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ARCHIVÉE - Femmes à l‘honneur: Leurs réalisations

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Thèmes - Sciences

Esther Marjorie Hill

Photo de Esther Marjorie Hill

(1895-1985)

Architecte

Source


Première femme au Canada à décrocher un diplôme en architecture

Esther Marjorie Hill est la première femme au Canada à décrocher un diplôme en architecture. La cérémonie de remise des diplômes à l'University of Toronto, le 4 juin 1920, n'est pas passée inaperçue dans la presse. « First woman architect receives big ovation » (Ovation pour la première architecte), claironnait le Globe and Mail (5 juin 1920, p. 8). Dans une photo prise à cette occasion et qui a souvent été reproduite, on voit Marjorie Hill revêtue de sa toge, les bras chargés de fleurs et entourée d'une multitude d'hommes arborant un large sourire. Le sourire un peu forcé qu'elle affiche témoigne des difficultés qu'elle a dû surmonter pendant ses années d'études et montre aussi qu'elle était bien consciente que son succès ne plaisait pas à bon nombre de ses collègues masculins. De fait, C. H. C. Wright, président du département d'architecture de l'University of Toronto, n'a pas assisté à la remise des diplômes en signe de protestation.

Marjorie Hill est née à Guelph, en Ontario, en 1895, de parents très progressistes. Sa mère, Jenny Stork, une des dix premières femmes à avoir été admises à l'University of Toronto en 1884, était professeure et membre du Conseil national des femmes. Son père, E. Lincoln Hill, était également professeur. Il a créé l'Edmonton Public Library où, de 1912 à 1936, il a exercé les fonctions de bibliothécaire en chef.

Élevée à Edmonton, Marjorie Hill obtient en 1916 son baccalauréat ès arts à l'University of Alberta. À l'automne de la même année, elle s'inscrit au programme d'architecture de cette université. Elle et Mary Anne Kentner, qui entre également à l'University of Toronto en 1916, sont les deux premières femmes à être acceptées au Canada dans un programme d'architecture. En 1918, l'University of Alberta discontinue son programme d'architecture parce que le nombre d'inscriptions a chuté par suite de la conscription durant la Première Guerre mondiale. Marjorie Hill change d'université. C'est donc à l'University of Toronto que deux ans plus tard elle devient la première femme à obtenir un diplôme en architecture dans une université canadienne.

La discrimination qu'a subie Mme Hill à l'université continue durant toute sa vie professionnelle. Malgré le succès mémorable qu'elle venait de remporter en décrochant son diplôme à l'University of Toronto, elle ne trouve rien de mieux qu'un emploi chez Eaton dans la décoration intérieure. En 1921, elle retourne à Edmonton et, tout en cherchant un emploi à plein temps, elle tente de s'inscrire à l'Alberta Association of Architects. Sa demande est rejetée pour « manque d'expérience », en dépit du fait qu'elle remplissait toutes les conditions requises et qu'elle avait travaillé dans des cabinets d'architectes durant ses études à Toronto. En fait, après qu'elle a eu présenté sa demande d'inscription, l'Association a fait modifier l'Architect's Act de façon à n'accepter dans ses rangs que les diplômés qui avaient une année complète d'expérience dans un cabinet d'architectes. Plus tenace que jamais, elle trouve en 1922 un emploi de courte durée chez MacDonald and Magoon Architects à Edmonton. Là, elle participe à la conception du nouvel immeuble de l'Edmonton Public Library où son père était bibliothécaire en chef.

À l'automne 1922, Marjorie Hill retourne à l'University of Toronto pour entreprendre des études supérieures en planification urbaine et, l'année suivante, elle s'inscrit à un cours d'été à la Columbia University de New York. Elle passe les années suivantes à voyager entre New York et Edmonton à la recherche d'un emploi dans son domaine. C'est ainsi qu'elle travaille à New York pour les architectes Marcia Mead (1923-1924) et Kathryn C. Budd (1925-1928). En 1925, elle sollicite de nouveau l'accréditation auprès de l'Alberta Association of Architects. Cette fois, sa candidature est acceptée et elle devient la première Canadienne à recevoir le titre d'architecte membre de l'Ordre.

