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La Bolduc -- « Reine des chanteurs folkloriques canadiens »

Photo de Mary Bolduc, vers 1930

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Mary Bolduc, vers 1930

L'histoire de Mary Travers Bolduc (« La Bolduc ») est le conte de fées d'une ménagère du Québec qui est passée de la condition de pauvre inconnue à celle de phénomène de l'industrie du disque des années 1930. Cette femme ordinaire, toute traditionnelle, est devenue l'extraordinaire porte-parole musicale de son temps et de ses contemporains, se méritant le titre de « Reine des chanteurs folkloriques canadiens ».

Pendant sa brève carrière musicale, Mme Édouard Bolduc est reconnue au Canada français et dans le nord-est des États-Unis comme artiste du disque et du spectacle et comme auteure de chansons folkloriques populaires remportant de vifs succès. Sa carrière, née du simple besoin de survivre et construite sur la musique de sa propre histoire, est devenue légendaire.

Photocopie du baptistaire de Mary Travers (juin 1894)

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Photocopie du baptistaire de Mary Travers (juin 1894)

Cette femme, considérée comme la première « chansonnière » (auteure-compositrice-interprète) du Québec, n'a suivi de toute sa vie aucun cours de musique formel. Elle naît au sein d'une famille pauvre, où l'on subsiste de peine et de misère, dans le petit village de pêcheurs de Newport, au Québec, sur les rives de l'Atlantique dans la région canadienne de Gaspé. Mary Travers est l'un des six enfants de Lawrence Travers, anglophone de souche irlandaise, et d'Adéline Cyr, Canadienne française. Leur maison abrite également les six autres enfants de Lawrence issus d'un premier mariage. Mary et ses onze frères et sœurs parlent anglais à la maison, mais s'expriment aussi couramment en français, dans leur dialecte régional.

Mary ne fréquente pas longtemps l'école, mais assez pour apprendre à lire et à écrire le français et pour étudier son catéchisme catholique. Son père a besoin de sa grande et solide fille pour l'aider à chasser et à couper le bois, et sa mère a besoin d'elle pour les tâches ménagères. Sa vie, tout comme celle des autres filles de sa situation sociale, était centrée sur la famille et sur la maison.

Photo de Newport, au Québec, village natal de Mary Bolduc

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Newport (Québec), village natal de Mary Bolduc

Les villageois isolés de Newport voyagent rarement et connaissent bien peu les grandes villes ou la musique moderne. Lawrence Travers est le premier et le seul professeur de musique de Mary; il lui apprend à jouer des instruments de musique traditionnels que l'on retrouve dans la plupart des foyers du Québec au tournant du XXe siècle, comme le violon, l'accordéon, l'harmonica, les cuillères et la guimbarde. Ils jouent surtout des airs et des danses de folklore traditionnel comme les gigues, de mémoire et d'oreille, puisque la famille Travers ne possède ni tourne-disque, ni piano, ni musique en feuille. Le répertoire de Mary se constitue de mélodies irlandaises provenant du côté paternel et d'airs folkloriques canadiens-français venant de sa mère, formant ainsi le style unique qui la rendra célèbre. Au printemps 1908, Mary égaye de son accordéon les soirées dans les camps de bûcherons, en plus de cuisiner pour son père et pour les autres coupeurs de bois. Les hommes se divertissent en exécutant eux-mêmes les airs et les danses traditionnels.

Nourrir douze enfants étant un fardeau lourd à porter pour le père de famille, les frères et les sœurs de Mary doivent donc quitter le foyer au début de leur adolescence. En 1908, lorsque Mary atteint son treizième anniversaire, sa demi-sœur Mary-Ann, qui occupe un emploi de bonne à Montréal, la fait venir près d'elle. Pour la jeune Mary, il s'agit là de sa toute première expérience de l'indépendance, de la vie à l'extérieur de Newport et des voyages. Son premier voyage en train l'amène de son petit village de campagne de 1 500 âmes jusqu'à Montréal et à ses 350 000 personnes.

