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ARCHIVÉE - Femmes à l‘honneur: Leurs réalisations

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Thèmes - Cinéma

Nettie Wild

Photo de Nettie Wild

(1952- )
Documentariste

Nettie Wild
Source


La documentariste Nettie Wild est née à New York en 1952 d'une mère canadienne, chanteuse d'opéra, et d'un père britannique, journaliste. Sa mère, voulant à tout prix que sa fille ne se détache pas de ses racines canadiennes, l'appelle Nettie Barry Canada Wild. Plus tard, elle donnera ce nom à sa compagnie de production, Canada Wild Productions. Un mois environ après sa naissance, sa famille déménage à Vancouver, où elle grandira et fera ses études. Elle obtient un baccalauréat en beaux-arts de l'Université de la Colombie-Britannique, avec majeure en création littéraire et mineure en cinéma et théâtre.

Elle fait ses débuts comme femme de théâtre et conteuse, ce à quoi elle a été bien préparée par son père journaliste et lors de ses études. Nettie Wild est membre fondatrice de deux compagnies de théâtre vancouvéroises où elle est actrice, productrice et scénariste. Elle travaille au Touchstone Theatre en 1975-1976, puis au Headlines Theatre de 1980 à 1985, où elle participe à la production Buy, Buy Vancouver qui porte sur la crise du logement qui sévit dans la ville. Le contenu est régulièrement réécrit pour tenir compte de l'évolution de la situation, et la pièce suscite de nombreuses réactions de la part d'organismes communautaires et de membres du public qui n'ont pas l'habitude d'aller au théâtre. Cette production mène Nettie Wild à réaliser Right to Fight (1982), une vidéo sur la lutte pour le logement abordable dans un quartier de Vancouver.

Entre-temps, Nettie Wild fait son apprentissage d'autres médias. Elle fait de la prise de son et de la narration pour divers films, autant pour gagner sa vie que pour intégrer le milieu de la production cinématographique. La prise de son, notamment, s'avérera utile dans ses futurs projets de radio et de cinéma. Depuis 1985, elle produit pour la Canadian Broadcasting Corporation (CBC) [réseau anglais de la Société Radio-Canada], en tant que pigiste, des documentaires radio qui, souvent, portent sur des mouvements politiques, et qui sont diffusés pendant des émissions telles que As It Happens, Ideas et Sunday Morning. Nettie Wild est d'avis que la radio est le média qui craint le moins de prendre des risques, autant du point de vue des sujets traités que des responsables des productions.

Le premier film de Nettie Wild, A Rustling of Leaves : Inside the Philippine Revolution (1988), est le résultat d'un séjour de huit mois aux Philippines. En 1985, elle se rend dans ce pays pour organiser des ateliers de théâtre et réaliser des reportages pour la radio de la CBC. La communauté philippine du Canada, ayant vu le travail de Nettie Wild au théâtre, pense que les habitants de son pays d'origine pouvaient en profiter. Plusieurs subventions lui donnent la possibilité de visiter les Philippines pour étudier le théâtre de ce pays, car le projet initial est de faire un film sur le théâtre philippin. Mais les choses ne vont pas comme prévu. Pendant sa visite, elle se rend avec un interprète dans les montagnes de Mindanao pour travailler avec une troupe de théâtre locale. Elle y rencontre des membres de la Nouvelle armée populaire (NAP) et leurs sympathisants, et constate que ces gens-là ainsi que d'autres intervenants feraient de bons sujets pour un documentaire sur l'incessante lutte pour le pouvoir.

Les troupes gouvernementales attaquent les acteurs et les spectateurs, qui doivent fuir pendant quatre jours. Nettie Wild, seule personne de l'extérieur, s'attire un profond respect de la part des membres de la NAP, qui l'ont littéralement vue sous le feu de l'action.

