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ARCHIVÉE - En quarantaine :
la vie et la mort à la Grosse-Île, 1832-1937

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Bannière : Collage de photos en noir et blanc d'une jeune femme portant une blouse blanche, de deux hommes moustachus en tenue, de deux femmes, d'une croix celtique en pierre et de quatre personnes en tenues identiques assises sur la rampe d'un porche

La vie et la mort en quarantaine

La mort en quarantaine

Les ravages des maladies contagieuses

Photographie en noir et blanc d'une foule entourant un monument comportant une grande croix celtique

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Monument commémoratif érigé en 1909 en souvenir des immigrants irlandais morts en 1849

Photographie en noir et blanc d'une foule de personnes bien vêtues s'agenouillant sur le gazon en avant d'une scène

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Cérémonie religieuse en 1909 lors de l'inauguration de la croix celtique

Photographie en noir et blanc de quelques cabanes blanches et de maisons sur un littoral rocailleux vues à partir d'une colline

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Vue à partir de la croix celtique lors de l'inauguration en 1909. On peut voir le quai, le lavoir ainsi que les latrines

Photographie en gros plan d'une large plaque de vitre sur laquelle sont gravés les noms de personnes

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Sur le mémorial, vous retrouverez plus de 6 000 noms d'immigrants et d'employés enterrés à Grosse-Île

Au cours de ses 105 années d'activité, la station de quarantaine s'avère la destination finale de plusieurs passagers de navires. Avant la découverte des antibiotiques dans les années 1940, les complications des maladies contagieuses entraînent la mort d'un grand nombre de malades.

Pendant la période 1832-1880, celle dite des grandes épidémies, les hôpitaux de la Grosse-Île reçoivent 23 381 personnes, incluant les malades et les gens qui les accompagnent. De ce nombre, 4 815 trouvent la mort. Les affections les plus meurtrières sont les fièvres (principalement le typhus), fatales pour 3 847 personnes en 1847; puis viennent le choléra, qui fait 223 victimes en 1832; la variole qui en fait 134 en 1834; et la rougeole qui a causé 213 décès, en majorité des enfants.

De 1881 à 1927, grâce aux progrès de la médecine et de la technologie, le bilan des hôpitaux est très différent puisque le nombre d'admissions baisse à 10 688 et le taux de décès, à 94 - 3 du choléra, 4 de la variole, 17 d'une sorte de fièvre et 70 de la rougeole.

1847, l'année infernale

Aux prises depuis deux ans avec une famine, quelque 100 000 Irlandais s'embarquent pour l'Amérique du Nord en 1847. Au départ d'une traversée périlleuse, plusieurs sont déjà affamés et malades. Durant le voyage, ils contractent différentes maladies mais c'est principalement la fièvre des navires - le typhus - qui fait des ravages. Elle est transmise par le pou du corps qui se loge dans les coutures des vêtements des voyageurs. Les principaux symptômes sont une forte fièvre, des maux de tête, de la prostration, une éruption couvrant le tronc et les membres ainsi que des douleurs dans tout le corps. À la Grosse-Île, le personnel est dépassé par l'arrivée massive des passagers atteints du typhus et de la dysenterie (causée par l'ingestion d'eau corrompue). Les inspecteurs médicaux dénombrent aussi plusieurs morts dans les entreponts des navires.

Malgré la dévotion du personnel, le cimetière aménagé en 1832 dans le secteur Ouest ne cesse de s'étendre. On enterre une moyenne de 40 à 50 corps par jour, et parfois le chiffre grimpe à 90. Le cimetière est transformé en fosses communes. À certains endroits, trois cercueils sont empilés les uns sur les autres. Malgré cette mesure extraordinaire, les inhumations sont faites dans le plus grand respect par les prêtres catholiques et les ministres protestants. Par l'entremise des curés des paroisses environnantes, des centaines d'orphelins sont pris en charge par des familles canadiennes, prouvant ainsi l'ampleur de la solidarité de la population face au drame vécu par les Irlandais.

À la suite de cette tragédie, un monument aux médecins est érigé par le surintendant de la station, le docteur George Mellis Douglas. Il témoigne des événements dramatiques survenus à la Grosse-Île, à l'époque des grandes épidémies. On peut y lire les noms des médecins qui ont payé de leur vie leur dévouement auprès des immigrants malades : Benson, Pinet, Mailhot, Christie et Jameson, victimes du typhus en 1847, et le docteur Panet, décédé du choléra en 1834.

