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ARCHIVÉE - Femmes à l‘honneur: Leurs réalisations

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Thèmes - Cinéma

Anne Wheeler

Photo d'Anne Wheeler

(1946- )
Réalisatrice de longs métrages

Anne Wheeler
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Comptant parmi les réalisateurs canadiens les plus réputés, Anne Wheeler a toujours cherché à représenter dans ses films la vie des gens ordinaires, en particulier celle des femmes ordinaires. Elle raconte des histoires authentiques de femmes dans un contexte réaliste, guidée en cela par sa propre expérience de vie. Parce que, explique-t-elle : « Je ne peux faire de films avec une autre perspective que celle d'une femme. C'est ce que je suis et j'en suis fière. » [Traduction] (Cummins, p. 22)

Anne Wheeler naît le 23 septembre 1946 à Edmonton, en Alberta. Elle est la fille de Benjamin Morrill et de Nell Rose (Pawsey) Wheeler. Elle est la plus jeune de la famille et la seule fille. Enfant, elle est décidée à rattraper ses trois frères aînés, peu importe si l'enjeu est sportif ou intellectuel. Cet élan acquis très tôt lui sera fort utile dans sa future carrière.

Anne Wheeler entre dans le monde de la réalisation cinématographique par un chemin détourné. Après le secondaire, Anne étudie les mathématiques à l'Université de l'Alberta, surtout, comme elle l'explique, parce qu'il n'y a pas de laboratoires ni d'essais. Son emploi du temps étant moins chargé, Anne peut se consacrer à ses intérêts pour le théâtre et la musique, ainsi que financer ses études en chantant dans des boîtes de nuit et en faisant du théâtre pour enfants durant les vacances d'été.

Après avoir obtenu en 1967 un baccalauréat en mathématiques, elle travaille brièvement comme programmeuse d'ordinateurs avant de partir pour un long voyage en Europe et au Moyen-Orient, une entreprise qu'elle considère assez conventionnelle à l'époque pour une jeune diplômée de 21 ans. À son retour, elle décide de se consacrer à son amour de la musique et du théâtre et fait des études pour devenir professeure de musique : « J'aurais aimé choisir l'art dramatique à cette époque. Je venais d'un milieu tellement conservateur que faire ce genre de chose aurait été un précédent, alors j'ai choisi la musique et je suis devenue professeure de musique au secondaire, parce qu'être professeure de musique, c'était acceptable. » [Traduction] (Evans, p. 15)

Anne Wheeler obtient son brevet d'enseignement en musique en 1969. Mais très tôt, l'envie de voyager la reprend et elle s'envole pour le Moyen-Orient et l'Afrique, qu'elle parcourra pendant un an. De retour au Canada, en 1971, elle s'inscrit à un programme de maîtrise en éducation musicale à l'Université de l'Alberta. C'est là que commence sa carrière de cinéaste. Avec neuf amis masculins de l'université, elle décide de faire des films sur l'Ouest et crée Film West Associates, une coopérative indépendante de production de films et une école improvisée de cinéma. Aucun d'entre eux n'a la moindre notion de cinématographie, ce qui ne les décourage pas cependant, car, comme le mentionne Mme Wheeler : « C'était le début des années 1970 et dans ce temps-là, tout le monde pensait pouvoir tout faire, et c'est ainsi que nous nous sommes regroupés dans un collectif. Pour apprendre à faire des films, c'était fantastique, parce qu'aucun d'entre nous ne savait même charger une caméra. Nous ne savions rien ». [Traduction] (Cole et Dale, Calling the Shots, p. 242) Anne Wheeler et ses collègues sont à tour de rôle réalisateur, preneur de son et opérateur de caméra, et c'est ainsi qu'elle apprend les rudiments de tout ce qui concerne la production de films. Par la suite, elle et ses amis décrochent une subvention du programme Opportunity for Youth grâce à laquelle ils font des publicités de l'Association dentaire canadienne. Ce qui deviendra en 1971 le premier film d'Anne Wheeler est un message publicitaire humoristique d'une minute intitulé « Comment brosser vos dents  », agrémenté de voix d'opéra et de musique baroque. Ces publicités connaissent un franc succès et, en l'espace d'un an, Film West Associates remporte des prix pour ses documentaires et travaille pour la Canadian Broadcasting Corporation (CBC) [réseau anglais de la Société Radio-Canada].

