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ARCHIVÉE - En quarantaine :
la vie et la mort à la Grosse-Île, 1832-1937

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Bannière : Collage de photos en noir et blanc d'une jeune femme portant une blouse blanche, de deux hommes moustachus en tenue, de deux femmes, d'une croix celtique en pierre et de quatre personnes en tenues identiques assises sur la rampe d'un porche

La station de quarantaine de la Grosse-Île

La naissance de la station de quarantaine

Photographie en noir et blanc d'un port et de navires vus de très haut

Source

Le port, vu à partir du jardin du Gouverneur, Québec, vers 1858-1860

Dessin en noir et blanc de navires et chaloupes ainsi qu'une colline et des bâtiments au loin

Source

Des chaloupes mènent les médecins aux navires ancrés au large dans le secteur ouest de Grosse-Île, 1832

Photographie en noir et blanc de deux hommes debout sur une baie à proximité de plusieurs cannons

Source

Canons dans le secteur ouest de la Grosse-Île, avant 1910

Registre manuscrit en écriture cursive

Source

Registre intitulé « Register of River Craft furnished with Certificates of Discharge from Quarantine » (« Registre de River Craft fourni avec certificats de renvoi en quarantaine »), Grosse-Île, 1834

Registre manuscrit en écriture cursive

Source

Registre intitulé « Register of River Craft furnished with Certificates of Discharge from Quarantine » (« Registre de River Craft fourni avec certificats de renvoi en quarantaine »), Grosse-Île, 1834

Dans la première moitié du 19e siècle, un flot toujours croissant d'Anglais, d'Écossais et surtout d'Irlandais quitte les îles Britanniques pour fuir des conditions économiques difficiles. Un grand nombre d'entre eux choisissent de s'établir au Canada pour améliorer leur sort. Chaque année, d'avril à novembre, la ville de Québec, principal port d'entrée du pays, accueille plusieurs milliers d'immigrants.

Épidémies et immigration

L'ampleur de cette immigration est sans précédent dans l'histoire du Canada et elle survient au moment où de grandes épidémies s'abattent sur l'Europe. La variole, les fièvres, la rougeole et la scarlatine sont déjà présentes à bord des navires qui arrivent en Amérique. Nouvelle maladie meurtrière et foudroyante, le choléra asiatique se répand en Europe depuis 1829 et suscite ici les plus grandes craintes. On s'attend en effet à ce que les immigrants en soient des agents de transmission au Canada. Les autorités impériales dans la colonie adoptent rapidement des mesures pour assurer le contrôle sanitaire de ces immigrants. Le 25 février 1832, la Chambre d'assemblée du Bas-Canada adopte une loi créant une station de quarantaine à la Grosse Île.

La Grosse-Île

Située dans le fleuve Saint-Laurent à 48 km en aval de Québec, dans l'archipel de l'Île- aux-Grues, la Grosse-Île occupe une position stratégique. Proche du port de Québec, au centre des chenaux de navigation, et dotée de sites naturels propices à l'ancrage, la Grosse-Île est un choix incontournable. Occupée jusqu'alors par un seul fermier, l'île est réquisitionnée par l'armée britannique. C'est à cet endroit que tous les navires doivent dorénavant se présenter afin que les malades contagieux y soient traités. Les autorités espèrent ainsi empêcher l'introduction du choléra dans la colonie.

En vertu de la loi de quarantaine, tous les navires transportant des personnes, des biens ou des marchandises en provenance de ports infectés doivent s'arrêter à la Grosse-Île pour y subir une inspection médicale obligatoire. Les mesures comprennent également la détention des malades et de ceux ayant été en contact avec eux, en plus de la désinfection des navires et de leur contenu.

L'arrivée des navires à la Grosse-Île

Dans un premier temps, les pilotes qui prennent en charge les navires à l'embouchure du Saint-Laurent remettent une copie de la loi aux capitaines. Une fois le bateau arrivé au large de l'île, un inspecteur médical monte à bord. Le médecin vérifie la liste des passagers et le journal de bord, qui contient la déclaration des maladies et des décès survenus pendant la traversée. Tout navire qui continue sa route sans s'arrêter s'expose aux tirs des canons de la station.

Les maladies qui justifient une quarantaine des passagers sont le choléra asiatique, la variole, le typhus, la peste et la fièvre jaune. Les cas sévères de rougeole, de scarlatine, de diphtérie ou d'autres de ces maladies dites mineures sont également traités à la station.

