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ARCHIVÉE - Femmes à l‘honneur: Leurs réalisations

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Thèmes - Cinéma

Léa Pool

Photograph de Léa Pool

(1950- )
Cinéaste, documentariste, réalisatrice, productrice, scénariste

Léa Pool
Source


Léa Pool est née à Soglio, en Suisse. Elle immigre au Canada en 1975 pour étudier en communications à l'Université du Québec à Montréal. De là, elle expérimentera différents médias d'expression dont les courts métrages vidéo, le documentaire et les séries télévisées. C'est en 1978 qu'elle réalise son premier court métrage intitulé Laurent Lamerre, portier. En 1979, elle réalise un long métrage de fiction en noir et blanc, Strass Café. Ce film remportera plusieurs prix, dont celui de Sceaux en France (1981). À la même époque, elle participe à une série télévisée faite pour et par des minorités culturelles à Radio-Québec et intitulée Planète et Eva en transit (1980-1981). Tout en produisant des films fort bien accueillis, Léa Pool a ajouté à son parcours professionnel et artistique une tâche d'enseignement à l'Université du Québec à Montréal. De facture très personnelle, ses films sont au cœur de ses passions et de ses émotions; elle se lance tout entière dans ce qu'elle entreprend.

Dans le film de fiction La femme de l'hôtel (1984), Léa Pool met en scène trois personnages de femmes dont le thème principal est l'aliénation urbaine. Ces femmes errent dans la ville en cherchant à combler leur besoin d'identité, le tout enrobé de la poésie de l'image. Trouver son identité était la préoccupation ultime dans ce film, tout comme dans Anne Trister (1985) et À corps perdu (1988).

Le film semi-autobiographique Anne Trister relate les épisodes de la vie de Léa Pool, de son arrivée à Montréal à l'âge de 25 ans jusqu'au début de la trentaine. On retrouve dans ce film les thèmes de l'identité et de l'exil, de même que celui de la judéité. Une amitié troublante s'établit entre deux personnages féminins, Anne et Alix. Le désir difficile et impossible y est présent, une expression d'homosexualité sous-jacente existe en filigrane mais en même temps elle n'aborde pas ce thème ouvertement. Léa Pool préfère jouer sur les émotions et sur le questionnement intérieur. Le film À corps perdu, une adaptation du roman d'Yves Navarre, Kurwenal, raconte l'histoire d'un photographe-reporter qui revient d'une affectation en Amérique latine. Ici encore, nous côtoyons l'univers intime. Le thème n'a pas beaucoup d'importance; ce qui prime, c'est le visuel entremêlé d'un ménage à trois qui se désagrège pour faire place à une seule voix, celle de l'homme.

Tôt dans sa carrière, Léa Pool s'inspire des œuvres de l'auteure Marguerite Duras. Les thèmes qu'elle aborde sont du même ordre, à savoir ceux de l'exil, de l'errance, du déracinement, des états d'âme et de la quête d'identité. Elle passera vite à ses propres préoccupations par un questionnement intérieur des êtres dans leur entité. Ce qui se passe à l'écran relève d'un besoin d'amener le spectateur à une réflexion sur sa propre condition en tant qu'individu. C'est du cinéma d'introspection.

Au Québec, le cinéma des années 1980 se définit, entre autres, en fonction d'une démarche individuelle et non en réaction aux cinéastes de la génération précédente. Les créateurs du Québec s'impliquent, pour une large part, dans les étapes de la fabrication de leurs œuvres; ils cumulent souvent les tâches de scénariste, de réalisateur, et même de producteur. Les budgets sont restreints et on se débrouille avec les moyens du bord. Au même moment, il se crée une infrastructure artistique et commerciale. On assiste à l'apparition d'un cinéma d'institution, réglementé, où l'uniformisation tient une place considérable. C'est aussi le cinéma de la rentabilité, avec de multiples niveaux d'intervenants, où le cinéma d'auteur prend des allures de marginalité.

