque plus aujourd'hui, chacun ne vivant que pour soi, abaissant les autres et ne pensant qu'à son ambition et à sa carrière. « Je n'ai rien contre l'entrepreneurship, mais il ne faudrait pas que ça prenne la place de tout le reste. » (Guénette, p. 12)

Anne-Claire Poirier a aussi avoué vouloir faire un film sur la rupture des couples après quinze ans ou plus de vie commune, pour montrer deux interprétations différentes des même faits et parler des malentendus et des non-dits. D'après elle, la rupture amoureuse ne se résume pas à un manque de communication; elle découle plutôt d'un manque d'attention : « Il faut que ça se veuille une relation, ça ne peut plus être seulement subi. » (Guénette, p. 12)

En 1985, Anne-Claire Poirier est nommée Chevalier de l'Ordre national du Québec et, en 1988, après 29 ans de carrière à l'ONF, elle reçoit le prestigieux prix Albert-Tessier en reconnaissance de son œuvre. En 2001, la cinéaste remporte le prix de la Gouverneure générale du Canada pour les arts de la scène et, en février 2002, le prix Jutra-Hommage, décerné par la Grande Nuit du cinéma.

Filmographie

1961 Stampede
1963 30 minutes, Mister Plummer
1964 La fin des étés
1965 Les Ludions
1967 De mère en fille
1968 L'impôt et tout et tout
1971 Le savoir-faire s'impose
1973 Les filles du Roy
1975 Le temps de l'avant
1979 Mourir à tue-tête
1982 La quarantaine
1988 Salut Victor!
1989 Il y a longtemps que je t'aime
1996 Tu as crié Let Me Go

Ressources

« Anne-Claire Poirier. » Office national du film. www.nfb.ca/portraits/fiche.php?lg=fr (consulté le 16 juin 2004).

« Anne-Claire Poirier : entretien, témoignages et points de vue. » Copie zéro. Février 1985, p. 4-34.

Annuaire du cinéma québécois 1989. [Montréal] : Cinémathèque québécoise, 1990.

Les cahiers de théâtre : jeu. Montréal : Éditions Quinze. (Hiver 1976).

Carrière, Louise. Femmes et cinéma québécois. Montréal : Boréal Express, 1983, p. 137-140, 144, 148 et 152.

Cinéastes québécoises : dossier de presse. Anne-Claire Poirier, 1962-1981. Sherbrooke, Québec : Bibliothèque du Séminaire de Sherbrooke, 1981.

Cinema Canada. No 32 (septembre-octobre 1967).

CinemAction : aujourd'hui le cinéma québécois. Publié sous la direction de Louise Carrière. Paris : Cerf, 1986, p. 178.

« Entretien avec Anne-Claire Poirier. » Séquences 81. (Juillet 1975), p. 4-12.

« From Sea to Sea. » Take One. Vol. 5, no 15 (printemps 1997), p. 40-41.

Guénette, Françoise. « La cinquantaine aux éclats. » Zoom sur elles. (Hiver 1990), p. 6-12.

Houle, Michel et Alain Julien. Dictionnaire du cinéma québécois. Montréal : Fides, 1978.

Lamartine, Thérèse. Elles, cinéastes ad lib : 1895-1981. Québec : Éditions du remue-ménage, 1985.

Martin, Agathe. « Le temps de l'avant d'Anne-Claire Poirier ou l'avortement à la rétro. » Cinéma/Québec, p. 32-35.

[Untitled]. Take One. Vol. 5, no 15 (printemps 1997), p. 34.

Zucker, Carole. « Les œuvres récentes d'Anne-Claire Poirier et Paule Baillargeon. » Copie zéro. No 11 (1981), p. 52-55.

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