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Henri (Enrique) Miro, compositeur, chef d'orchestre et critique (1879-1950)

Photo d'Henri Miro

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Henri Miro

Musicien d'origine espagnole, Henri Miro est activement lié à la scène musicale de Montréal au début du XXe siècle. Miro connaît un succès moyen à l'échelle locale et nationale comme compositeur et directeur de musique de concert et de comédies musicales et est invité à des émissions de radio et à des enregistrements populaires.

Henri Miro grandit et reçoit son éducation en Espagne. (Son prénom était Enrique; on ne sait pas quand au juste il a adopté le prénom d'Henri.) Son père, directeur musical dans l'armée espagnole, est son premier professeur de musique. À l'âge de 8 ans, Henri chante dans la chorale à la basilique Montserrat, importante école de musique en Espagne. Il passe au Conservatoire de musique de Barcelone à l'âge de 16 ans pour étudier avec le professeur Benvenido Socias. Au conservatoire, Miro étudie le violon, le piano et l'orgue, de même que la composition et l'harmonie. Pendant ces premières étapes de sa carrière, Miro compose des chansons, des opérettes et de la musique religieuse.

Comme pour plusieurs jeunes musiciens au début de leur carrière, Miro acquiert de l'expérience en occupant des postes à court terme en Europe. Il est pianiste-répétiteur et guide dans un théâtre de Milan, en Italie, en 1894, et dans la Compagnie d'opéra de Barcelone. En 1898, il fait une tournée en France comme directeur d'une compagnie d'opéra. Il fait le voyage de l'Europe à l'Amérique du Nord, où il travaille pendant une brève période avec l'orchestre de l'hôtel Criterion à New York. En 1901 (peut-être même en 1899), Miro s'établit à Montréal où on lui offre le poste de chef d'orchestre au café Eldorado (Le Passe-Temps, 30 mars 1901). Il passera le reste de sa carrière à Montréal, centre de l'activité culturelle canadienne.

Photo d'Henri Miro, vers 1901

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Henri Miro, vers 1901

Les débuts de Miro au Canada comme compositeur de musique de concert ont lieu au Monument-National de Montréal, à l'occasion de la première de sa Messe solennelle en ré réalisée avec deux chorales, des solistes et un orchestre complet. Cet événement permet à Miro de se créer un nom comme compositeur. Dans un article de la revue musicale Le Passe-Temps, on décrit la pièce musicale comme un chef-d'œuvre et l'on admire le souci du détail de Miro, tant en ce qui concerne l'orchestration qu'en ce qui a trait aux arrangements vocaux (Le Passe-Temps, 21 novembre 1903). Ses aptitudes pour l'orchestration sont devenues une qualité que l'on remarquera plus tard dans ses œuvres.

Publicité annonçant la MESSE SOLENNELLE EN RÉ d'Henri Miro, ornée d'une photo de Miro; parue dans la revue LE PASSE-TEMPS du 21 novembre 1903

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Publicité annonçant la « Messe solennelle en ré » d'Henri Miro; parue dans la revue Le Passe-Temps du 21 novembre 1903

Après ces débuts réussis, il semble toutefois que Miro ne compose pas d'œuvres classiques importantes jusqu'à son poème symphonique intitulé Luxor, qui n'est pas interprété publiquement avant le mois de mars 1927. Dans les commentaires qu'on fait sur Luxor, on dit apprécier ses effets d'harmonie, de rythmes et de couleurs, que l'on qualifie de superbes (C. Huot, p. 194-195).

Le 6 novembre 1928, la cantate de Miro Vox Populi est présentée au Monument-National par l'Association des chanteurs de Montréal. Exemple du nationalisme musical qui prend forme au Canada dans les années 1920, cette suite emprunte des passages de 14 chansons folkloriques canadiennes-françaises, y compris « À la claire fontaine » et « Isabeau s'y promène » (les deux pièces ont été enregistrées séparément par Éva Gauthier et sont offertes sur le site Gramophone virtuel). La cantate est ensuite présentée le 19 avril 1929 par le Musical Circle of Holyoke, au Massachusetts, sous la direction du compositeur. Au mois de juin 1929, on la présente de nouveau au stade de Montréal.

Le public n'a pas à attendre longtemps pour entendre le concert d'importance subséquent du compositeur. Miro dirige la première de Symphonie canadienne (qui contient également trois thèmes populaires) le 27 octobre 1931, à Montréal une fois de plus. Outre les œuvres décrites ci-dessus, Miro compose des symphonies, des concertos pour violoncelle, des pièces pour piano, des œuvres vocales et chorales.

