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Les Dumbells

Partie Deux : La tournée nord-américaine (1919-1932)

Photo de Fraser Allan et de Stan Bennett des Dumbells

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Fraser Allen et Stan Bennett des Dumbells

Lorsque la troupe des Dumbells revient au Canada en 1919, elle décide de miser sur son succès en période de guerre auprès des troupes canadiennes en organisant une tournée de spectacles de variétés professionnels. Elle crée de nouveaux spectacles à l'intention des anciens soldats et de leurs familles, cette fois sans avoir à s'inquiéter de ce que des obus tombent sur la scène. C'est ainsi qu'est né ce phénomène de l'industrie canadienne du spectacle. Les Dumbells allaient effectuer douze tournées partout au pays jusqu'en 1932.

Photo de Bert Langley en uniforme

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Bert Langley, membre des Dumbells

Mert Plunkett, imprésario et gérant des Dumbells, et son frère Al Plunkett, chanteur et acteur, commencent à planifier leur nouvelle aventure en tant que civils immédiatement après leur retour à Orillia, en Ontario, à l'été 1919. Se joignent à eux Ross Hamilton, Frank Brayford, Bill Tennent, Bert Langley, Allan Murray et Jack Ayre, de la formation originale des Dumbells, de même que d'anciens soldats-interprètes provenant d'autres troupes artistiques, dont Jack McLaren, Fred Fenwick, Albert Edward (Red) Newman, Charlie McLean, le pianiste Fraser Allan, Jock Holland (autre imitateur de femmes), Jimmy Goode et Tommy Young. Mert Plunkett, qui continue d'œuvrer à titre de directeur-gérant, trouve les appuis financiers nécessaires pour acquérir le matériel indispensable à la mise en scène d'un spectacle professionnel : des décors, des costumes, des rideaux et des accessoires. Après quelques mois à peine de planification et de répétitions et d'avant-premières à Owen Sound et à London, la première tournée professionnelle des Dumbells s'amorce à Toronto le 1er octobre 1919.

Photo des Dumbells habillés en femme, interprétant le sketch intitulé BIG BEAUTY CHORUS

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Un sketch des Dumbells : « Big Beauty Chorus »

Les spectateurs canadiens apprécient la nouvelle revue des Dumbells, car elle leur donne finalement la chance de voir les fameux soldats-chanteurs de la guerre dont leurs propres « fils » leur ont tant parlé. Pour ce qui est des anciens soldats, le nouveau spectacle de variétés leur évoque un côté plus joyeux de la vie dans l'armée. Comme le dit le programme de la revue Biff, Bing, Bang de 1920 des Dumbells : « To those at home who so often wonder 'what is he doing?,' the Dumbells bring this picture of one side of life overseas. To those who were there, who found momentary forgetfulness of their troubles … the picture will perhaps bring memories of some of the things that helped them forget what had been yesterday and what was to be tomorrow. » [Traduction libre : À ceux qui, restés à la maison, se sont demandé si souvent 'Que fait-il?', les Dumbells présentent un certain aspect de la vie outre-mer. À ceux qui y étaient et que nos spectacles ont momentanément distraits de la dure réalité, ce spectacle rappellera peut-être certaines choses qui les ont aidés à oublier ce qu'avait été hier et ce qu'allait être demain.]

Photo du quatuor des Dumbells : Frank Brayford, Bert Langley, Al Plunkett, Bill Tennent

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Le quatuor des Dumbells : Frank Brayford, Bert Langley, Al Plunkett, Bill Tennent

Le spectacle canadien des Dumbells repose sur la même formule qui les a couronnés de succès pendant la guerre, avec des numéros de chant et de danse, des sketches humoristiques, des chansons en duo et en quatuor, des imitations de femmes et un mélange de ballades sentimentales, de succès populaires et de chansons comiques.

Photo d'un numéro de danse des Dumbells

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Numéro de danse des Dumbells

Une grande partie du contenu des premières tournées canadiennes des Dumbells provient de numéros qu'eux-mêmes et la Princess Pat's Comedy Company ont écrits en France, dont l'adaptation de HMS Pinafore réalisée par Mert Plunkett. Certaines chansons évoquant la vie en uniforme des soldats deviennent de grandes favorites, comme l'interprétation de « Oh, It's a Lovely War » de Red Newman. Le chanteur de variétés Al Plunkett continue d'interpréter, entre autres chansons, son succès populaire « Those Wild, Wild Women Are Making a Wild Man of Me ». Certaines pièces sont empruntées au palmarès de l'ancien music-hall anglais, comme « My Old Dutch » interprétée par Albert Chevalier, l'une des chansons préférées du public londonien dans les années 1890. Il ne faut pas non plus oublier le Dumbells Orchestra, dirigé par Mert Plunkett, avec son pianiste des débuts, Jack Ayre.

