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ARCHIVÉE - En quarantaine :
la vie et la mort à la Grosse-Île, 1832-1937

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Bannière : Collage de photos en noir et blanc d'une jeune femme portant une blouse blanche, de deux hommes moustachus en tenue, de deux femmes, d'une croix celtique en pierre et de quatre personnes en tenues identiques assises sur la rampe d'un porche

La vie et la mort en quarantaine

La vie en quarantaine

Un séjour à la station de quarantaine

Photographie en noir et blanc d'édifices en bois entourés d'arbres

Source

Ces édifices du secteur ouest ont été utilisés lors de l'épidémie de typhus en 1847, photo vers 1905

Photographie en noir et blanc de trois femmes et un homme assis sur le porche d'un grand immeuble

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L'hôtel de première classe, construit en 1912, est le plus luxueux des hôtels de détention

Photographie en noir et blanc d'un édifice en brique à deux étages

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L'Hôpital de la Marine fait partie d'un complexe de bâtiments modernes avec buanderie et dépendances, vers 1905

Photographie en noir et blanc d'une femme ayant la face et les mains couvertes de vésicules

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Femme atteinte de variole, vers 1909

Les immigrants séjournent à la Grosse-Île pour différentes raisons. Certains sont hospitalisés le temps que la guérison survienne; d'autres - d'éventuels porteurs d'une maladie contagieuse - sont soumis à une observation médicale; et enfin, quelques-uns attendent que leurs proches reçoivent leur congé de l'hôpital.

La durée du séjour varie considérablement pendant la centaine d'années d'existence de la station. Dans les premiers temps, la détention dépend du temps d'incubation reconnu pour chacune des maladies contagieuses. Par exemple, la quarantaine durera quinze jours pour la variole et sept jours pour le choléra. Chaque nouveau cas qui se déclare prolonge le séjour. Avec l'avènement de la désinfection scientifique durant les années 1880-1890, les nouveaux arrivants sont libérés plus tôt car les autorités s'assurent de l'élimination complète des bactéries avant qu'ils ne partent pour Québec.

Du logement sur pilotis à l'hôtel spacieux

Dans les années 1830, les installations de quarantaine ne peuvent accueillir que les passagers d'entrepont d'un seul navire, soit en moyenne 300 personnes. Le bateau suivant doit attendre leur départ avant de débarquer ses voyageurs sur l'île. La construction d'un grand nombre de logements au fil des ans permet d'augmenter la capacité d'accueil de la station. Jusqu'en 1892, les immigrants sont logés dans l'un ou l'autre des huit anciens bâtiments disponibles, qui peuvent héberger jusqu'à 2 000 personnes. En 1893, on construit pour les passagers de première classe un premier hôtel qui répond aux nouvelles normes de qualité de séjour à bord des navires. D'autres hôtels modernes sont érigés pour les passagers de deuxième et de troisième classe dans les années 1910.

Les activités des passagers à la station

Chaque jour, les passagers sont tenus de se laver et de nettoyer leurs effets. Ils doivent également s'aligner pour l'inspection du médecin de la station. Ce dernier surveille l'apparition de fièvre et d'éruptions cutanées, symptômes annonciateurs de maladies contagieuses. Quand un cas se présente, le patient est transféré dans le secteur des hôpitaux.

Dans les premières années d'activité de la station de quarantaine, la préparation et la cuisson des repas occupent une bonne partie de la journée des immigrants. Ils cuisinent en plein air sur des feux de bois allumés sur la grève. Les plus fortunés peuvent acheter des denrées vendues dans le magasin de l'île. On y retrouve du pain, de la farine, des légumes, de la viande, du sucre, de l'avoine, des biscuits, de la bière, du sel, des œufs et du beurre. Par contre, les plus pauvres reçoivent des rations fournies par les autorités de la station. Les capitaines des navires doivent rembourser les dépenses liées au séjour de leurs passagers sur l'île.

Dès 1857, la cuisson des aliments se fait à l'abri dans le nouveau lavoir équipé de huit fours. En 1893, une cuisine et, vers 1905, une boulangerie, sont à la disposition des cuisiniers et des boulangers des navires qui préparent les repas des immigrants. La nourriture, les ustensiles, la literie et le personnel du bateau suivent les immigrants à terre. Selon les règlements de l'époque, les compagnies maritimes sont en effet responsables de leurs passagers pendant leur détention à la station.