Léa Pool ne fait pas du cinéma « populaire »; on a souvent donné à son œuvre l'étiquette de « cinéma de femmes » ou « cinéma féministe ». Elle rejette le discours « puriste » féministe des années 1970 sur le jeu des rapports hommes-femmes, préférant suggérer une approche du personnage féminin plus intimiste et non traditionnel. Elle revendique le droit à l'égalité dans la création. Elle s'oppose aux stéréotypes et préfère l'individualité, un cinéma poétique au quotidien. Léa Pool apporte un souffle nouveau au cinéma québécois. Elle situe ses personnages dans un univers intemporel comportant une bonne dose d'universalité; ses images soutiennent la pertinence de son propos.

À la fin des années 1980, son horizon s'élargit; elle part à la conquête de l'Amérique avec Hotel Chronicles (1989). Ce documentaire la pousse à se sortir de son univers personnel pour explorer ce qui se passe ailleurs. Elle exprime dans ce film un déroulement chronologique qui ressemble à un journal de bord. Ses personnages sont en déséquilibre, sans quotidien et en transition.

Léa Pool revendique le fait que chaque film doive avoir sa propre signature et, dans ses autres productions, elle remettra en question aussi le métier de cinéaste et le processus de création. Au Québec, les années 1990 sont marquées, tant dans le documentaire que dans la fiction, par une distanciation de la représentation hollywoodienne. L'artifice, le subterfuge ne font pas partie du vocabulaire visuel de Léa Pool. La réalisatrice favorise une démarche beaucoup plus épurée, plus personnelle, et elle est accueillie avec enthousiasme par la critique européenne. Elle se concentre sur l'expérience de femme en tant que femme; il suffit de citer La demoiselle sauvage (1991), Mouvement du désir (1994), Emporte-moi (1999) et Lost and Delirious (2001).

En 1991, Léa Pool réalise et scénarise une dramatique intitulée Rispondetemi, qui s'insère dans la série Montréal vu par... Il s'agit du fascinant voyage d'une femme que vacille entre la vie et la mort à travers une rêverie des plus poétiques. Elle poursuit sa lancée en réalisant deux documentaires pour la télésérie bilingue Femmes : une histoire inédite (1994-1996). Elle y traite à la fois du passé et du présent chez les femmes, plus précisément du corps, du pouvoir, de la connaissance, du travail et de l'identité. Son apport à cette série sera Tango des sexes et Échos du futur (documentaires datant tous deux de 1996). La même année, elle réalise Lettre à ma fille, documentaire produit pour le Musée de la civilisation de Québec à l'occasion de l'exposition « Femmes, corps et âme ». Puis, séduite par l'auteure canadienne Gabrielle Roy, Léa Pool réalise un autre documentaire intitulé Gabrielle Roy (1997) dans lequel elle nous entraîne sur les chemins difficiles que l'écrivaine avait dû parcourir lors de l'écriture du roman Bonheur d'occasion.

Emporte-moi (1999) raconte une année dans la vie d'une adolescente en pleine crise d'identité. Léa Pool travaille à la scénarisation de ce film en collaboration avec l'auteure Nancy Huston. Presque autobiographique, ce long métrage de fiction raconte l'histoire de Hanna, fille d'un père juif apatride, poète inconnu, et d'une mère fragile qui travaille à assurer la subsistance de la famille. Le film porte sur ses racines et son histoire familiale. Il a remporté le prix spécial du jury œcuménique au 49e Festival international de Berlin ainsi que bien d'autres distinctions, dont le prix Jutra (2000) et le prix du jury au Festival international du film de Toronto (1999).

Le dernier film de Léa Pool, à ce jour, est The Blue Butterfly (2002), coproduction Québec/Grande-Bretagne. Ce film, fort d'un budget de plusieurs millions de dollars, a été tourné en anglais et en espagnol, puis doublé en français sous le titre Le papillon bleu. Léa Pool, qui jusque-là avait réalisé des films de répertoire, vise, avec ce film, le grand public. Il relate l'histoire d'un jeune garçon de dix ans atteint d'un cancer et qui rêve d'attraper le plus beau papillon au monde, le Mariposa Azùl, qu'on ne retrouve que dans les forêts tropicales de l'Amérique du Sud.