À son retour au Canada, Nettie Wild rencontre les difficultés habituelles de financement et d'embauche d'une équipe de tournage. (Aujourd'hui, avec quatre films à son actif, elle dit qu'il n'est plus possible de financer un film sans pré-vente à un diffuseur.) À ces problèmes s'ajoute le changement de gouvernement aux Philippines. La nouvelle cinéaste est consciente que la couverture internationale des Philippines est concentrée sur le renversement apparent du gouvernement Marcos par celui d'Aquino, et que la version des événements qu'elle mettra sur pellicule sera celle du vrai mouvement révolutionnaire.

Pendant et après l'université, Nettie Wild participe à de nombreuses manifestations, et c'est de là que viennent sa connaissance de la politique et son réalisme quant à la place qu'elle occupe dans le cinéma. Elle considère que l'artiste indépendant au sein d'un mouvement politique joue un rôle solitaire, et que le cinéaste doit, à la limite, être loyal envers le drame qui se déroule et non envers les considérations politiques. Souvent, Nettie Wild se sent très seule lorsqu'elle essaie de représenter les événements tels qu'ils se déroulent sous ses yeux, sans se laisser influencer par certains sujets qui tentent de lui imposer leur « réalité », comme ces membres du Parti communiste qui voulaient faire de A Rustling of Leaves un instrument de propagande.

A Rustling of Leaves remporte plusieurs prix et nominations sur le circuit des festivals, ce qui facilite les choses pour sa prochaine production : Blockade (1993). Ce film, qui se passe dans le nord de la Colombie-Britannique, étudie la lutte entre Gitksan et Blancs pour le contrôle d'un territoire. Les interprétations de l'histoire et même de ce qui constitue l'histoire, les récits écrits ou oraux, s'affrontent devant les tribunaux pendant tout le tournage, qui dure 15 mois. Les passions se déchaînent à mesure que chaque partie se retranche dans ses positions et utilise toutes les tactiques qu'elle juge utiles à la protection de ses intérêts économiques. À un moment donné, les Gitksan bloquent une voie ferrée du CN, qui réagit en tentant de saisir les séquences filmées par la cinéaste pour s'en servir dans une démarche judiciaire contre les Gitksan. La tentative avorte, et Nettie Wild poursuit sa carrière de cinéaste indépendante.

Elle tourne ensuite A Place Called Chiapas (1998). Encore une fois, ce film a pour thème la lutte politique et armée pour le contrôle de la terre, qui oppose l'Armée zapatiste de libération nationale et les propriétaires terriens de l'État mexicain du Chiapas. La lutte commence officiellement le 1er janvier 1994, date d'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), mais en réalité elle est en cours depuis de nombreuses années. Elle implique d'autres protagonistes comme les troupes gouvernementales, un évêque catholique et le mal-nommé Mouvement pour la paix et la justice, une unité paramilitaire d'escadrons de la mort ayant notamment menacé les membres mexicains de l'équipe de tournage de Nettie Wild. Dans cette lutte menée par les membres surtout mayas de l'Armée zapatiste de libération nationale pour le contrôle de leurs terres et de leur mode de vie, entrecoupée de cessez-le-feu et de pourparlers de paix, il est évident que les menaces, qui viennent de tous les côtés, font qu'il est difficile pour la cinéaste et le spectateur de savoir en qui mettre sa confiance, en supposant qu'on puisse faire confiance à quelqu'un.

Après avoir réalisé A Place Called Chiapas, Nettie Wild revient à un contexte canadien, en l'occurrence les rues du quartier centre-est de Vancouver, où l'existence de bien des gens est perturbée, voire abrégée, par la consommation de drogues. Pour l'essentiel, Fix: The Story of an Addicted City (2002) expose les faits en suivant trois personnes luttant pour l'ouverture de centres d'injection sécuritaires à Vancouver : Dean Wilson, héroïnomane et organisateur pour le Vancouver Area Network of Drug Users; Ann Livingston, chrétienne convaincue qui ne consomme pas de drogue, mais qui se fait un devoir de se battre pour ces centres d'injection; Philip Owen, maire de Vancouver à l'époque du tournage. Au départ, Owen est opposé à ces centres d'injection, mais finit par constater que les autres méthodes n'ont pas fonctionné et qu'il en coûte trop cher d'étouffer le problème de la drogue. Cette conversion lui coûtera son poste de maire. Le film montre que le combat pour l'ouverture de lieux d'injection sécuritaires peut très bien être mené dans d'autres villes.