En 1928, Marjorie Hill revient à Edmonton où elle travaille de nouveau chez MacDonald and Magoon. Les emplois en architecture ayant disparu durant la dépression, elle utilise ses talents de conceptrice dans d'autres domaines, notamment dans la fabrication de gants, la conception de cartes de vœux et le tissage. Durant cette période, elle enseigne aussi et écrit beaucoup sur ces formes d'artisanat.

En 1936, après la retraite de son père, elle s'installe avec ses parents à Victoria, en Colombie-Britannique. Lorsque l'économie commence à se remettre des méfaits causés par la Seconde Guerre mondiale, elle reprend la profession d'architecte et se met à concevoir des maisons modernes, sans fioritures, pour les anciens combattants et leur famille. Elle s'intéresse à nouveau à la planification urbaine et devient la première femme à siéger à la Victoria Town Planning Commission, fonction qu'elle occupe de 1945 à 1950. En 1953, elle obtient l'accréditation de l'Architectural Institute of British Columbia.

À la faveur de la consécration croissante dont elle bénéficie sur le plan professionnel, Marjorie Hill a la possibilité de participer à un éventail de projets durant les années 1950 et au début des années 1960. Au cours de cette période, elle s'occupe notamment, à Victoria, de la construction d'une annexe à l'Emmanuel Baptist Church, d'un immeuble à appartements rue Ford et de l'immeuble principal du Lincoln Cemetery. Elle tire aussi les plans du Glenn Warren Lodge (situé au 1230, rue Balmoral), une des plus anciennes résidences pour personnes âgées au Canada. Le caractère innovateur de ses constructions répondait aux besoins des occupants, soit la mobilité et la facilité d'accès.

Parmi les caractéristiques architecturales des édifices qu'a conçus Mme Hill, on peut citer la sobriété et la simplicité des lignes, l'importance accordée à la lumière du jour et à la ventilation, le souci de l'efficacité et un goût marqué pour les aires ouvertes. Elle effectuait seule ses travaux de conception et les dessins de chacun de ses projets et n'a collaboré avec aucun autre architecte. Ingénieuse et indépendante, Marjorie Hill a construit sa carrière d'architecte sur ses seules compétences. Pour des raisons de santé, elle met fin à sa carrière d'architecte en 1963; elle a alors 68 ans. Elle continue toutefois à tisser et à enseigner jusqu'à sa mort en 1985, à l'âge de 89 ans.

Comme tous les pionniers, Esther Marjorie Hill a consacré une bonne partie de ses énergies à renverser des barrières. Outre la discrimination dont elle a été l'objet comme première femme à entrer dans une profession à prédominance masculine, elle a eu à surmonter les obstacles que la crise de 1929 a engendrés dans son domaine. À force de persévérance et de détermination, elle est parvenue à mettre sur pied son propre cabinet et à concevoir des maisons et des immeubles qui constituent aujourd'hui une précieuse contribution à l'évolution de l'architecture canadienne.

Ressources

Adams, Annmarie ; Tancred, Peta. — Designing women : gender and the architectural profession. — Toronto : University of Toronto Press, 2000. — 190 p.

__________. — « Designing women : then and now ». — The Canadian architect. — Vol. 45, no. 11 (Nov. 2000). — P. 16-17

__________. — « Montreal's designing women ». — The Beaver. — Vol. 80, no. 6 (Dec. 2000 - Jan. 2001). — P. 29-32

Contreras, Monica ; Ferrard, Luigi ; Karpinski, Daniel. — « Breaking in : four early female architects ». — The Canadian architect. — Vol. 38, no 11 (Nov. 1993). — P. 18-20

« First woman architect receives big ovation ». — Globe and mail. — (June 5, 1920). —  P. 8

Hill, Esther Marjorie. — « Common faults in house design : paving the way to better building methods ». — Agricultural Alberta. —  (Feb. 1921). — P. 29

Lemco van Ginkel, Blanche. — « Slowly and surely (but somewhat painfully) more or less the history of women in architecture in Canada ». —The Canadian architect. — Vol. 38, no. 11 (Nov. 1993).  — P. 15-17

Women in Architecture Exhibits Committee. — Constructing careers : profiles of five early women architects in British Columbia. — Vancouver : Women in Architecture Exhibits Committee, 1996. — P.18-25

Les Archives de l'University of Toronto détiennent des dessins architecturaux et d'autres documents produits par Esther Marjorie Hill, ainsi que sa thèse, inédite, intitulée « An exposition of town planning », University of Toronto, 1922.

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