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ARCHIVÉE - En quarantaine :
la vie et la mort à la Grosse-Île, 1832-1937

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Bannière : Collage de photos en noir et blanc d'une jeune femme portant une blouse blanche, de deux hommes moustachus en tenue, de deux femmes, d'une croix celtique en pierre et de quatre personnes en tenues identiques assises sur la rampe d'un porche

La vie et la mort en quarantaine

La vie et la mort en mer

Les navires à voile

Illustration dans un journal en noir et blanc de personnes qui flânent sur le pont d'un navire

Source

« Emigrants on the Forecastle » (« émigrants sur le gaillard d'avant ») du Canadian Illustrated News, 30 juillet 1870

Photographie en noir et blanc de personnes qui flânent sur le port d'un navire

Source

Le navire Lake Huron transportant des immigrants doukhobors au Canada en 1899. Il est détenu en quarantaine à Grosse-Île, car des cas de variole sont découverts à bord

Photographie en noir et blanc d'un groupe de personnes regardant une femme qui joue à la corde à sauter sur le pont d'un navire

Source

Immigrants jouant à la corde à sauter en route vers le Canada à bord du SS Empress of Britain, vers 1910

Durant la première moitié du 19e siècle, plusieurs immigrants qui s'aventurent sur les navires à voile en direction de l'Amérique ne se rendent jamais à destination en raison des conditions pénibles de traversée. À cette époque, le transport en mer n'est pas réglementé et les entreponts des navires, aménagés pour entasser des marchandises, ne conviennent pas au transport des passagers.

Le manque d'espace, d'aération, de denrées et d'eau est constant sur la majorité des voiliers. De 200 à 400 passagers s'entassent dans l'entrepont. Le nombre insuffisant de couchettes les oblige souvent à dormir à tour de rôle. Par beau temps, les passagers peuvent s'allonger sur la partie inférieure du pont, mais les fréquentes tempêtes les confinent pendant des jours dans un entrepont sale, sans air et jonché de bagages et de détritus de toutes sortes. L'eau potable et les denrées se gâtent rapidement. Les provisions viennent rapidement à manquer si l'arrivée du navire à Québec est retardée par un calme plat, des vents contraires ou encore des glaces. Tous ces facteurs auxquels s'ajoute le mal de mer, favorisent l'apparition et la transmission de maladies trop souvent mortelles.

Les lois de Grande-Bretagne sur les passagers

Entre 1803 et 1855, les Lois sur les passagers se succèdent afin d'améliorer le séjour en mer. La première, en 1803, ordonne l'embarquement de vivres et d'eau pour un minimum de douze semaines, la présence d'un médecin à bord et le respect du nombre limite de voyageurs selon la capacité du navire. Mais ces dispositions sont facilement contournées par les capitaines des navires. Ainsi, des immigrants sont embarqués clandestinement en cours de route dans des lieux retirés des ports d'embarquement. Les provisions et l'espace requis par personne ne correspondent plus aux normes prescrites. Les capitaines vendent des denrées à des prix exorbitants que ne peuvent payer les plus pauvres.

La propreté à bord, bien que faisant partie des règlements, est souvent négligée jusqu'à la veille de l'arrivée du navire à la Grosse-Île, et l'inspecteur de la station doit régulièrement signaler l'état de malpropreté des lieux.

En 1855, la publication de la dernière grande Loi sur les passagers marque une véritable amélioration de la qualité du séjour à bord. Le nombre de passagers permis est réduit de 25 %, un hôpital est aménagé sur le pont supérieur pour isoler les malades, des vivres en quantité et en variété suffisantes sont embarqués et on sert même des repas chauds. Ces nouvelles mesures coïncident avec l'arrivée d'un mode de transport amélioré : le navire à vapeur.

Les navires à vapeur

L'avènement de la navigation à vapeur au milieu du 19e siècle révolutionne le transport des immigrants vers l'Amérique du Nord. En 1867, 92 % des voyageurs sont transportés à bord des navires à vapeur. Vers 1900, les grands paquebots de la Dominion Line, de la Beaver Line et du Canadian Pacific, qui font les traversées atlantiques au début du 20e siècle, offrent confort, vitesse et sécurité et peuvent contenir jusqu'à 2 000 personnes.

Les traversées qui nécessitaient de huit à douze semaines se font dorénavant en une douzaine de jours. Les conditions à bord s'en trouvent considérablement améliorées. Les maladies sont moins présentes et les retards reliés aux vents sont atténués. L'eau et les vivres embarqués suffisent à nourrir tous les passagers, il ya même des salles à manger. Soupe, bœuf, légumes, pain, fruits, marmelade, fromage, biscuits et thé figurent au menu.

L'installation de nouveaux entreponts permet d'aménager des compartiments séparés pour les femmes et les hommes ainsi que des salles de lecture. De plus, une ventilation plus efficace et l'installation d'eau chaude et d'électricité ajoutent au confort des passagers.

Les loisirs à bord

Par beau temps, la promenade sur le pont permet de quitter momentanément l'atmosphère fétide de l'entrepont. Lors des tempêtes, la lecture en groupe de psaumes et de prières et la tenue de services religieux apporte espoir et réconfort aux passagers apeurés. La danse, la musique, les jeux de cartes et d'échecs, le tir de bouteilles à la mer, la préparation des repas, le tricot et même le lavage des vêtements divertissent ceux qui ne souffrent pas du mal de mer.

Les passagers sont émerveillés par les requins, les morses, les baleines, les phoques et les oiseaux annonciateurs de tempête qu'ils croisent en mer. La pêche à la morue permet d'agrémenter leurs repas. La présence saisissante de nombreux icebergs près de Terre-Neuve impressionne autant qu'elle suscite la crainte. Lors de situations d'urgence, la contribution des passagers est sollicitée. Par exemple, en 1842, trois semaines avant son arrivée à la Grosse-Île le navire Lord Canterbury, en provenance de Bristol, frappe un iceberg. Les passagers doivent actionner les pompes et remplir des seaux jour et nuit pour éviter que le navire sombre.

Les immigrants connaissent de nombreux moments de mélancolie en pensant aux membres de leur famille et aux amis laissés derrière eux ainsi qu'à leur lieu d'origine, où sont enterrés des êtres chers. Mais l'espoir d'une vie meilleure ranime leur courage et leur détermination. Les paysages des rives du fleuve Saint-Laurent avec leurs maisons blanches, les toitures étincelantes des églises et la végétation abondante les charment et attisent leur curiosité pour leur nouveau pays d'adoption.

Les décès en mer

Les décès sont une triste réalité pour les passagers. La malnutrition chez les jeunes enfants, le décès des bébés après leur naissance à bord, les maladies contagieuses mortelles, l'aggravation des maladies moins sévères, les blessures, les suicides, les noyades, les naufrages et les affections cardiaques font partie des évènements qui mettent abruptement fin au voyage. En 1847, près de 5 000 personnes, en majorité des Irlandais, décèdent, principalement du typhus et de la dysenterie, dans les navires en direction de l'Amérique.

Un dernier repos

Les dépouilles sont placées dans des sacs de toile qui sont cousus puis jetés à la mer. Une brève cérémonie dirigée par le capitaine a lieu sur le pont supérieur lorsque le temps le permet. Dans les cas de choléra, les effets du défunt sont brûlés. Si une personne décède à bord d'un navire et que ce dernier se trouve à moins de 30 km d'une station de quarantaine ou d'une ville portuaire, le corps est gardé à bord pour être inhumé sur la terre ferme.

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