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Emma Albani - Fin de carrière

 
Emma Albani, en 1899  

La réputation d'Emma Albani comme étoile internationale de l'opéra continue à s'étendre au cours des années 1880; la cantatrice remporte succès après succès dans tous les pays d'Europe. Elle se produit en Hollande, en Norvège, en Autriche, à Prague et en Hongrie et continue ses tournées dans les îles Britanniques, aux États-Unis, au Mexique et au Canada. La tournée au Canada et aux États-Unis comporte de longs voyages en train et des escales dans des hôtels aux installations douteuses de sorte qu'Emma Albani et ses compagnons de voyage connaissent leur part de difficultés. Cependant, le voyage en vaut quand même la peine grâce à l'accueil chaleureux qu'ils reçoivent souvent à leur arrivée à destination. Par exemple, en 1883, Emma Albani arrive à la gare de Montréal où l'attend une foule délirante qui l'escorte jusqu'à son hôtel où une autre foule l'attend. La foule est tellement dense qu'on doit porter la cantatrice par-dessus la tête des gens pour la faire entrer 16. Dans une entrevue accordée à un journaliste du New York Tribune, Emma décrit ainsi ses tournées de 1889-1890 aux États-Unis et au Mexique : « Nous avons été rôtis à Mexico, trempés jusqu'aux os à San Francisco, gelés à mort dans les villes de l'Ouest. Nous avons passé six jours sans escale à bord d'un train entre Chicago et Mexico. C'était horrible. Mais trois semaines au Mexique nous ont largement compensés pour tous ces déboires. Les Mexicains n'ont pas souvent l'occasion d'entendre un bon opéra et ils n'hésitent pas à payer 12 $ pour un billet et à vivre au pain et à l'eau 17. » [traduction libre]

 
  Lettre qu'a écrite à Emma Albani le compositeur Arthur Sullivan du célèbre duo Gilbert et Sullivan

Au cours des années 1880, Emma Albani rencontre plusieurs compositeurs renommés. À une réception à Londres en mars 1886, elle fait la connaissance du compositeur-pianiste Franz Liszt. Celui-ci lui exprime son admiration pour son talent après l'avoir entendue chanter le premier rôle dans son oratorio La Légende de Ste-Élisabeth. Emma Albani a aussi une grande amitié avec le compositeur sir Arthur Sullivan (de Gilbert et Sullivan) et elle chante son oratorio Golden Legend au Festival de Leeds de 1886. Elle rencontre Johannes Brahms lors d'une visite à Vienne. Sa prestation d'un extrait du Requiem allemand émeut le compositeur jusqu'aux larmes 18.

 
En 1896, Emma Albani a chanté le rôle d'Elsa dans Lohengrin de Wagner, partageant la vedette avec la légende de l'opéra Jean de Reske  

À sa dernière saison à Covent Garden (1896), Emma Albani chante un nouveau rôle -- Isolde dans Tristan und Isolde de Wagner. Elle partage la scène avec le fameux ténor Jean de Reszke et tous deux reçoivent des critiques élogieuses. Albani se retire de la scène de Covent Garden peu après cette présentation, mais sa carrière est loin d'être terminée. Elle entreprend une tournée du Canada en 1896, donnant des concerts à Halifax, à Montréal, à Toronto, à Ottawa, à Winnipeg et à Vancouver. En 1898, elle apparaît devant une foule de 3 000 personnes à Sydney (Australie), avant de poursuivre sa tournée à Brisbane, à Melbourne et à Adelaide 19. Elle continue à recevoir des invitations de la reine Victoria à chanter au château de Windsor et, au décès de la Reine, en janvier 1901, elle chante en solo aux dernières cérémonies à la St. George's Chapel.

 
  Une fois sa carrière comme chanteuse d'opéra terminée, Emma Albani a continué à donner des concerts et à interpréter des oratorios en Europe, en Amérique du Nord et même en Australie. Sa carrière professionnelle aura duré quarante ans

Vers la fin de sa carrière, les engagements d'Emma Albani la conduisent en Tasmanie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et en Inde. Elle réalise également plusieurs enregistrements vers 1904. Ces enregistrements comprennent des arias de Haendel, l'« Ave Maria » de Gounod et « L'Été » de la compositrice Cécile Chaminade. Emma Albani est déjà à son déclin lorsqu'elle fait ces enregistrements -- en réalité, dès 1896, on sait que sa voix a commencé à se détériorer. Une critique d'un concert donné à Massey Hall à Toronto décrit sa prestation comme suit : « Albani demeure merveilleuse dans son volume et sa « braviture », mais la musicalité de sa voix s'est estompée; l'implacable dureté qui révèle l'usure et la fatigue commence à s'installer 20. » [traduction libre]

 
Après son retrait de la scène, Emma Albani a éprouvé des problèmes financiers et a commencé à enseigner pour augmenter ses revenus  

Le 14 octobre 1911, à l'âge de 54 ans, Emma Albani se produit pour la dernière fois en public. Un an plus tard, elle publie Forty Years of Song, ouvrage dans lequel elle raconte sa carrière longue et mouvementée dans laquelle elle a tenu plus de 35 rôles à l'opéra. À sa retraite, Emma et son mari continuent à vivre dans leur maison de Kensington, mais, par suite de mauvais placements, ils éprouvent de grandes difficultés financières. Emma commence à enseigner et même à se produire au music-hall pour gagner sa vie. Mais vers le milieu des années 1920, sa situation financière est désespérée. Heureusement, on organise des concerts à son bénéfice à Montréal, à Londres et à Chambly, sa ville natale, qui permettent de recueillir suffisamment de fonds pour lui assurer une existence confortable jusqu'à sa mort en 1930.

 
  En 1980, on s'est servi de cette photo pour créer un timbre canadien, mis en circulation en l'honneur du 50e anniversaire de la mort d'Emma Albani

Avant sa mort, le roi George V honore Emma Albani du titre de Dame Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique. En 1939, les citoyens de Chambly procèdent au dévoilement d'une plaque en son honneur et une rue de Montréal porte son nom 21. Au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, on a fait d'autres efforts pour commémorer sa mémoire. En 1967, on republie huit de ses enregistrements à l'occasion du centenaire du Canada. En 1980, on émet un timbre commémoratif pour marquer le cinquantième anniversaire de sa mort. Son nom apparaît même dans un roman récent : l'auteure canadienne Anne-Marie MacDonald mentionne Albani et son autobiographie Forty Years of Song dans son roman à succès Fall on Your Knees.

Les succès d'Emma Albani à l'opéra, ses relations avec des compositeurs et musiciens estimés et les fervents auditoires qui ont assisté à ses représentations pendant quarante ans attestent de son professionnalisme et de ses extraordinaires talents musicaux. Plusieurs autres cantatrices canadiennes, notamment Pauline Donalda et Éva Gauthier, ont eu de brillantes carrières, mais Emma Albani a été la première Canadienne à connaître un succès phénoménal sur la scène internationale.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur les enregistrements d'Emma Albani, veuillez consulter la base de données du Gramophone virtuel.

Emma Albani, soprano et professeure de chant (1847-1930)

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