Après cinq ans et une vingtaine de courts métrages, le collectif commence à se disloquer et Anne Wheeler part à son tour pour devenir réalisatrice à la pige, travaillant surtout pour l'Office national du film (ONF). En 1976, elle aide à mettre sur pied, à Edmonton, le Centre du nord-ouest de l'ONF.

Parmi les documentaires et les courts métrages dramatiques qu'elle a réalisés pour l'ONF, les plus remarquables sont Great Grandmother (1975), l'histoire d'une pionnière inspirée par le voyage vers l'Ouest de sa propre grand-mère, et A War Story (1981), qui marque un tournant dans sa carrière. Dans ce film, Anne Wheeler relate les expériences vécues durant la Seconde Guerre mondiale par son père, le Dr Ben Wheeler, un médecin militaire attaché à la garnison britannique de Singapour ayant passé plusieurs années dans un camp japonais de prisonniers de guerre. Ce film vaut à Anne Wheeler de nombreux prix internationaux, dont le Blue Ribbon Award du American Film Festival (1983).

Pendant qu'elle travaille pour l'ONF, Anne Wheeler épouse Garth Hendren puis, en 1979, elle donne naissance à des garçons jumeaux, Quincy et Morgan.

Les relations professionnelles de Mme Wheeler avec l'ONF se poursuivent jusqu'au début des années 1980, époque où l'ONF décide de supprimer les postes de réalisateur. Anne Wheeler, embauchée comme productrice/réalisatrice, doit normalement abandonner son titre de réalisatrice pour garder son poste. Elle décide que c'est le bon moment de passer à autre chose : avec Anne Frank, une collègue de l'époque de la CBC, elle élabore un scénario, A Change of Heart (1983), qui devient un film produit pour la CBC. Anne Frank et Anne Wheeler ont un intérêt commun pour le rôle de la femme dans la société, ce que reflète A Change of Heart, l'histoire d'une famille d'agriculteurs en transition vue par une femme d'un certain âge qui doit décider de respecter la tradition ou de refaire elle-même sa vie. A Change of Heart est un film important pour Anne Wheeler, car il indique que la transition vers une œuvre dramatique est complète. Même si son travail cinématographique antérieur est à caractère informatif et documentaire, le drame a toujours été un élément-clé de ses films; par exemple, des films comme Great Grandmother et A War Story comportent de longs passages dramatisés. Avec cette évolution, Anne Wheeler commence à s'inspirer de ses propres intérêts et de tout ce qui la touche pour alimenter sa production cinématographique.

En 1985, elle présente Loyalties, son premier long métrage dramatique, qu'elle a coécrit avec Sharon Riis, auteure de la Saskatchewan. Considéré par beaucoup comme son chef-d'œuvre, Loyalties, qui se passe à Lac la Biche, petite ville du nord de l'Alberta, porte sur la relation entre une Métisse et une Anglaise de la classe moyenne supérieure qui s'établit là avec son mari médecin dans des circonstances mystérieuses. Ce film imprégné de drame et d'émotion met l'accent sur le pouvoir de l'amitié féminine qui permet de faire face à la souffrance et à l'adversité, un thème récurrent dans plusieurs films d'Anne Wheeler. Loyalties est bien accueilli par la critique et couvre la cinéaste d'éloges parce qu'elle ne craint pas d'aborder les questions sérieuses. Ce film récolte de nombreux prix lors de festivals du film qui se déroulent aux États-Unis, au Portugal et en France.