La touche personnelle de Léa Pool et sa façon particulière d'aborder les émotions des personnages lui permettent d'explorer un vaste registre de sentiments. Ces films toujours de même facture mettent en présence un espace non défini où se rencontrent le réel et l'image de ce réel. L'acte de création émerge du désir de diversifier son approche et de trouver un sens dans la réalisation de films intimistes, mais qui s'adressent à un public plus vaste. Avec Le papillon bleu, le risque est plus grand sur le plan commercial. L'avenir saura nous dire si ce virage est viable.

Léa Pool compte plusieurs réalisations à son actif et a remporté plusieurs prix, autant de la presse que du public. Lost and Delirious (2001) a été projeté au Festival du film de Sundance (aux États-Unis) et au Festival du film de Berlin. À corps perdu (1988) a été présenté en compétition officielle aux festivals internationaux du film de Venise et de Chicago. La liste de compétitions et de festivals auxquels Léa Pool a participé est très impressionnante. La cinéaste est représentée par l'Agence Goodwin à Montréal, dont vous pouvez consulter le site Web à www.agencegoodwin.com/en/pool-l.html (consulté le 30 janvier 2004).

Filmographie

1978 Laurent Lamerre, portier
1979 Strass Café
1981 Eva en transit
1984 La femme de l'hôtel
1984 A Woman in Waiting
1986 Anne Trister
1988 À corps perdu
1988 Straight for the Heart
1990 Hotel Chronicles
1991 La demoiselle sauvage
1991 The Savage Woman
1991 Montréal vu par... six variations sur un thème : Rispondetemi
1991 Montréal Sextet: Rispondetemi (une partie)
1993 Mouvements du désir
1993 Desire in Motion
1996 Femmes : une histoire inédite. Le tango des sexes
1996 Women: A True Story. The Gender Tango (une partie)
1996 Femmes : une histoire inédite. Échos du futur
1996 Women: A True Story. Postcards from the Future (une partie)
1996 Lettre à ma fille
1997 Gabrielle Roy
1998 Emporte-moi
1998 Set Me Free
2001 Lost and Delirious
2001 Rebelles ou la rage au cœur
2004 The Blue Butterfly
2004 Le papillon bleu

Ressources

Beauchamp, Michel. « Dossier : [le cinéma des] années 1980. » 24 images. No 47 (janvier-février 1990), p. 41-52.

Beaulieu, Janick. « Les chemins de Léa Pool. » Séquences. No 170 (mars 1994), p. 12-16.

Bonneville, Léo. « Léa Pool. » Séquences. No 137 (novembre 1988), p. 13-18.

Green, Mary Jean. « Léa Pool's La femme de l'hôtel and Women's Film in Québec. » Québec Studies. No 9 (automne 1989-hiver 1990), p. [49]-62.

Grugeau, Gérard. « Cinéma et exil : entretien avec Léa Pool. L'exil intérieur. » 24 images. No 106 (printemps 2001), p. 16-21.

Lever, Yves. Histoire générale du cinéma au Québec. [Montréal] : Boréal, 1995. Édition refondue et mise à jour, nouvelle édition.

Loiselle, Marie-Claude. « Dossier : Léa Pool. » 24 images. Nos 56-57 (automne 1991), p. 42-69.

Marshall, Bill. Québec National Cinema. Montréal : McGill-Queen's University Press, 2001.

Millot, Pascale. « Georges de la jungle. » L'actualité. Vol. 29, no 3 (1er mars 2004), p. 64-68.

Tousignant, Isa. « Forging New Paths. (Canadian Filmmaker Léa Pool) Interview. » Take One. Vol. 10, no 34 (septembre 2001), p. 24-26.

Tousignant, Isa. « Humanitarius beautificitus : Pascale Bussières shine in Lea Pool's The Blue Butterfly. » Take One. Vol. 12, no 45 (mars-juin 2004), p. 8.

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