Mary Travers travaille d'abord comme domestique à la maison du docteur Lesage, au salaire mensuel de 15 $, plus chambre et pension. Après quelques années, elle déniche un meilleur emploi dans une usine de textile, où elle trime dur onze heures par jour, cinq jours et demi par semaine, pour un salaire hebdomadaire de 15 $.

Mary vit comme une fille de son époque, prenant mari à l'âge de 20 ans. Elle épouse Édouard Bolduc le 17 août 1914 et se retrouve enceinte presque continuellement dans les années suivantes. En 1915, son premier enfant est malheureusement un enfant mort-né. Denise voit le jour en juillet 1916, Jeannette, en juillet 1917, et Roger, en août 1918. L'emploi d'Édouard à la manufacture ne rapporte pas beaucoup, son salaire semblant diminuer chaque fois qu'il a une nouvelle bouche à nourrir. Mary a quitté son travail à l'usine, mais elle fait de la couture à la maison pour contribuer au revenu familial. Malgré cela, leur pauvreté s'apparente à celle qu'elle avait connue jadis à Newport.

Photo représentant Édouard et Mary Bolduc et leurs enfants Denise, Jeannette et Lucienne, en 1919

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Édouard et Mary Bolduc et leurs enfants Denise, Jeannette et Lucienne en 1919. Jeannette est décédée en janvier 1921

Comme les autres citadins pauvres du début du XXe siècle, les Bolduc connaissent des conditions de vie difficiles. Il y a peu de soins médicaux, et les maladies contagieuses telles que la scarlatine sont encore répandues dans la population. Au début des années 1900, on s'attend à ce qu'un enfant sur quatre meure avant d'avoir atteint l'âge adulte. Lorsque son bébé Roger meurt à l'âge de 10 mois, Mary, qui était enceinte une nouvelle fois, est tout de même cruellement affectée. Jeannette meurt également avant d'avoir atteint ses 2 ans. Mary fait aussi une fausse couche et perd un autre enfant, celui-là né prématurément.

Édouard Bolduc devient plombier, mais le travail se fait rare. En 1921, les Bolduc quittent donc Montréal pour Springfield, dans le Massachusetts, où ils rejoignent la sœur d'Édouard ainsi que dix mille autres émigrants canadiens-français cherchant tous la prospérité. Édouard n'arrivant pas à y dénicher un emploi, la famille revient s'installer à Montréal l'année suivante. Un autre bébé vient au monde en 1922, et une petite fille voit le jour en mars 1925. Mary fait aussi plusieurs autres fausses couches, la dernière se produisant en 1929. Des douze ou treize grossesses qu'elle a eues, seuls quatre enfants Bolduc atteignent l'âge adulte.

Photo des membres de la troupe des Veillées du bon vieux temps portant des costumes d'antan, en octobre 1930

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Les membres de la troupe des Veillées du bon vieux temps portant des costumes d'antan, en octobre 1930

La famille Bolduc est relativement heureuse malgré sa pauvreté. Pour divertir leurs amis et les enfants, Mary joue des berceuses, des gigues, des reels traditionnels au violon et à l'harmonica. Les Bolduc reçoivent leurs amis gaspésiens dans des soirées de type familial animées par des chansons et de la musique. Plusieurs d'entre eux sont des musiciens de folklore amateurs qui viennent se produire dans les Veillées du bon vieux temps au Monument-National, avec la troupe de Conrad Gauthier. (Voir La scène musicale au Québec, 1915-1920.)

Portrait de Conrad Gauthier

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Conrad Gauthier, qui a lancé la carrière de Mary Bolduc

Ces relations font découvrir Mary lorsqu'on lui demande de remplacer au pied levé un violoniste folklorique absent. Son mari étant sans emploi, elle est heureuse de pouvoir faire un peu d'argent quand Conrad Gauthier la redemande. En 1928, Mary Bolduc accompagne régulièrement les chanteurs de la troupe au violon ou à la guimbarde, faisant même plus tard des numéros de musique et de comédie en solo. L'épouse et la mère qui n'avait joué que dans son salon se familiarise bientôt avec des salles remplies de centaines de spectateurs.