Les cimetières

En 1847, après avoir atteint sa pleine capacité, le cimetière de l'Ouest n'est plus utilisé. Les inhumations ont lieu principalement dans la partie Est de l'île. Elles se font de manière individuelle et les tombes sont identifiées par des piquets numérotés. À partir de 1910, les sépultures sont marquées par des croix fabriquées avec des tuyaux de plomberie. Un troisième cimetière est utilisé dans le secteur Centre entre 1866 et 1868. On n'y retrouve qu'une centaine de sépultures. Tous les cimetières de la Grosse-Île comprennent une partie pour les catholiques et une autre pour les protestants. Plusieurs travailleurs catholiques et membres de leur famille sont enterrés à la Grosse-Île.

La commémoration, le monument de 1909

Un second monument est érigé en 1909 pour commémorer la mémoire des victimes de l'épidémie de typhus enterrées dans le cimetière de l'Ouest. Ce dernier est aujourd'hui considéré comme le cimetière abritant le plus grand nombre de personnes décédées de la suite de la Grande Famine situé à l'extérieur de l'Irlande. En 1897, des membres de la division de Québec de l'Ancien Ordre des Hiberniens, une organisation irlandaise de défense des droits des Irlandais catholiques, se rendent à la Grosse-Île pour souligner le 50e anniversaire de la tragédie. Constatant le mauvais état du cimetière, ils décident de prendre les choses en main. Jeremiah Gallagher, président régional de l'Ordre, propose qu'un monument soit érigé sous la forme d'une croix celtique. On demande l'aide des membres de l'organisation partout en Amérique du Nord pour amasser les fonds nécessaires à la réalisation du projet.

Leurs efforts sont récompensés : le 15 août 1909, on procède à l'inauguration du monument. C'est une croix celtique en granit gris, d'une hauteur de 14 mètres, la plus imposante du genre en Amérique. Plusieurs milliers de personnes en provenance des grandes villes du Canada et de la Nouvelle-Angleterre assistent à l'événement. La plupart sont des descendants d'immigrants, et d'autres sont eux-mêmes des orphelins irlandais arrivés à l'époque de la famine. Chacune des quatre façades de la croix comporte une plaque où sont gravés des messages commémoratifs, dont un, nationaliste, écrit en gaélique irlandais. Une des plaques comprend le texte français suivant :

« À la pieuse mémoire de milliers d'émigrés irlandais qui,
pour garder la foi, souffrirent la faim et l'exil et,
victimes de la fièvre, finirent ici leur douloureux pèlerinage,
consolés et fortifiés par le prêtre canadien.
Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront
dans la joie. (Psaume 126:5) »

La traduction française de la plaque écrite en gaélique se lit comme suit :

« Des milliers d'enfants des Gaëls
furent portés disparus sur cette île
en fuyant des
lois étrangères tyranniques
et une famine artificielle
durant les années 1847-1848.
Que Dieu les bénisse.
Ce monument fut érigé
en leur mémoire par les
Gaëls d'Amérique.
Que Dieu sauve l'Irlande. »
[Traduction]

La croix est élevée à l'extrême ouest de l'île, à son point le plus élevé, là où les militaires britanniques avaient installé le premier télégraphe de la Grosse-Île. L'Ancien Ordre des Hiberniens organise chaque année un pèlerinage à la Grosse-Île pour rappeler aux nouvelles générations l'importance du site.

Le mémorial de 1998

En 1998, Parcs Canada inaugure un troisième monument commémoratif. Le Mémorial, réalisé par l'artiste Lucienne Cornet, honore tous les immigrants morts en quarantaine et sur les navires, ainsi que les employés de la station qui ont sacrifié leur vie pour soigner et réconforter les immigrants malades. L'œuvre traduit bien l'intensité du lieu. Elle a la forme d'une croix avec des arcs segmentaires. Autour, un mur en verre comporte les noms gravés des décédés. Des chaloupes symbolisent les morts anonymes. Placé à proximité du cimetière des Irlandais, le Mémorial propose un voyage symbolique qui fait revivre les angoisses d'une traversée éprouvante, le dénouement d'une famine impitoyable et le désir et l'espoir de découverte d'une terre nouvelle. L'œuvre a été inaugurée en présence de la présidente d'Irlande de l'époque, madame Mary McAleese. Cette dernière a salué la générosité des familles québécoises qui ont accueilli quelque 500 orphelins irlandais à qui ils ont permis de conserver leur nom d'origine.

Venez découvrir, dans la Galerie - La mort en quarantaine, d'autres pièces de la collection de Bibliothèque et Archives Canada.