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Le Gramophone virtuel
Enregistrements Historiques Canadiens

Historique

Les premiers enregistrements sonores et l'invention du gramophone

On peut dire que l'histoire de l'enregistrement sonore au Canada a commencé le 17 mai 1878 par une démonstration de la machine parlante nouvellement inventée par Edison, à savoir le phonographe, à la résidence du gouverneur général à Ottawa. Le comte de Dufferin et ses invités ont parlé grec et ont chanté des chansons populaires, puis ils ont écouté la reproduction de leur voix par la machine. Même si la nouvelle invention a été accueillie avec stupéfaction et joie (et dans l'intérêt des premiers ethnologues qui ont entrepris d'enregistrer le langage et la musique des autochtones), l'enregistrement sonore n'est devenu une forme de divertissement qui a remporté un succès commercial qu'à l'arrivée d'Emile Berliner et de son gramophone.

Photo d'Emile Berliner lorsqu'il était jeune homme

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Emile Berliner lorsqu'il était jeune homme

M. Berliner est né à Hanovre, en Allemagne, en 1851. À la fin de ses études, en 1865, il a été apprenti peintre. En 1870, il a immigré aux États-Unis et s'est tout d'abord établi à New York, où il a effectué de petits travaux afin d'assurer sa subsistance. En 1877, il a décidé de déménager à Washington, D.C., car on lui avait offert un emploi de commis dans une mercerie dont le propriétaire était un compatriote allemand.

C'est durant cette période que M. Berliner a commencé à expérimenter avec la technologie associée au téléphone nouvellement inventé. Il a conçu et fait breveter un émetteur avec pastille de carbone en 1877 1, qui a été acheté par Alexander Graham Bell pour la somme de 100 000 $ et de 5 000 $ par année pour garder Berliner sous contrat. Cet argent a permis à Berliner de se consacrer exclusivement à la création du gramophone.

Photo du phonautographe de Léon Scott, de Martinville, en 1857

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Phonautographe de Léon Scott, de Martinville, en 1857

Les idées et les principes démontrés d'une manière pratique sur lesquels Berliner a basé son invention étaient connus depuis fort longtemps. Le son produit des vibrations qui, à leur tour, impriment un mouvement à une aiguille reliée à un diaphragme qui se déplace ensuite sur une surface en rotation selon un mode oscillatoire. Lorsque l'aiguille se déplace dans le sillon gravé par la vibration acoustique, le son est alors reproduit. La première machine documentée qui a enregistré les ondes acoustiques était le phonautographe du Français Léon Scott de Martinville, en 1857. L'appareil était composé d'un diaphragme et d'une soie de sanglier qui traçaient une ligne sinueuse latérale sur un cylindre actionné manuellement et enrobé de noir de lampe. Malgré le fait que le phonautographe créait un analogue visuel des ondes acoustiques, la machine ne pouvait pas reproduire ces sons.

Vingt ans plus tard, Thomas Edison, fils de parents canadiens, a inventé le phonographe alors qu'il travaillait sur le télégraphe à répétition. Le premier phonographe était doté d'un cylindre recouvert d'une feuille d'étain et monté sur une vis à manivelle. Il possédait un style rigide qui, contrairement aux styles du phonautographe et, plus tard, du gramophone, gravait le sillon à la verticale. Edison a breveté son invention en 1878 et, assuré de sa protection, l'a abandonné pour se consacrer à l'invention de l'ampoule à incandescence.

En 1880, Alexander Graham Bell a créé un établissement de recherches en électroacoustique à Washington, D.C. (la Volta Laboratory Association) avec l'argent qu'il avait reçu de l'Académie des sciences de la France en reconnaissance de l'invention du téléphone. Il a engagé son cousin, Chichester Bell, ainsi qu'un scientifique anglais, Charles Sumner Tainter, qui a vite fait de détourner leur attention vers la conception d'un phonographe amélioré basé sur le brevet anglais d'Edison daté de 1878. En 1885 et 1886 respectivement, ils ont obtenu un brevet d'invention canadien et américain pour leur machine, qu'ils ont baptisée graphophone. Il ressemblait au phonographe mais comptait quelques améliorations importantes. Au lieu d'une feuille d'étain, qui était difficile à enlever et à remplacer sans endommager l'enregistrement, Bell et Tainter ont utilisé des cylindres de carton enrobés de cire. En plus de la plus grande facilité de manipulation, l'utilisation de la cire permettait également de produire un enregistrement de qualité supérieure et permettait une utilisation plus longue. De plus, Bell et Tainter ont utilisé un mécanisme d'horlogerie, une pédale et, par la suite, un moteur électrique au lieu de la manivelle d'Edison.

Esquisse du gramophone tirée du brevet canadien d'Emile Berliner no 55079

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Esquisse du gramophone tirée du brevet canadien d'Emile Berliner no 55079

Edison et Volta Associates percevaient la machine parlante principalement comme un outil de travail, une machine à dicter qui pourrait remplacer les sténographes. Lorsque Berliner a entrepris de développer le gramophone, il a décidé d'approcher la technologie d'un point de vue différent, ce qui lui a permis de contourner entièrement les brevets d'Edison et de Bell-Tainter. Il s'est inspiré du phonautographe et a conçu une machine qui utilisait des disques au lieu de cylindres, et un enregistrement latéral au lieu de vertical. Selon le processus de Berliner, le tracé sonore était tout d'abord dessiné côte-à-côte, en spirale, sur un disque de zinc, puis, ce disque original était plaqué par galvanoplastie afin de créer un négatif qui servait ensuite à graver des copies dans un caoutchouc vulcanisé (et plus tard dans une laque) - un procédé mieux adapté à la production de masse de cette forme de divertissement musical.

1 Thomas Edison a breveté un émetteur similaire, ou microphone, la même année et une certaine controverse règne à savoir à qui doit être attribué l'invention du microphone.

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