Portrait de Roméo Beaudry

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Roméo Beaudry, de la Starr Phonograph Company

Mary Bolduc acquiert ainsi une assurance en tant qu'artiste, même dans une situation inusitée comme sa première émission de radio avec l'orchestre du Monument-National à la station CKAC. Un soir, elle s'aventure à chanter un petit air folklorique et, charmé, le public exige d'en entendre plusieurs autres. Le chanteur de folklore Ovila Légaré la recommande à Roméo Beaudry, de la compagnie Compo, qui est responsable des enregistrements de langue française publiés sous l'étiquette Starr. Monsieur Beaudry s'empresse de lui offrir un contrat pour enregistrer quatre disques 78 tours, ce qui lui rapporte 25 $ par face.

C'est le temps idéal pour Mary Bolduc de s'établir comme auteure-compositrice-interprète professionnelle. Elle doit bien savoir que le monde du spectacle est l'un des rares domaines où une femme peut gagner autant d'argent, sinon plus, qu'un homme. (Dans les emplois manufacturiers qu'elle pouvait occuper, les femmes reçoivent habituellement un salaire moins élevé que les hommes pour le même travail.)

Le premier disque de madame Édouard Bolduc, enregistré sous l'étiquette Starr en avril 1929, présente la chanson folklorique française « Y'a longtemps que je couche par terre », ainsi qu'un reel instrumental. Par ses choix traditionnels, elle annonce sans équivoque son appartenance musicale. Ses enregistrements, aujourd'hui d'intérêt historique, ne sont pas des succès commerciaux à l'époque, mais comme elle a besoin d'autre matériel pour respecter son contrat, elle compose les paroles de la chanson humoristique qui lui apportera la gloire : « La Cuisinière ». Pour l'autre face du disque, elle enregistre « Johnny Monfarleau » en s'inspirant d'une chanson folklorique anglaise. Elle complète l'enregistrement à temps pour la période de Noël. Les chansons connaissent un grand succès de vente et rapportent 450 $ à sa famille. Le nom de madame Édouard Bolduc est désormais connu partout au Canada français.

Mary Bolduc a composé « La Cuisinière » et les autres pièces d'une manière très simple : assise à sa table de cuisine, elle a fredonné un air fondé sur une chanson folklorique, une gigue ou un reel, puis l'a répété au violon et a improvisé un simple poème d'accompagnement formant des couplets rimés qu'elle a dicté à sa fille Denise. Comme elle ne peut ni lire ni écrire la musique, elle mémorise et exécute les mélodies qu'elle crée. (Voir Une analyse de « La Cuisinière ».)

Forte du succès de ces disques et d'une offre de Roméo Beaudry pour enregistrer un 78 tours à deux faces tous les mois, Mary Bolduc compose plusieurs chansons avec la même formule gagnante. Elle adapte des airs folkloriques ou populaires existants à la musique, y ajoutant ses propres paroles humoristiques, dans un joual typiquement canadien-français de la classe ouvrière. Elle y décrit des personnages et des événements auxquels les auditeurs, des Canadiens français peu fortunés aux valeurs traditionnelles familiales, peuvent s'identifier. Ses chansons offrent des rythmes enjoués sur un ton joyeux, la plupart d'entre elles mettant en vedette des tranches de vie et des personnages comiques de la classe ouvrière. D'autres constituent des pièces instrumentales traditionnelles. Dans plusieurs enregistrements, comme « Ça va venir découragez-vous pas », on peut l'entendre jouer de l'harmonica entre les couplets.

Afin de se distinguer des autres musiciens de folklore, Mary Bolduc commence à ajouter des refrains chantés construits sur des mots ou des syllabes saugrenus, que l'on appelle « turlutes ». Cette musique de la bouche, dont on se sert pour faire danser les gens en l'absence d'un violon, était une tradition chez son père et chez leurs voisins irlandais et écossais de la région de Gaspé. La pièce musicale « Les Maringouins » offre un très bel exemple des turlutes de Mary Bolduc.

