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ARCHIVÉE - Femmes à l‘honneur: Leurs réalisations

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Thèmes - Cinéma

Kathleen Shannon

Photo de Kathleen Shannon

(1935-1998)
Fondatrice et chef de production de
Studio D, Office national du film

Kathleen Shannon
Source


Kathleen Shannon, fondatrice et chef de production du célèbre Studio D, tribune pour les femmes à l'Office national du film (ONF), a contribué largement à donner aux Canadiennes (cinéastes et auditoires) l'occasion de créer, de partager et de voir leurs histoires à l'écran.

Elle commence sa carrière dans l'industrie du film lorsqu'elle obtient un emploi d'été comme catalogueuse de bandes sonores musicales à Crawley Films en 1952. Au lieu de terminer ses études, Kathleen Shannon choisit de rester dans cette petite entreprise d'Ottawa et de tout y apprendre sur le montage d'une bande sonore et de la musique. L'Office national du film lui offre un poste quatre ans plus tard.

De 1956 à 1970, elle travaille comme monteuse de son, de musique et de film à l'ONF et donne des cours de formation dans ces domaines. Toutefois, il devient de plus en plus évident que même si elle a plus d'expérience que plusieurs de ses collègues masculins (dont certains ont été formés par elle), elle n'a droit ni aux promotions ni aux augmentations de salaire tandis que les hommes obtiennent des postes bien payés où on leur confie davantage de responsabilités.

Elle devra attendre d'avoir monté quelque 200 films avant qu'on lui permette de diriger son premier film. Goldwood (1974) est un film qui s'inspire de ses souvenirs d'enfance de l'un des corons où son père, ingénieur minier, a travaillé; elle y mêle des représentations artistiques de ses jeunes années à des images réelles de la ville, telle qu'elle existait au moment du tournage.

Au début des années 1970, dans le cadre d'un programme de l'ONF appelé « Challenge for Change », on lui demande de réaliser la série Working Mothers, qui comprend dix films sur des femmes de divers milieux socioéconomiques qui se débattent avec le même problème : être une mère au travail. Les dix films, tournés sur vidéo, sont ensuite utilisés dans un atelier et projetés en salle; des documents sont aussi distribués au cours des visionnements pour favoriser le dialogue. Dans le même ordre d'idées, Anne-Claire Poirier réalise la série intitulée En tant que femmes, qui met l'accent sur la situation difficile des Canadiennes françaises dans le cadre du même programme. Le succès et l'impact de ces films révèlent le réel besoin de traiter de questions selon une perspective féminine, au Canada, et qu'il existe un auditoire féminin à exploiter qui accueille favorablement un autre point de vue. Loin de laisser filer l'occasion, Kathleen Shannon commence à exercer des pressions pour créer un service pour les femmes cinéastes à l'ONF.

D'autres facteurs contribuent à créer un climat favorable à la création de ce service. À la suite du rapport de la Commission royale d'enquête sur la situation de la femme au Canada publié en 1970 et grâce à l'ampleur que prend le mouvement des femmes, on exerce des pressions dans l'ensemble des organismes fédéraux pour que la position des femmes y soit prise en compte. En 1974, avec l'Année internationale de la femme en toile de fond, l'ONF décide d'approuver l'idée de Kathleen Shannon et de créer le Studio D, premier studio de film financé par le gouvernement voué aux femmes cinéastes. C'est une première mondiale.

Même si la création du studio D est, dans l'hypothèse la plus optimiste, une mesure symbolique de la part de l'ONF, Mme Shannon, que l'on nomme chef de production, est déterminée à transformer la poussière en or. Lorsqu'on demande à Anne-Claire Poirier de mettre en place l'équivalent francophone du Studio D, elle refuse, car elle ne veut pas créer un ghetto féminin où l'argent serait rare et les possibilités de faire de bons films clairsemées. Mme Poirier veut que le financement des films français réalisés par des femmes soit le même que celui qu'on accorde aux autres productions francophones de l'ONF.