Le succès se poursuit avec le film Bye Bye Blues (1989). Anne Wheeler écrit et réalise le scénario de ce film en s'inspirant des expériences vécues par ses parents durant la Seconde Guerre mondiale. Cette œuvre raconte l'histoire de Daisy Cooper, une jeune épouse et mère de famille qui retourne chez elle, dans la prairie, alors que son mari est affecté à Singapour. Lorsque ce dernier est fait prisonnier par les Japonais, Daisy devient chanteuse dans une troupe itinérante de danseurs pour faire vivre sa famille, et commence à s'assumer comme personne accomplie. Sensible et aigre-doux, baigné de la lumière des Prairies, Bye Bye Blues est salué par la critique du monde entier et fait très bonne figure au guichet, en plus de remporter trois prix Génie. Comme le fait observer un critique : « Les splendides ondulations du paysage albertain vous font voir, à travers la lentille, combien Anne Wheeler aime la terre. Un plaisir pour l'oreille comme pour les yeux, Bye Bye Blues compte parmi les références cinématographiques canadiennes les plus importantes. » [Traduction] (Monk, p. 279)

En 1990, Anne Wheeler, désireuse d'élargir ses horizons, surprend l'industrie albertaine du divertissement en déménageant à Saltspring Island, en Colombie-Britannique. Elle se rapproche ainsi de Vancouver, où l'industrie de la production connaît une croissance rapide, et se consacre davantage à la réalisation de séries télévisées et à la conception de téléfilms et de miniséries.

En 1992, Anne Wheeler est engagée pour réaliser une adaptation de deux heures du roman de Margaret Laurence, The Diviners. Bien entendu, Mme Wheeler et toute l'équipe de production sont nerveux à la perspective de mettre sur pellicule l'œuvre d'une des grandes figures de la littérature canadienne. Heureusement, elle s'est liée d'amitié avec Margaret Laurence avant le décès de cette dernière en 1987.

En effet, Anne Wheeler écrit et réalise, en 1985, une adaptation télévisée d'une nouvelle de Margaret Laurence, « To Set Our House in Order » , qui raconte le passage à l'âge adulte d'une jeune fille. Après avoir vu l'émission, Mme Laurence téléphone à Anne Wheeler pour lui dire qu'elle a aimé le travail. « Nous avons passé trois heures au téléphone ce soir-là. [...] Nous avons parlé du film, de son personnage principal, et de ce que Margaret fait avec les personnages. » [Traduction] (Dwyer, p. 51)

Selon Anne Wheeler, ce qu'elle a appris de Margaret Laurence ce soir-là, et lors de conversations ultérieures, l'a influencée lorsqu'elle travaillait à The Diviners. Ce sont surtout ses sentiments par rapport à la protagoniste du livre, Morag Gunn, qui ont changé : « Je peux m'identifier à elle sous tous les aspects. [...] Pour moi, elle n'est pas un objet, mais un prolongement de moi-même et des autres femmes. » [Traduction] (Dwyer, p. 51) Anne Wheeler soutient qu'un homme aurait pu réaliser The Diviners, mais que son expérience de femme l'a aidée à donner de la profondeur au film. The Diviners lui convient bien, car les thèmes sont communs à beaucoup de ses films précédents : le lieu, le temps, la rupture, l'amour, la perte, la mort et, surtout, les femmes qui assument leur indépendance et leur extériorisation. The Diviners est bien accueilli et remporte un Gemini en tant que meilleur téléfilm, ainsi que le Génie du meilleur film de la semaine.

Anne Wheeler enchaîne avec un autre film tourné pour la télévision, The War between Us (1994). Ce film a pour contexte les camps de l'intérieur de la Colombie-Britannique où étaient internés les Japonais canadiens durant la Deuxième Guerre mondiale. Le scénario est axé sur la relation entre une Canadienne blanche habitant la ville où le camp est construit et une Japonaise canadienne dont la famille dépossédée de ses moyens d'existence et de ses biens est forcée de vivre dans le camp. Encore une fois, les thèmes chers à Anne Wheeler entrent en jeu dans ce film à succès ayant remporté des prix internationaux, dont le prix de l'humanisme de la Croix-Rouge.