Article portant sur deux nouveaux enregistrements His Master's Voice de Red Newman et d'Al Plunkett, paru en janvier 1922

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Article portant sur deux nouveaux enregistrements de Red Newman et d'Al Plunkett, paru dans le Canadian Music Trades Journal, en janvier 1922

Comme les membres des Dumbells étaient des militaires en service actif sur le front européen jusqu'en 1919, ils n'ont pas eu l'occasion d'effectuer des enregistrements. Une fois de retour au Canada, cependant, alors qu'ils devenaient de plus en plus populaires, plusieurs membres de la formation enregistrent leurs chansons préférées dans un studio de Montréal connu sous le nom de His Master's Voice. Al Plunkett, Red Newman, Jock Holland, Charlie McLean et Stan Bennett, ainsi que le Dumbells Orchestra, ont tous fait des enregistrements au cours des années 1920. Nombre de ces chansons, par exemple « Oh! It's a Lovely War », ont constitué de grands succès. Les chansons de la formation ont également été enregistrées par d'autres interprètes, comme le Harry Thomas Trio. En tout et partout, les Dumbells ont effectué vingt-sept enregistrements pour la compagnie HMV.

Couverture de la musique en feuille de la chanson I'M A DADDY tirée d'une revue des Dumbells présentée en 1922

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Musique en feuille de la chanson I'm a Daddy tirée d'une revue des Dumbells présentée en 1922

Les chansons des Dumbells se sont, en outre, révélées fort prisées dans le domaine des musiques en feuille, sur lesquelles apparaissaient habituellement le nom et une photographie du chanteur. L'éditeur de musique Leo Feist Limited a connu un franc succès avec les musiques en feuille de « I'm a Daddy », « K-K-K-Kiss Me Again » et « Coal Black Mammy », qui sont toutes des pièces provenant du spectacle des Dumbells. Ceux-ci étaient, en fait, si populaires que n'importe quel numéro présenté dans leur spectacle était considéré comme un succès assuré.

Photo des Dumbells à l'extérieur du théâtre Ambassador de New York où leur revue BIFF, BING, BANG a connu un succès foudroyant en 1921

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Les Dumbells à l'extérieur du théâtre Ambassador de New York où leur revue Biff, Bing, Bang a connu un succès foudroyant en 1921

Lorsque les Dumbells partent en tournée aux États-Unis, ils connaissent une gloire encore plus grande et réalisent quelques « premières » canadiennes. Par exemple, en mai 1921, ils deviennent la première troupe canadienne à triompher sur Broadway avec la revue Biff, Bing, Bang, qui reste douze semaines à l'affiche de l'Ambassador Theatre, alors que Jack Ayre devient le premier Canadien à y diriger un orchestre.

Le critique du Telegram de New York porte littéralement le spectacle aux nues : « No American soldier show seen in New York has Biff, Bing, Bang's shape and vigor, nor its talent. » [Traduction libre : Aucun spectacle de soldats américains présenté à New York n'a ni l'allure, ni la vigueur, ni le talent de Biff, Bing, Bang.] (The Globe and Mail, 27 juin 1977) La tournée américaine des Dumbells s'arrête, entre autres endroits, à Cleveland, à Chicago, à Detroit et à Boston.

Photo d'Allan Murray et d'Al Plunkett dansant ensemble dans un sketch des Dumbells

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Allan Murray et Al Plunkett

Parmi les points culminants des tournées nord-américaines des Dumbells, mentionnons un passage au Massey Hall de Toronto, le bijou remis par le prince de Galles à « Marjorie » et des rencontres avec de célèbres artistes comme Lillian Gish et Mary Pickford, de même que John et Ethel Barrymore.

À l'automne 1922, de plus en plus insatisfaits de leur situation financière, presque tous les membres de la troupe quittent Mert et Al Plunkett en raison d'une dispute sur leur salaire. Seul Ross Hamilton, l'imitateur de femmes, reste avec les Plunkett. Le temps de la rupture est mal choisi, puisque les Dumbells se font en ce moment-là un nom partout au Canada. Quelques jours après, les Plunkett intègrent dans la troupe leur frère Morley et plusieurs autres anciens militaires qui avaient fait leurs preuves en tant qu'artistes, les présentent comme les nouveaux Dumbells et montent un nouveau spectacle, judicieusement intitulé Carry On. C'est au cours du premier spectacle donné par cette nouvelle formation que Mert lance sa composition « Come Back, Old Pal », acclamée partout.

Entre-temps, Red Newman, Jock Holland, Leonard Young et les anciens membres des Dumbells mettent sur pied leur propre troupe itinérante, se baptisant « The Originals ». Ils partent ensuite en tournée pendant quatre ans et donnent spectacle sur spectacle : Full O'Pep, en 1923 (enregistrement de chansons pour HMV), Rapid Fire, en 1924, et Thumbs Up.

