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George MacFarlane, baryton, acteur (1877 ou 1878-1932)

« Le baryton préféré de l'Amérique »

Portrait de George MacFarlane vêtu d'un costume, vers 1912

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George MacFarlane, vers 1912

Chanteur populaire et tête d'affiche dans le monde de la comédie musicale à New York au cours des premières décennies du XXe siècle, George MacFarlane est né à Kingston, en Ontario. Cadet d'une famille de six enfants ayant récemment émigré de l'Écosse, il fait ses débuts dans le monde prosaïque de la vente de savon. Très tôt il éprouve de l'intérêt pour la scène et, même s'il n'a aucune formation musicale officielle, il déborde de talent et aspire à se produire à l'opéra. Son employeur soutient ses ambitions musicales et l'aide à obtenir des rôles dans des pièces de théâtre. Il acquiert de l'expérience comme chanteur en se produisant en solo à Montréal. C'est à cette époque qu'il amorce sa longue association avec les opérettes de Gilbert et Sullivan en interprétant le rôle du capitaine Corcoran dans HMS Pinafore, vers 1902. Les auditoires du Princess Theatre de Montréal se souviennent également de MacFarlane jouant dans la comédie musicale Trilby.

Photo du jeune George MacFarlane en train de lire à une table, dans le rôle du capitaine Corcoran dans HMS PINAFORE

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Le jeune George MacFarlane incarnant le rôle du capitaine Corcoran dans HMS Pinafore, en juillet 1902

MacFarlane, comme Geoffrey O'Hara et nombre d'autres musiciens canadiens de l'époque, est bientôt attiré par les perspectives de carrière plus prometteuses dans l'industrie du spectacle au sud de la frontière, et il s'établit aux États-Unis en permanence.

Son déménagement s'effectue à un moment opportun. Les comédies musicales de Broadway connaissent une grande popularité au cours de la saison 1902-1903. L'année suivante, les gérants profitent de cette popularité pour en présenter un plus grand nombre, offrant ainsi plus de rôles aux acteurs qui cherchent à percer. Dès 1904, MacFarlane joue dans The Girl and the Bandit. Non seulement ce spectacle lui procure son premier succès à New York, mais il lui donne également l'occasion de rencontrer sa deuxième femme, l'actrice Viola Gillette, de Salt Lake City, au Utah.

À peu près à cette période, MacFarlane se produit sur scène avec le pionnier du monde de l'enregistrement, Billy Murray. Ils s'annoncent comme « the eccentric singing and talking comedians » [traduction libre : les comédiens chantant et parlant excentriques] (Variety 1906, dans Hoffman et coll.). Ceux qui ont connu MacFarlane ont pu remarquer qu'il avait un bon sens du rythme de la comédie. À partir du mois d'avril 1909, au Herald Square Theatre de Broadway, MacFarlane tient le rôle principal romantique de Jacques Baccarel dans The Beauty Spot, pièce dont la trame sonore a été composée par Reginald de Koven. La troupe est dirigée par l'acteur Jefferson De Angelis. Cette comédie musicale romantique sera présentée pas moins de 137 fois au cours de la même saison, alors que dans une saison seul le tiers des spectacles dépassent les 100 représentations.

Photo de George MacFarlane,  les mains dans les poches, portant l'inscription : AFFECTIONATE SON GEORGE

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George MacFarlane

Au cours des années suivantes, MacFarlane se fait très bien connaître pour sa voix de baryton tant dans les comédies musicales que dans les enregistrements. On l'apprécie encore mieux dans les reprises des opérettes de Gilbert et Sullivan, qui connaissent un regain d'intérêt après la mort de W.S. Gilbert en mai 1911. En 1913, il se produit dans Miss Caprice (nouvelle version d'une opérette allemande intitulée à l'origine Der Lieber Augustin). Il est monnaie courante, à cette époque, d'ajouter dans les comédies musicales américaines des chansons à succès assuré d'auteurs américains afin d'« américaniser » le livret d'opéra. La chanson de Jerome Kern intitulée « Look in Her Eyes » devient ainsi le plus grand succès de George MacFarlane à partir de cette comédie musicale. (En 1923, la musique de Kern aide également une autre Canadienne, Éva Gauthier, à devenir célèbre.)