Même si le Studio D dispose d'un budget très modeste et qu'il est situé au sous-sol, dans une pièce où l'on rangeait auparavant le matériel d'entretien, il devient rapidement un des services de film les plus célèbres de l'ONF, remporte des prix et bat des records de distribution. Le succès du Studio est en grande partie dû à la détermination de Kathleen Shannon de distribuer des films que les femmes veulent faire, sur des thèmes comme l'environnement, la pornographie et l'avortement, même si cela signifie qu'il faut se débattre sans cesse avec des gestionnaires de l'Office. Terre Nash, dans un article écrit peu après le décès de Kathleen Shannon, rappelle les difficultés qu'elle a dû surmonter pour tourner son film controversé, primé par un oscar, intitulé Si cette planète vous tient à cœur, et le rôle qu'a joué Mme Shannon dans ce cas :

« Nous avons rencontré ces hommes pendant des semaines et des semaines et elle les a perturbés complètement parce qu'elle n'arrêtait pas de tricoter. C'était extraordinaire de voir ces puissants bureaucrates faire des crises de colère et n'ayant pour réponse que le visage de marbre, méprisant de Kathleen Shannon et le bruit rythmé d'une maille à l'endroit, une maille à l'envers... Lorsqu'on a su clairement qu'on avait gagné, Kathleen m'a regardé, sourire aux lèvres : "Eh bien je pense que tu as ton film et moi j'ai un nouveau chandail!" »

[Traduction] (Nash, p. 38).

D'autres films (et d'autres chandails) ont été faits au Studio D pendant le mandat de Mme Shannon à titre de responsable de la production : C'est surtout pas de l'amour, Flamenco à 5 h 15 et Je trouverai un moyen.

En 1986, Kathleen Shannon reçoit l'Ordre du Canada parce qu'elle a créé un espace pour les femmes dans le milieu du film canadien : le Studio D. La même année, elle quitte son poste de chef de production, mais continue de travailler pour le compte du Studio jusqu'en 1992, année où elle se retire.

Le Studio D ne cesse de se développer pendant une autre décennie et de produire des films documentaires de qualité sur des questions sociales importantes pour les femmes et pour l'ensemble de l'humanité. En 1996, toutefois, le studio est frappé par un balayage de compressions budgétaires effectuées par le gouvernement fédéral : une époque prend fin tristement. Un des derniers films produit par le Studio D est un documentaire biographique sur Kathleen Shannon intitulé Kathleen Shannon: On Film, Feminism, and Other Dreams, réalisé par la cinéaste Gerry Rogers.

Une fois à la retraite, Kathleen Shannon rentre en Colombie-Britannique et organise une retraite pour les femmes dans sa maison des Kootenays. Moins de deux ans après la fermeture du Studio D, elle meurt d'un cancer. Elle laisse derrière elle un héritage remarquable qui redéfinit la relation entre les femmes et le cinéma au Canada.

Ressources

Bunel Edwards, Margaret. « "D" Is for Decision. » Performing Arts in Canada. Vol. 22, no 1 (printemps 1985), p. 15-17.

« Kathleen Shannon. » Office national du film du Canada.
www.onf.ca/portraits/fiche.php?idcat=55 (consulté le 8 septembre 2004).

Klein, Bonnie Sherr et Shirley Anne Claydon. « Kathleen Shannon. » Take One. Vol. 6, no 19 (printemps 1998), p. 48.

Lauder, Scott. « A Studio with a View: The NFB's Studio D Is Lifting Women's Filmmaking Out of the Basement. » Canadian Forum. Vol. LXVI, no 761 (août-septembre 1986), p. 12-15.

Nash, Terre. « Against the Grain: In 1974, When Kathleen Shannon Founded Studio D. » This Magazine. Vol. 31, no 6 (mai-juin 1998), p. 36-39.

Shannon, Kathleen. « "D" Is for Dilemma: Studio D Founder Kathleen Shannon Looks Back on the Lessons She Learned Starting Up the All-Woman Film Studio. » Herizons. Vol. 9, no 2 (été 1995), p. 24-29.

Shannon, Kathleen. « Women Making Films: Kathleen Shannon. » Pot Pourri. (Juin 1974), p. 2-6.

Sherbarth, Chris. « Why Not D? An Historical Look at the NFB's Woman's Studio. » Cinema Canada. No 139 (Mars 1987), p. 9-13.

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