Couverture de la musique en feuille de la composition de Mert Plunkett COME BACK OLD PAL (REVIENS, PETITE AMIE)

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Musique en feuille de la composition de Mert Plunkett « Come Back Old Pal » (« Reviens, petite amie »)

La troupe des Plunkett mène sa barque seule et produit des spectacles annuels, dont Cheerio, en 1923. Sa revue de l'année 1924 porte le titre de Ace High et reste à l'affiche pendant deux semaines à partir du 25 août, à guichets fermés, à Toronto. Red Newman rejoint alors la troupe des Plunkett, alors que Ross Hamilton continue d'interpréter « Marjorie », qui n'a aucunement perdu de ses charmes et attributs « féminins ». C'est à Stan Bennett qu'est confiée la fermeture du premier acte, avec l'exécution d'un numéro comique. Ace High débarque dans trente et une villes uniquement en Ontario, et presque autant au Québec, dans les Maritimes, dans les Prairies et en Colombie-Britannique. La même année, en 1924, les ventes de la musique en feuille de « Come Back, Old Pal » sont mirobolantes, atteignant des dizaines de milliers de dollars. Les autres succès des Dumbells se vendent presque aussi bien, tant les enregistrements que les musiques en feuille.

La troupe dissidente des Originals poursuit sa tournée dans l'Ouest canadien en 1925. C'est à cette époque que Mert Plunkett, des Dumbells, lance sa revue Lucky Seven (titre faisant écho à la fois au septième spectacle de Plunkett et au premier nombre de soldats choisis pour participer aux concerts des Dumbells et de la Princess Pat's Comedy Company). La partition de ce spectacle est publiée par Leo Feist Limited. Pour éviter toute concurrence avec les Originals, les Dumbells des Plunkett se produisent en Ontario et au Québec.

Les Dumbells des Plunkett poursuivent leurs activités après la fin de la tournée des Originals. Parmi les derniers spectacles qu'ils présentent Oh Yes (1925), Three Bags Full et Joy Bombs (1926), Oo-La-La (1927) ainsi que Why Worry (1928). Le spectacle de variétés qu'offrent les soldats profite d'une vague de succès qui ne semble pas vouloir perdre de sa vigueur.

Depuis les premiers jours des Dumbells, Mert Plunkett avait compris que l'injection de sang neuf apporterait des idées rafraîchissantes et relèverait leur niveau de professionnalisme. C'est dans cette optique que, en 1925, il invite Howard Fogg, violoniste professionnel de la Victor Talking Machine Co. de Montréal, à se joindre à eux pour diriger l'orchestre, en remplacement du directeur musical Harold Rich (1924-1925). Howard Fogg écrit des pièces pour Lucky Seven, en plus de faire l'arrangement musical d'autres chansons des Dumbells, dont la composition de Mert « Winter Will Come ». Quelque trois ans plus tard, en 1928, les Plunkett causent tout un émoi en accueillant, pour la première fois, de vraies femmes dans leur distribution pour prêter main-forte à leurs imitateurs de femmes -- faisant fi de la froideur de certains spectateurs face à ce changement.

À la fin des années 1920, les Dumbells auront fait office d'amuseurs professionnels partout au Canada deux fois plus longtemps qu'ils n'auront servi le pays dans leur uniforme kaki. Cependant, plusieurs facteurs devaient contribuer à gruger leur popularité et leur rentabilité. En premier lieu, la mise sur pied d'une pièce itinérante coûtait de plus en plus un prix exorbitant et ne pouvait donc plus concurrencer avec les « films parlants » (films sonores et musicaux), qui connaissent une sortie en salle florissante en 1927. Deuxièmement, le genre vaudeville en soi commençait à s'essouffler. Troisièmement, la Crise de 1929 a eu pour effet de vider les poches des amateurs de spectacles. Enfin, les auditoires s'étaient un peu lassés des chansons et des histoires inspirées du temps de la guerre, datant alors de plus de dix ans. Vers le début des années 1930, les productions des Plunkett essuyaient des pertes, forçant les fameux Dumbells à effectuer leur dernière tournée en 1932.

Après la disparition de leur formation légendaire, plusieurs membres des Dumbells roulent leur bosse en solo dans l'industrie du spectacle. Al Plunkett fait carrière dans la radio et comme chanteur de cabaret, pendant que son frère Mert retourne outre-mer en 1939 pour diriger les productions artistiques de la Légion canadienne et que Red Newman s'achète un hôtel à Wasaga Beach, en Ontario. De leur côté, Ross Hamilton et Jack Ayre persévèrent dans leur art jusqu'à leur retraite.

On dit des vieux soldats qu'ils ne rendent jamais l'âme, et il en est ainsi des Dumbells. Leurs concerts de retrouvailles donnés en 1939, en 1955 et en 1975 permettent de les ramener sur scène ensemble. En 1977, Bibliothèque et Archives Canada leur rend honneur en contribuant à la production d'un album, intitulé The Original Dumbells. De plus, encore aujourd'hui, la pièce The Legend of the Dumbells est parfois remise en scène pour saluer le talent des Dumbells et faire renaître leur époque. Bien que tous les membres de la célèbre troupe de vaudeville en uniforme kaki nous aient quittés depuis longtemps, ils demeureront à jamais des légendes dans l'industrie canadienne du spectacle.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur les enregistrements des Dumbells, veuillez consulter la base de données du Gramophone virtuel.


Références

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