Catalogue de janvier 1917 de  Records Victor énumérant plusieurs enregistrements à succès de MacFarlane

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Catalogue de janvier 1917 de Records Victor énumérant plusieurs enregistrements à succès de MacFarlane

Au mois de février 1914, George MacFarlane donne la première représentation de l'opérette romantique The Midnight Girl au 44th Street Theatre, à New York. Le scénario se passe à Paris et le spectacle est créé en France. Une fois de plus, MacFarlane joue un rôle principal et une fois de plus le spectacle dépasse les 100 représentations. Ce spectacle donne deux chansons à succès au chanteur : « Your Eyes » et « Can't You Hear Me Calling, Caroline? ». L'enregistrement par MacFarlane de cette dernière chanson, composée par Caro Roma, constitue l'un des grands succès populaires de 1914. Le catalogue de juillet 1915 de Records Victor décrit MacFarlane comme ayant une voix résonante et une excellente élocution.

La période de succès de MacFarlane sur Broadway survient à une époque de renaissance excitante pour la comédie musicale américaine entre 1914 et 1921. Au cours de cette période, il se produit plus de pièces de valeur durable et il s'écrit et se monte un nombre grandissant de pièces davantage en Amérique du Nord qu'en Europe. De même, les mélodies et les rythmes américains tels que le ragtime commencent à dominer les styles musicaux européens qu'avaient préférés les compositeurs d'opérette des vieux pays. Note intéressante à signaler, il semble toutefois que les interprétations de MacFarlane qui remportent le plus grand succès commercial soient celles qu'il donne dans des comédies musicales traditionnelles : des comédies musicales venant d'Europe ou des reprises de succès européens. Trilby, présentée en 1915, est l'une de ces opérettes dont l'action se déroule en Écosse. MacFarlane y incarne un laird (propriétaire foncier, noble), comme il l'avait fait des années auparavant à Montréal. La trame musicale comporte des ballades populaires sur ce pays. MacFarlane enregistre deux de ces ballades : « To the Lass We Love -- A Toast » et « A Breath O' Bloomin' Heather ». MacFarlane participe également à une autre comédie musicale au thème écossais, Heart O' th' Heather, présentée à Boston.

L'année suivante, MacFarlane interprète une autre chanson à succès de Jerome Kern. Il s'agit de « My Castle in the Air », tirée de Miss Springtime. Ce spectacle est donné pour la première fois au mois de septembre 1916 au New Amsterdam Theatre. La dernière représentation a lieu au printemps de 1917. Autre importation d'Europe, le spectacle compte trois chansons de Kern et marque les débuts de la carrière du parolier P.G. Wodehouse, peut-être mieux connu comme l'auteur du personnage Jeeves.

Annonce de la chanson IRISH EYES OF LOVE enregistrée par George MacFarlane, parue dans le journal LA PATRIE le 28 août 1915

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Annonce de la chanson « Irish Eyes of Love » enregistrée par George MacFarlane, parue dans le journal La Patrie le 28 août 1915

MacFarlane commence à enregistrer des 78 tours de chansons populaires pour la maison de disques Victor en 1914, même si ses premiers enregistrements ne sont pas mis sur le marché avant 1915. Il continue à enregistrer pour cette maison de disques jusqu'en 1917 et enregistre ensuite quelques chansons pour la maison de disques Columbia. Son répertoire d'enregistrements comprend divers grands succès populaires, des chansons patriotiques, des ballades irlandaises et surtout de grands succès tirés de ses propres interprétations sur scène, notamment « Look in Her Eyes ». L'enregistrement de MacFarlane sous l'étiquette Columbia de la chanson « When You Come Back (And You Will Come Back) » est un excellent exemple des marches patriotiques qui étaient populaires en Amérique du Nord au cours de la Première Guerre mondiale.

Citons comme exemples d'enregistrements de MacFarlane sous l'étiquette Victor « That's An Irish Lullaby (Too-ra-loo-ral) » et « Fair Moon » de HMS Pinafore. Il a connu un succès remarquable avec la chanson « A Little Bit of Heaven (Shure They Call It Ireland) » de J. Keirn Brennan et Ernest R. Ball. Les listes du Billboard indiquent que cet enregistrement a été, pendant cinq semaines, la chanson la plus vendue en 1915 et est demeurée parmi les trois chansons les plus vendues pendant onze semaines. Vers 1916, MacFarlane enregistre également ses propres paroles pour « Don't Believe All You Hear » et « My Old Rose », mais il semble que ces chansons connaissent un moins grand succès commercial.

