Jusqu'aux années 1970, toute la technologie de l'enregistrement se base sur la création, sur un disque ou un ruban, d'un signal analogique des ondes sonores originales. En dépit des nombreuses améliorations progressives, il devient de plus en plus difficile et coûteux de réduire davantage les bruits parasites et la distorsion. Aussi, les chercheurs audio se mettent-ils à expérimenter les techniques numériques exploitées en tout premier lieu par les industries de l'informatique et des télécommunications. La numérisation d'un signal électrique audio exige de capter une onde plusieurs milliers de fois par seconde, de mesurer l'amplitude de chaque onde et d'y affecter une valeur binaire à partir d'un nombre limité de telles valeurs. L'enregistrement sur ruban qui s'ensuit consiste en une série codée de signaux de marche ou d'arrêt, dénommés « bits ». Contrairement à l'enregistrement analogique, sur lequel les bruits et les distorsions ont tendance à s'accumuler à chaque étape d'enregistrement et de production, l'enregistrement numérique permet de recréer clairement le signal tant que les valeurs binaires simples restent reconnaissables. De plus, on peut effectuer électroniquement d'infimes modifications, en changeant la valeur de certains bits individuels.

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Convertisseur analogique-numérique Sony PCM-1, fin des années 1970 (MSTC; 1998.0034)

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Lecteur de disques compacts Sony CDP-101, 1983 (MSTC; 1983.0340)
La démonstration du premier magnétophone numérique a lieu en 1967 au Japon, et les premiers enregistrements numériques sont lancés sous la marque Denon en 1972. Le premier enregistreur audionumérique commercialisé est le modèle PCM-1 de Sony. Lancé en 1977, le PCM-1 convertit un signal d'entrée analogique en signal numérique, qui est alors enregistré sur une cassette vidéo standard, dans un magnétoscope ordinaire. Au début, on vendait toujours les enregistrements numériques en format analogique sur disques en vinyle. Mais en 1982, Sony et Philips mettent sur le marché les premiers disques compacts, ainsi que les lecteurs pour ces disques. Sur un disque compact, on incorpore les données numériques sous forme de millions de bits microscopiques sur la couche réflective en aluminium du disque. Le lecteur de disques compacts utilise un lecteur optique pour déchiffrer les configurations de bits et convertir les impulsions électriques résultantes en un signal analogique capable d'actionner un haut-parleur. Ce système optique élimine les frictions et les bruits parasites normalement provoqués par le contact physique entre le stylet et le disque. En 1987, on lance un autre type d'enregistrement numérique, soit la bande audionumérique (DAT). Sur cet enregistrement, les données numériques sont enregistrées sur une cassette légèrement plus petite que la cassette analogique. En raison de l'opposition des maisons de disques à une technique capable de produire des copies parfaites de disques compacts, peu de DAT ont été commercialisées sur le marché nord-américain. Mais ces appareils sont devenus fort répandus dans les entreprises d'enregistrement professionnel.

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Lecteur de musique numérique iPod de Apple, 2004 (MSTC; 2005.0003)
Les appareils d'enregistrement numérique continuent d'évoluer. Au cours des 10 dernières années, la découverte la plus importante et la plus inattendue a été l'échange répandu de fichiers de musique numérique sur Internet. Cela a pu se faire grâce à un certain nombre de découvertes techniques, notamment des logiciels pour « voler » des chansons sur des cédéroms déjà en vente dans le commerce, des logiciels de compression qui réduisent la taille de ces fichiers de musique en éliminant les données redondantes ou inutiles (p. ex. les MP3), et des logiciels de partage de fichiers (comme Napster, Kazaa et LimeWire) qui permettent la permutation de ces fichiers dans Internet. La popularité du partage de fichiers MP3, tout particulièrement chez les jeunes, qui sont des amateurs de musique et des experts en la matière qui disposent de revenus, a vite encouragé les fabricants à proposer des lecteurs MP3 portatifs. Le premier du genre, le Elger Labs MPMan F10, et le Diamond Rio PMP300 sont apparus en 1998 et utilisent tous les deux des puces de mémoire flash pour la mise en mémoire de données, en plus d'être dotés d'une capacité limitée à une dizaine de chansons. À la fin de 1999, Remote Solutions propose le premier lecteur MP3 intégrant un disque dur magnétique, ce qui permet d'augmenter la capacité à 1 200 chansons. Deux ans plus tard, c'est au tour du iPod de Apple. L'immense popularité que connaît le partage de fichiers a ébranlé les bases de l'industrie du disque, dont les profits depuis plus d'un siècle dépendent de la limite de la capacité des acheteurs de disques de faire et de transmettre des copies gratuites et de grande qualité de leurs produits. Il n'est toujours pas clair quels arrangements seront finalement mis au point pour trouver un équilibre entre les droits des créateurs de musique et la compensation, et les droits des consommateurs de copier et partager leurs produits de manière raisonnable.
Si l'histoire du phonogramme et du tourne-disque m'était contée