Les conditions d'hygiène

Jusque vers la fin du 19e siècle, des petits édifices en bois placés à la ligne de haute marée servent de toilettes aux immigrants. Avec la construction des hôtels de première, de deuxième et de troisième classe entre 1893 et 1914, les voyageurs disposent de cabinets de toilette et de bains à même leur logement.

Les activités de loisir

Bien que confinés sur l'île, les immigrants en santé peuvent se divertir. Le secteur ouest leur étant réservé, ils se promènent en forêt et sur les rochers. Ils occupent leur journée à danser, à jouer de la musique, à lire, à faire la sieste, à écrire des lettres ou dans un journal personnel, à réciter des prières et à faire la lecture du service religieux du jour. Les immigrants n'ont cependant pas accès aux églises du village.

Les immigrants malades

Entre 1832 et 1880, des 1 335 633 personnes qui arrivent par le port de Québec, 23 381 sont admises dans les hôpitaux de la station. De ce nombre, 14 094 présentent de la fièvre. Ce chiffre comprend les milliers d'immigrants irlandais qui souffrent du typhus en 1847. À cette époque, le diagnostic de fièvre est le plus fréquent car toutes les maladies contagieuses ont la fièvre comme symptôme et parce que l'on confond plusieurs maladies. La rougeole nécessite l'hospitalisation de 1 914 personnes, des enfants pour la plupart. La variole fait 1 818 malades, tandis que le choléra asiatique est contracté par 312 personnes, la majorité en 1834.

Entre 1881 et 1921, 2 029 017 entrées sont comptabilisées au port de Québec. Parmi ces gens, 10 688 sont enregistrés dans les hôpitaux de la Grosse-Île, dont 3 335 cas de maladies contagieuses, 687 cas de maladies non contagieuses et 6 646 accompagnateurs de malades. La rougeole touche 1 831 malades, alors que 201 patients sont atteints de la diphtérie, 157, de la fièvre typhoïde et 106 de la variole.

Les immigrants malades sont traités dans le secteur est. À partir de 1889, une ambulance tirée par un cheval les transporte du quai dans le secteur est jusqu'à l'Hôpital de la Marine ou à l'hôpital de la variole. Les malades sont logés dans de grandes salles en principe réservées au traitement d'une maladie contagieuse spécifique. Il arrive toutefois que l'on regroupe les enfants atteints de différentes affections, telles la rougeole, la scarlatine et la varicelle, afin qu'ils en acquièrent l'immunité.

Les passagers et les membres d'équipage ayant contracté la variole sont isolés dans un ancien logement de 1847, situé à l'écart des autres édifices. L'extrême contagiosité de la maladie nécessite du personnel immunisé et des mesures spéciales pour la préparation des repas et la désinfection des lieux. La variole est une maladie spectaculaire en raison des pustules caractéristiques qui recouvrent les patients et qui laissent des marques permanentes sur la peau. Les patients ne peuvent supporter la lumière du jour. C'est pourquoi, à partir de 1904, la salle de traitement est peinte en rouge.

Aussitôt guéris, tous les patients des hôpitaux sont soumis à une dernière désinfection avant de s'embarquer sur un petit vapeur qui les conduit à Québec, d'où ils poursuivent leur voyage jusqu'à leur destination finale.

Les destinations des immigrants

Dans les années 1830 à 1850, les immigrants à bord des navires qui se présentent à Québec sont des Anglais, des Écossais et une majorité d'Irlandais. Ils s'établissent dans le Bas-Canada et le Haut-Canada. Entre 1829 et 1851, près de 700 000 passagers débarquent à Québec. La majorité, soit 58 %, provient des ports irlandais et 27,5 % des ports anglais.

À partir des années 1850, des Allemands et des Scandinaves transitent par Québec pour se rendre en grand nombre dans les États américains de l'Ohio, du Michigan, de l'Indiana, de l'Illinois, du Wisconsin et du Minnesota. De 1852 à 1867, le port de Québec accueille environ 400 000 personnes dont 28,3 % sont des Irlandais, 21,2 % des Scandinaves, 19,2 % des Anglais et 14,2 % des Allemands. La proportion des Anglais augmente à 47,2 % dans les vingt années qui suivent.

Entre 1892 et 1913, 60 % des 1 514 452 passagers entrant au Canada sont d'origine britannique, alors que 14,6 % proviennent de l'Europe de l'Est, 10,8 % de la Scandinavie, 8,3 % de l'Europe de l'Ouest et 2,8 % du Moyen-Orient. Ces immigrants répondent à une vaste campagne de colonisation de l'Ouest canadien lancée par le Canada.

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