Composer deux chansons par mois représente tout un défi pour Mme Bolduc. Pour trouver de nouveaux sujets de chansons, elle observe l'actualité, découvrant du même coup l'occasion de commenter les conditions sociales défavorables dans lesquelles doivent vivre les « petites gens » comme les Bolduc. (Voir La Bolduc -- Carrière comme artiste exécutante.)

Mary Bolduc fait sa première apparition publique comme vedette principale à un bal costumé à Lachute, au Québec, en novembre 1930. L'accueil du public dépasse ses plus grandes espérances. Elle conçoit alors l'idée d'un spectacle où elle chanterait ses propres chansons. Elle accepte l'offre lucrative de faire le numéro principal d'une compagnie burlesque qui se produit au théâtre Arlequin de Québec en mars 1931. Suit une offre de Juliette d'Argère, humoriste connue sous le nom de Caroline, pour faire une tournée de trois mois au Québec.

Mary Bolduc est une femme pratique qui sait reconnaître une bonne occasion. Son mari n'arrive pas à pourvoir aux besoins de leur famille et le public veut voir et entendre la musicienne, qu'il commence à appeler « La Bolduc ». (Bien qu'aujourd'hui on interprète habituellement le nom de « La Bolduc » comme un compliment, à l'époque, les admirateurs et les critiques l'utilisaient en référence à son caractère indépendant. Mary elle-même le considère comme une expression désobligeante à laquelle elle réplique fermement en composant « La Chanson du bavard ».) Rien n'arrête Mary, ni ses détracteurs, ni la fausse modestie, ni les attentes face au rôle traditionnel des hommes et des femmes. À l'image des hommes de sa Gaspésie natale, elle se met au travail pour subvenir aux besoins de sa famille.

Mary Bolduc et Juliette d'Argère préparent et organisent leur tournée et engagent quelques artistes pour les accompagner. Mary met au point une formule qu'elle conservera dans ses tournées subséquentes : elle sera la vedette principale et sera accompagnée d'un pianiste et de comédiens. La petite troupe se produit d'abord pendant une semaine au cours du mois de mai 1931 à Hull, au Québec, puis voyage dans l'ouest du Québec, se rend à Montréal et termine la tournée à Sept-Îles. Certaines des plus grandes villes possèdent un théâtre, mais souvent la troupe se produit dans les salles paroissiales ou les sous-sols des églises catholiques.

Bien que Mary Bolduc ait le sens des affaires, elle connaît peu les questions d'argent au-delà des besoins de sa famille. En deux ans, ses tournées de spectacles lui rapportent ce qui doit sembler de grosses sommes d'argent dans ces années sombres de la Crise économique. Elle qui n'a jamais rêvé d'une carrière musicale est maintenant devenue une étoile.

Photo de Mary Bolduc

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Photo de publicité de Mary Bolduc

En 1932, en tant que vedette, elle fonde sa propre troupe, la Troupe du bon vieux temps, sur le modèle de celles avec lesquelles elle avait évolué. Elle engage un directeur (Jean Grimaldi, et plus tard Henri Rollin) et prépare des tournées au Québec et en Nouvelle-Angleterre. Au début et au milieu des années 1930, Mary Bolduc partage son temps entre les tournées au Québec et dans les environs et sa famille à la maison. (Voir La Bolduc -- Carrière à la scène.)

Au cours des années 1930, les nouveaux disques de La Bolduc conservent le son traditionnel du folklore français-irlandais, résistant aux styles populaires comme les ballades sentimentales de Tin Pan Alley et les nouvelles sonorités du jazz. De nombreux auditeurs ne veulent plus de chansons qui leur rappellent les temps durs. Les disques de Mary Bolduc ne se vendent plus aussi bien, mais ses spectacles lui assurent quand même des cachets réguliers. Elle poursuit donc ses tournées, bien qu'elle trouve difficile d'être séparée de ses enfants et que des conflits surviennent entre elle et son mari en raison de l'inversion de leurs rôles.