Le médecin rassemble les passagers et l'équipage sur le pont supérieur afin de déceler chez eux des signes avant-coureurs tels que la fièvre et les éruptions cutanées. Il examine ensuite les malades confinés dans l'entrepont ou dans l'hôpital du navire. Finalement, il vérifie l'état de salubrité du navire. À la lumière de ces informations, le médecin décide soit de libérer le navire en lui délivrant le certificat requis pour accoster au port de Québec, soit de le garder en quarantaine.

Au cours des ans, l'inspection des navires bénéficie des progrès technologiques. Ainsi, à partir de 1886, un bateau à vapeur remplace les chaloupes à rames pour conduire le médecin jusqu'au navire ancré au large. Par ailleurs, un changement important survient en 1924 : à la suite d'une réorganisation du fonctionnement de la quarantaine, l'inspection des navires ne se fait plus à la Grosse-Île mais bien à Pointe-au-Père, près de Rimouski, le même endroit où les pilotes du Saint-Laurent prennent en charge la conduite des bateaux.

La quarantaine

Une fois le navire mis en quarantaine, les passagers d'entrepont malades sont dirigés vers les hôpitaux de la station, alors que les passagers ayant été en contact avec les malades sont débarqués dans des logements pour être gardés sous observation. La période de détention ne dure pas 40 jours, comme le laisse croire le terme « quarantaine », qui fait plutôt référence aux 40 jours de jeûne de Jésus dans le désert. En réalité, les passagers d'entrepont sont détenus entre trois et 15 jours en moyenne, selon le temps d'incubation reconnu pour chacune des maladies. Mais l'apparition de cas prolonge la quarantaine. Quant aux passagers de cabine ou de première classe, ils ne sont débarqués que s'ils sont atteints d'une maladie contagieuse. Sur l'île, les malades et les passagers en observation sont isolés les uns des autres et tout contact entre eux est interdit.

La Loi sur la quarantaine stipule que les navires à bord desquels la maladie s'est déclarée doivent subir une désinfection à la Grosse-Île avant d'obtenir la permission de continuer leur route vers Québec. Le processus de désinfection touche le navire et tout son contenu. Dans les premières années, la désinfection du navire s'effectue en aérant et en utilisant des produits puissants comme le soufre pour chasser les mauvaises odeurs que l'on associe, à cette époque, à la présence des maladies contagieuses. On demande aux passagers de se nettoyer et de laver leurs effets dans le fleuve.

Une quarantaine efficace

La découverte de la bactérie du choléra par Robert Koch en 1884 et l'élaboration de moyens éprouvés de la détruire - tels la vapeur surchauffée, le bichlorure de mercure, le dioxyde de soufre et le formaldéhyde - assurent l'efficacité de la désinfection. La mise en place, dans les années 1880 et 1890, de cette nouvelle désinfection (dite scientifique dans les stations de quarantaine) est issue d'une concertation entre le Canada, les États-Unis et le Mexique pour empêcher l'introduction d'une grave épidémie de choléra en Amérique du Nord. La station de la Grosse-Île, la plus importante au Canada, est la première à être équipée. Le surintendant, Frederick Montizambert, est le maître d'œuvre de la réorganisation des stations de quarantaine au Canada.

Au cours de ses quelques cent ans d'existence, la station de quarantaine de la Grosse-Île connaît une évolution marquée. La précipitation, les tâtonnements et l'ignorance qui marquent les premières décennies se doublent du laxisme des capitaines des navires désireux de contourner la loi et des pressions qu'ils exercent afin d'obtenir des adoucissements dans son application. À partir des années 1880, la quarantaine présente un tout autre visage. Son organisation bien pensée et rigoureuse garantit, dans les limites des connaissances, l'efficacité de son rôle de barrière.

Le déclin de la station de quarantaine de la Grosse-Île

Après la Première Guerre mondiale, l'immigration connaît une forte baisse, les coûts d'exploitation de la Grosse-Île sont élevés, et les malades moins nombreux. Les maladies contagieuses bénignes sont traitées à l'Hôpital du Parc Savard de Québec à partir de 1924. Les derniers patients à être traités à la station de quarantaine le sont en 1927 et ils sont atteints de variole. Les immenses progrès de la médecine bactériologique et la crise économique de 1929 relèguent la Grosse-Île à une simple station d'urgence. À l'été de 1937, on annonce la fermeture de la station de quarantaine.

Venez découvrir, dans la Galerie - La naissance de la station de quarantaine, d'autres pièces de la collection de Bibliothèque et Archives Canada.