À cette étape de sa carrière, Anne Wheeler est l'une des réalisatrices les plus en vue au Canada, mais elle éprouve toujours des difficultés à financer des longs métrages, un problème inhérent à l'industrie cinématographique canadienne. Comme elle le souligne : « C'est toujours difficile de trouver de l'argent pour faire un film. Ce l'est encore plus quand il n'y a pas de tradition de donner de l'argent aux cinéastes, comme on le fait aux États-Unis. » [Traduction] (Monk, p. 85)

Le financement se faisant toujours aussi rare, Anne Wheeler continue d'exprimer ses talents par la télévision. Au milieu des années 1990, elle réalise un certain nombre de téléfilms pour la CBC, dont Diana Kilmury: Teamster (1996) et The Sleep Room (1997). En 1998, elle réalise les trois premiers épisodes de Da Vinci's Inquest et établit le style et la distribution de cette populaire série qui est toujours à l'affiche à la CBC. Elle réalise aussi plusieurs épisodes d'une autre série à succès de la CBC, North of 60.

Dans deux de ses plus récents longs métrages, Anne Wheeler retourne à sa première passion, la comédie, et donne un tour humoristique à des sujets parfois controversés. Better than Chocolate (1998), une comédie romantique mettant en vedette un couple lesbien, remporte de nombreux prix lors de festivals internationaux du film gai et touche même un large public chez les hétérosexuels. Suddenly Naked (2001) raconte l'histoire peu conventionnelle d'une femme d'un certain âge, ayant réussi dans la vie, qui tombe amoureuse d'un homme beaucoup plus jeune qu'elle, tout en se rendant compte qu'il s'agit d'une erreur.

Anne Wheeler écrit et réalise son plus récent film, Betrayed (2003), pour la télévision de la CBC. Inspiré de récents événements survenus au Canada et à l'étranger, ce film raconte l'histoire d'une petite ville fictive aux prises avec les effets d'une contamination grave de l'eau. Anne Wheeler, qui continue de travailler pour la télévision, vient de réaliser une série pour la CBC intitulée This Is Wonderland (2003-2004).

En plus de 30 ans de carrière, Anne Wheeler est devenue l'une des réalisatrices qui a tourné le plus souvent pour le cinéma et la télévision grand public au Canada, et une de celles qui a connu le plus de succès. Anne Wheeler, qui habite aujourd'hui Vancouver, demeure une force dynamique de l'industrie cinématographique canadienne, où elle a aussi été témoin de l'évolution de la présence filmique canadienne au pays et à l'étranger, évolution qu'elle a elle-même favorisée. Reconnue pour sa générosité, elle consacre beaucoup de temps à accompagner de jeunes cinéastes canadiens et à faire entrer de nouveaux talents dans l'industrie cinématographique.

Pour sa contribution au cinéma canadien, Anne Wheeler a reçu des doctorats honorifiques de six universités canadiennes et une multitude de prix du domaine cinématographique, en plus d'être devenue officier de l'Ordre du Canada (1995). Selon un critique, c'est peut-être parce que : « La contribution la plus importante d'Anne Wheeler au cinéma narratif canadien est une formidable détermination à porter au grand écran des histoires authentiques de femmes canadiennes. Elle a appliqué systématiquement ce principe à ses films, et elle l'a fait avec une conscience sociale marquée. » [Traduction] (Cummins, p. 22)

Ressources

Anne Wheeler. www.annewheeler.com (consulté le 13 septembre 2004).

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Dwyer, Victor. « Company of Women: A Largely Female Crew Shoots a Canadian Classic. » Maclean's. Vol. 105, no 24 (15 juin 1992), p. 51-52.

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