Photo du chef d'orchestre Wilfrid Pelletier, vers 1934

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Le chef d'orchestre Wilfrid Pelletier, vers 1934

Miro acquiert une grande réputation de compositeur au Canada lorsque son concert Scènes mauresques mérite le premier prix Jean-Lallemand en 1936. Ce concours national, qui accorde un prix de 500 $ comptant au gagnant, est organisé par l'Orchestre symphonique de Montréal en vue d'encourager les compositeurs canadiens et de mousser le nationalisme musical. Des manuscrits sont présentés à des juges dans chaque province, outre les cinq à Montréal. Les compositions des semi-finalistes sont présentées à la radio nationale, et les juges font parvenir leur vote par télégramme. À la suite de ce concours, le concert Scènes mauresques est dirigé à Montréal par le Canadien Wilfrid Pelletier (du Metropolitan Opera de New York).

Les pièces de théâtre de Miro connaissent un accueil aussi chaleureux, car la comédie musicale canadienne est rarement mise en scène. Sa pièce Le Roman de Suzon, opérette en trois actes avec paroles d'Henri Letondal, est présentée en première comme une production amateur au théâtre Princess de Montréal en 1914. (On l'a nommée par erreur la première opérette composée au Canada, mais cet honneur revient à Colas et Colinette de Joseph Quesnel, composée en 1790.) L'opéra de Miro A Million Dollar Girl (libretto de W.M. Beatty) est produit au mois d'avril 1915; les critiques indiquent qu'il s'agit d'une œuvre canadienne et font des prédictions sur les chances de succès du compositeur. (Un des violonistes de cette interprétation est Howard Fogg, qui est plus tard associé aux Dumbells.) Le Passe-Temps fait une critique favorable de A Million Dollar Girl : « M. Miro s'est vraiment surpassé, et nous avons eu droit à une composition intéressante et bien écrite à tous les égards et qui ne manquait pas de belles mélodies » (Le Passe-Temps, 8 mai 1915). En plus de composer des opérettes originales, Miro dirige, à l'automne 1917, la troupe d'opéra du Monument-National dans ses interprétations de diverses opérettes françaises.

Photo de Miro travaillant à une nouvelle composition

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Miro travaillant à une nouvelle composition

Malgré les défis associés à la mise en scène de ses propres créations dans des théâtres professionnels, Miro crée une troisième comédie musicale, l'opérette Lolita (livre d'Armand Robi). Cette pièce est jouée pour la première fois en 1922 par une troupe amateur et est finalement présentée à la radio de la SRC le 9 janvier 1944. Plus de dix ans après la première du Roman de Suzon, Honoré Vaillancourt et la Canadian Operetta Society la représentent le 25 novembre 1925, au Monument-National. Une fois de plus, les critiques font l'éloge des mélodies de Miro et de ses arrangements vocaux (La Lyre, novembre 1925).

L'avènement de la radio offre de nouvelles occasions de faire entendre au public la musique de Miro, sans les frais associés à la mise en scène des œuvres. Grâce à ce nouvel outil de diffusion, Miro réalise un ensemble d'émissions sur l'opérette et l'opéra dans lesquelles il insère ses propres créations. Parmi ses autres engagements reliés à des émissions, mentionnons qu'il dirige les Concerts lyriques Frontenac à l'automne 1928, qu'il réalise, à la radio de la SRC, les programmes « Sevilliana » et « Mexicana » et qu'il dirige l'orchestre de Radio CN (chemins de fer du Canadien National) en 1930-1931.

Même si la musique populaire et la musique sérieuse de Miro comprennent des thèmes canadiens, la musique de son pays d'origine continue naturellement à l'intéresser. Miro reste membre d'une société de chefs d'orchestre espagnols. Lors d'un voyage en Europe, séjour qui dure 14 mois, il joue du piano et dirige un orchestre au Grand Hôtel Ritz à Barcelone pendant l'hiver de 1924-1925. Il revient ensuite au Canada au mois de juin 1925. Certaines de ses pièces courtes sont des danses latino-américaines connues dans son pays natal d'Espagne, notamment des paso dobles, des habañeras et des tangos.