En 1936, elle remporte tellement de succès qu'elle peut retenir les services d'une gouvernante pour s'occuper de ses enfants pendant ses tournées. Elle a déjà pourvu sa famille de plusieurs articles de luxe, inaccessibles à la plupart des gens pendant la Crise économique, comme une nouvelle automobile en 1931, une radio encastrée dans un meuble et, éventuellement, une maison bien à elle. Lorsqu'elle se trouve à la maison, cependant, elle s'enorgueillit d'être une bonne mère et une bonne épouse.

Photo de chômeurs mangeant à une soupe populaire de Montréal

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Mary Bolduc sympathisait avec les Montréalais sans emploi

Les spectacles de Mme Édouard Bolduc cessent brusquement par suite d'un grave accident de la circulation survenu en juin 1937. Alors que sa troupe revenait de Rivière-du-Loup, au Québec, où elle s'était produite, l'automobile que conduisait Henri Rollin, directeur de la tournée, entre en collision avec un autre véhicule. Mary Bolduc est gravement blessée; elle subit une fracture de la jambe, une fracture du nez et une commotion cérébrale. À l'hôpital de Rimouski, les médecins découvrent une tumeur maligne. Par la suite, sa santé fragile ainsi que les traitements fréquents de radiation reçus à l'Institut du radium de Montréal limitent ses activités musicales.

À la suite de la collision, Mary Bolduc poursuit en justice Henri Rollin après le refus de sa compagnie d'assurances de défrayer les coûts de l'accident. Elle fait valoir à la cour qu'elle ne peut plus composer de chansons à cause de ses pertes de mémoire et de son incapacité de se concentrer découlant de la commotion cérébrale. Alors qu'elle a toujours chanté et joué de mémoire, elle constate qu'elle mélange maintenant les paroles de ses chansons dans ses spectacles et cela l'inquiète. La poursuite continue en 1938, mais ne se déroule pas bien pour Mary. En effet, comme elle a toujours eu l'habitude de ne pas déposer ses gains à la banque, elle ne peut prouver à la cour les sommes qu'elle a touchées avant l'accident.

La Bolduc n'apparaît pas sur scène durant une année complète. À l'été 1938, elle se produit à Montréal et dans les environs seulement. Elle se remet suffisamment pour participer à une émission de radio en janvier 1939 et pour réaliser ses deux derniers enregistrements (dont l'un au sujet de l'accident) le mois suivant. Cette même année, la cour lui accorde un paiement partiel de 1 500 $. Mary Bolduc succombe au cancer le 20 février 1941, à l'âge de 46 ans.

Publicité dans un jounal montrant une image de La Bolduc

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Au sommet de sa carrière - annonce des enregistrements et de l'émission radiophonique de La Bolduc

La carrière musicale de Mary Bolduc a duré à peine plus de dix ans, mais elle est arrivée durant cette courte période à une popularité inégalée en Amérique du Nord française. Ce qui, au départ, constituait un simple effort pour subvenir aux besoins de sa famille s'est transformé en un véritable héritage musical. Cette femme traditionnelle, sans éducation, serait bien étonnée d'apprendre qu'on la vénère aujourd'hui comme la « pionnière des chansonniers », la première auteure-compositrice-interprète populaire du Québec.

Mary Bolduc a inspiré des musiciens québécois influents comme Clémence Desrochers et Luc Plamondon. (Voir L'influence musicale de La Bolduc -- La pionnière des chansonniers.) Plus d'un demi-siècle plus tard, on étudie encore ses chansons comme si elles étaient des chroniques officieuses de la vie des Canadiens français pendant la Crise économique. (Voir Les ballades de La Bolduc -- Chroniques chantées de l'actualité au Québec, 1930-1940.) La vie et la musique de La Bolduc ont fait l'objet de nombreux ouvrages, d'enregistrements et même de documents à l'écran. (Voir Ouvrages sur Mary Travers Bolduc et ses chansons.) En fait, La Bolduc jouit aujourd'hui d'un plus grand respect que lorsqu'elle était au sommet de sa gloire. Elle est devenue un mythe représentant les groupes défavorisés des années 1930, plus particulièrement les femmes, les Québécois et les chômeurs.