Nettie Wild, issue du milieu du théâtre, est habituée aux efforts de collaboration nécessaires à la réalisation de films. Elle reconnaît le soutien apporté à ses films par les autres intervenants (directeurs photo, preneurs de son, scénaristes, entre autres) et elle a toujours été étroitement associée au montage de ses films. Bien que certains s'attendent à ce que les documentaires soient des comptes rendus objectifs, Nettie Wild trouve qu'il est impossible pour un être humain d'être objectif et impartial. Plutôt que d'éviter certaines situations, elle préfère aller au cœur de la tempête. C'est là que l'on découvre des contradictions et qu'il faut choisir en prenant le temps d'expliquer le contexte.

Nettie Wild aime présenter des films pour ensuite en discuter avec l'assistance, mais pour cela elle doit souvent faire de longues tournées, mais ne dispose pas vraiment du temps requis. Il reste qu'elle est heureuse de voir ses films projetés au cinéma devant public, car c'est ce à quoi ils sont destinés. C'est pourquoi elle fait tous les efforts voulus afin qu'une version pour le cinéma de ses films, en plus de la version télédiffusée, soit disponible.

Nettie Wild travaille actuellement au scénario d'un long métrage qui s'intitulerait Hunger. Même si elle aimerait le produire, il reste encore trop d'inconnues pour se prononcer. Avec ce projet, elle n'a pas l'intention de rompre avec le documentaire, auquel elle compte revenir; elle désire plutôt travailler différemment, car l'artiste en elle en éprouve le besoin.

L'œuvre de Nettie Wild est présentée en détail, de même que les prix remportés par la cinéaste, à www.canadawildproductions.com, le site Web de sa compagnie de production.

Ressources

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Euvrard, Michel. « Entretien avec Nettie Wild. » 24 images. No 46 (novembre-décembre 1989), p. 40-41.

Grugeau, Gérard. « A Rustling of Leaves: Inside the Philippine Revolution de Nettie Wild. » 24 images. No 46 (novembre-décembre 1989), p. 41.

Johnson, Brian D. « Guerrillas in the Mist. » Maclean's. Vol. 102, no 17 (24 avril 1989), p. 63.

Johnson, Brian D. « Masked Men and Disco Kings. » Maclean's. Vol. 111, no 38 (21 septembre 1998), p. 77-78.

Lacey, Liam. « It's a Wild Road Show. » Globe and Mail. (16 octobre 2003), p. R4.

Lyons, Tom. « A Passion for Social Justice: The Activist Films of Nettie Wild. » Take One. Vol. 11, no 41 (mars-mai 2003), p. 24-26.

MacQueen, Ken. « Needles, Love and Revolution. » Maclean's. Vol. 115, no 46 (18 novembre 2002), p. 120.

O'Neil, Mark. « Nettie Wild's A Rustling of Leaves: Inside the Philippine Revolution. » Cinema Canada. No 158 (décembre 1988), p. 29-30.

Posner, Michael. « Hanging on to the Horses : A Rustling of Leaves: Inside the Philippine Revolution. » Dans Canadian Dreams: The Making and Marketing of Independent Films. Vancouver : Toronto : Douglas & McIntyre, 1993, p. 51-78.

Saunders, Doug. « The Camera's Unblinking Eye: Uprising in Chiapas. » Globe and Mail. (22 septembre 1998), p. A19.

Wild, Nettie. « Getting Aired: The "Right" Spin. » Cinema Canada. No 158 (décembre 1988), p. 17-18.

Wild, Nettie. « In Search of Light on the Road to Jolnixtie. » Brick. No 63 (automne 1999), p. 8-17.

Wild, Nettie. « Untitled. » Point of View. No 39 (printemps 2000), p. 11.

Wintonick, Peter. « Time, Trust and Money: Inside Stories about the Production of A Rustling of Leaves: Inside the Philippine Revolution. » Cinema Canada. No 160 (février-mars 1989), p. 13-16.

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Droits d'auteur/Sources