En 1917, MacFarlane se lance dans ce qui est pour lui une toute nouvelle aventure : une production cinématographique. Son nom apparaît dans Webb Singing Pictures, film « muet » -- une nouveauté -- dans lequel MacFarlane, Enrico Caruso et d'autres chanteurs s'exécutent derrière la scène pendant que des acteurs jouent leur rôle à l'écran. (Bien que les films « muets » n'aient pas, à l'époque, de bandes de dialogue, ils ont bien souvent une trame musicale enregistrée.) Toutefois, MacFarlane continue de centrer sa carrière à New York, du moins d'après ce que l'on en sait. On croit qu'il produit ou dirige des pièces et se produit dans au moins une autre opérette, Springtime of Youth. Cette pièce, qui fait ses débuts le 26 octobre 1922, fait revivre la légende d'Enoch Arden; MacFarlane incarne le rôle de Roger Hathaway (le personnage Arden). Cette opérette, adaptée de l'original européen, ne connaît pas un grand succès, peut-être parce qu'on n'a pas tenu compte de la tendance vers un contenu américain dans les comédies musicales.

On en sait peu sur les activités de MacFarlane au cours des années qui suivent. Selon un article nécrologique paru dans le Montreal Star, MacFarlane retourne à Montréal à l'occasion pendant ses dernières années pour chanter. Il interprète également des ballades irlandaises dans des concerts à New York, accompagné au piano par une femme de sa parenté. Un programme de concert non daté indique que son répertoire ressemble à ce qu'il a enregistré et qu'il comporte trois chansons composées par un collègue canadien, Geoffrey O'Hara : « Give a Man a Horse He Can Ride », « There Is No Death » et « Wreck of the "Julie Plante" ». Le promoteur du concert a déclaré ceci : « With the appearance of Mr. MacFarlane, we can always rest assured he will give us the very best in songs -- the kind we love to hear; the kind we, ourselves, love to sing… » [traduction libre : Nous pouvons toujours être assurés que M. MacFarlane nous donnera ce qu'il y a de mieux en chansons -- le type de chansons que nous aimons entendre; le type de chansons que nous-mêmes aimons chanter…].

Au cours des années 1920, on croit que MacFarlane, outre la direction et la production, est propriétaire d'une compagnie spécialisée dans la publication de feuilles de musique. Le nom de MacFarlane apparaît de nouveau à Los Angeles, en Californie, dans des génériques de films, à compter de 1929. Il recommence à jouer dans des films après l'invention de la trame de dialogue enregistrée, apparaissant dans des films tels que Frozen Justice, en 1929. Dans cette production, il incarne le rôle d'un chanteur. Il joue dans 15 films entre 1929 et 1932. Il tient son dernier rôle dans la dramatique policière The Famous Ferguson Case. Il partage ses engagements entre Hollywood et New York et demeure actif dans les deux villes.

La carrière du populaire baryton et acteur prend fin subitement au mois de février 1932, lorsqu'il meurt tragiquement à Los Angeles, à l'âge de 55 ans, après avoir été frappé par une auto. MacFarlane est inhumé à Salt Lake City.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur les enregistrements de George MacFarlane, veuillez consulter la base de données du Gramophone virtuel.


Références

Bordman, Gerald M. -- American musical theatre : a chronicle. -- New York : Oxford University Press, 1978. -- viii, 749 p. -- No AMICUS 476224

Catalogues des disques Victor, de janvier 1915 (2525-RIOTA-11-25-14) et de juillet 1917 (3679-IJJXA-5-22-17)

« États-Unis d'Amérique ». -- Encyclopédie de la musique au Canada. -- Sous la direction de Helmut Kallmann et al. -- 2e éd. rev. et augm. -- [Saint-Laurent, Qué.] : Fides, 1993. -- 3 v. -- No AMICUS 13213211

« George MacFarlane » [documentation éphémère]. -- Division de la musique, Bibliothèque nationale du Canada

Gracyk, Tim. -- The encyclopedia of popular American recording pioneers : 1895-1925. -- Granite Bay, Calif. : Victrola and 78 Journal Press, 1999.

  • Disponible aussi en version abrégée sous le titre : Popular American recording pioneers, 1895-1925. -- New York : Haworth Press, c2000. -- vii, 444 p. -- No AMICUS 23165107

Hoffman, F. ; Carty, D. ; Riggs, Q. -- Billy Murray : the phonograph industry's first great recording artist. -- Lanham, Md. : Scarecrow Press, 1997. -- x, 544 p. -- No AMICUS 14865920

Moogk, Edward B. -- En remontant les années : l'histoire et l'héritage de l'enregistrement sonore au Canada, des débuts à 1930. -- Ottawa : Bibliothèque nationale du Canada, 1975. -- xii, 447 p. -- No AMICUS 79943

  • Publié aussi en anglais sous le titre de Roll back the years : history of Canadian recorded sound and its legacy : genesis to 1930.

Raymond, Jack. -- Show music on record from the 1890s to the 1980s. -- New York : F. Ungar, c1982. -- v, 253 p. -- No AMICUS 2776768