Le style musical de La Bolduc -- naturel, simple et improvisé -- lui était unique. Elle est demeurée fidèle à son héritage de chansons françaises-irlandaises, en dépit des nombreuses personnes qui ont décrié les paroles vulgaires de ses chansons, la grammaire incorrecte et la mauvaise prononciation de son français, ainsi que ses airs peu raffinés et répétitifs.

Malgré sa popularité, Mary Bolduc était une femme de traditions qui croyait que son rôle le plus important était celui d'épouse et de mère. Par la centaine de chansons qu'elle nous a léguées, elle a aussi donné naissance à quelque chose d'aussi marquant et d'aussi durable : la musique folklorique du Québec moderne. En tant que poète lauréate officieuse de son peuple, cette reine des chanteurs folkloriques canadiens a donné aux ouvriers et aux ouvrières du Québec leur voix en chanson.


Références

Bolduc, Édouard, Mme ; Joyal, Jean-Pierre ; Remon, Lina. -- Madame Bolduc [musique] : paroles et musiques. -- [Compilées par] Lina Remon avec la collaboration de Jean-Pierre Joyal. -- Montréal : Guérin, c1993. -- 244 p. -- No AMICUS 13434595

Bolduc, Édouard, Mme ; Laframboise, Philippe. -- La Bolduc : soixante-douze chansons populaires. -- Édition préparée et présentée par Philippe Laframboise. -- Montréal : VLB éditeur, 1992. -- 218 p. -- No AMICUS 12202476

« Bolduc, Madame ou La ». -- Encyclopédie de la musique au Canada. -- Sous la direction d'Helmut Kallmann et al. -- 2e éd. rev. et augm. -- [Saint-Laurent, Qué.] : Fides, 1993. -- No AMICUS 13213211

« La Chanson au Québec ». -- Encyclopédie de la musique au Canada. -- Sous la direction d'Helmut Kallmann et al. -- 2e éd. rev. et augm. -- [Saint-Laurent, Qué.] : Fides, 1993. -- No AMICUS 13213211

« Chansonniers ». -- Encyclopédie de la musique au Canada. -- Sous la direction d'Helmut Kallmann et al. -- 2e éd. rev. et augm. -- [Saint-Laurent, Qué.] : Fides, 1993. -- No AMICUS 13213211

Day, Pierre. -- Une histoire de La Bolduc : légendes et turlutes. -- Montréal : VLB éditeur, c1991. -- 132 p. -- No AMICUS 10891939

« Fonds de la Compo Company Ltd. ». -- Bibliothèque nationale du Canada [en ligne]. -- [Réf. du 9 juin 2003]. -- Accès : www.collectionscanada.gc.ca/4/7/m15-294-f.html

« Fonds Gabriel-Labbé ». -- Bibliothèque nationale du Canada [en ligne]. -- [Réf. du 9 juin 2003]. -- Accès : www.collectionscanada.gc.ca/4/7/m15-390-f.html

« Fonds Philippe-Laframboise ». -- Bibliothèque nationale du Canada [en ligne]. -- [Réf. du 10 juin 2003]. -- Accès : www.collectionscanada.gc.ca/4/7/m15-391-f.html

Lonergan, David. -- La Bolduc : la vie de Mary Travers, 1894-1941 : biographie. -- Bic, Qué. : Isaac-Dion Éditeur, [1992]. -- 212 p. -- No AMICUS 11349098

Madame Bolduc. -- Madame Bolduc : l'œuvre complète incluant cinq versions inédites [enregistrement sonore]. -- Orléans, ON : Lucien Desjardins, 1994. -- Publisher no. OCT 502-2 Les Productions Octogone. -- 4 DC. -- No AMICUS 26947837

Thérien, Robert. -- « L'histoire de l'industrie du disque au Québec », octobre 2000, manuscrit inédit

Tremblay-Matte, Cécile. -- La chanson écrite au féminin : de Madeleine de Verchères à Mitsou, 1730-1990. -- Laval, Qué. : Éditions Trois, 1990. -- 390 p. -- No AMICUS 10922066