Couverture de la musique en feuille de LA MARCHE DES POMPIERS DE MONTRÉAL

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ouverture de la musique en feuille de « La Marche des pompiers de Montréal »

En même temps que Miro démontre des aptitudes pour la musique plus douce destinée à la scène, il écrit de nombreuses chansons et pièces pour piano et un autre répertoire léger à l'intention des interprètes amateurs à la maison ou au salon. Le Passe-Temps et La Lyre publient des douzaines de ces compositions et arrangements, dont certains sont destinés à des musiciens amateurs de talent moyen; d'autres, comme « Barcarolle impromptue », sont plus difficiles. Peu de temps après son arrivée à Montréal, et pendant une vingtaine d'années par la suite, ses romances, ses valses, ses chansons et ses berceuses se font connaître. Certaines de ses chansons sont également mises en feuille, notamment « La Marche des pompiers de Montréal », en 1916, marche d'intérêt local en hommage au chef des pompiers de Montréal.

Photo de Lucio Agostini, vers 1940

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Lucio Agostini, vers 1940

Outre ses compositions, Miro, en tant que codirecteur de La Lyre, fait la critique des productions musicales et des concerts tenus à Montréal et rédige des essais sur l'instrumentation et d'autres sujets techniques. Il publie également un cours par correspondance sur l'harmonie dans le cadre duquel on invite les lecteurs à poster les leçons terminées au compositeur pour qu'il les corrige, et ce, sans frais (on présume que la revue acquittait les honoraires de Miro). Les annonces publicitaires de cette période montrent qu'il demandait ordinairement 75 cents pour des leçons d'harmonie. Il enseigne la composition en privé et à l'Université McGill. Parmi ses élèves les plus connus, citons le compositeur-chef d'orchestre émérite Lucio Agostini et la clarinettiste et compositrice Fleurette Beauchamp.

Publicité annonçant des enregistrements de l'Orchestre de Henri

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Publicité annonçant des enregistrements de l'Orchestre de Henri, La Presse, 1er décembre 1919, p. 16

Comme de nombreux autres musiciens canadiens de cette période, Miro s'aventure dans le studio d'enregistrement pour enregistrer des chansons populaires, s'éloignant de son répertoire habituel. De 1916 à 1921, il occupe le poste de directeur musical de la Berliner Gram-o-phone Company; il travaille également chez Compo, compagnie d'enregistrement fondée par Herbert Berliner en 1919.

Publicité annonçant des enregistrements de Noël de l'Orchestre de Miro

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Publicité annonçant des enregistrements de Noël de l'Orchestre de Miro; parue dans La Presse, le 30 novembre 1918, p. 26

À l'époque, la demande du public pour la musique de danse est considérable, car la mode de la danse sociale bat son plein. Comme chef de ses propres orchestres de studio, qu'on nomme indifféremment Henri's Orchestra ou Miro's Band, Miro fait des arrangements et enregistre de la musique instrumentale pour répondre à la demande de disques de musique de danse. Les enregistrements du groupe sous l'étiquette La Voix de son maître de 1918 à 1922 et sous Apex en 1922 sont, pour la plupart, des arrangements en musique de danse de ballades sentimentales et de chansons populaires de la Tin Pan Alley de New York, notamment « Sweet and Low », « Ja-Da » et « When My Baby Smiles At Me ».

Miro dirige également l'interprétation instrumentale de HMV de « In a Monastery Garden », succès qui fait vendre plus de 100 000 disques au Canada. Certaines des chansons populaires de Miro sont enregistrées par des artistes français comme Hector Pellerin, qui enregistre « L'Aventure ». À l'époque, les disques 78 tours ne jouaient habituellement que durant trois ou quatre minutes; si la technologie s'était prêtée à des pièces plus longues, Miro aurait peut-être enregistré ses compositions de concert.

Après avoir gagné le prix Jean-Lallemand à l'âge de 57 ans, il semble que Miro n'ait composé aucune œuvre digne de mention. Il décède en 1950. Douze ans après sa mort, on donne son nom à une avenue à Montréal (avenue Miro) en son honneur pour souligner sa contribution à la vie culturelle de son pays adoptif.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur les enregistrements d'Henri Miro, veuillez consulter la base de données du Gramophone virtuel.


Références

Huot, Cécile. -- « Évolution de la vie musicale au Québec sous l'influence de Wilfrid Pelletier », dissertation, Université de Toulouse, 1973

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Le Passe-temps. -- Vol. 7, no 157 (30 mars 1901). -- P. 97. -- No AMICUS 139381

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Proctor, George A. -- Canadian music of the twentieth century. -- Toronto : University of Toronto Press, 1980. -- xxvi, 297 p. -- No AMICUS 11668874

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