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ARCHIVÉE - Anciens messagers, nouveaux médias : l'héritage d'Innis et de McLuhan

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Innis

Biais spatial et biais temporel

Harold Innis ne voit pas chaque événement ou chaque technologie comme un précédent qui détermine un événement futur. Selon lui, « l'obsession du présent 1 » gouverne une grande partie de l'histoire. Convaincu que les technologies les plus persuasives d'une culture donnée façonnent les civilisations, Innis cherche à comprendre la relation entre les médias et les contextes sociohistoriques qu'ils dominent.

Les médias de communication déterminent la diffusion du savoir dans le temps et l'espace. Il nous faut étudier leurs caractéristiques afin d'évaluer les influences qu'ils exercent dans leur contexte culturel 2. [traduction libre]

En règle générale, Innis s'attache à deux principes directeurs des médias : l'étendue dans le temps et dans l'espace. Les écrits d'Innis portant sur le biais spatial ou temporel constituent une part importante de l'héritage qu'il a légué dans la sphère des études en communication et en histoire.

Les médias à biais temporel tendent à transcender le temps. Ils sont durables et lourds, telles l'argile et la pierre. Leur vie très longue n'encourage cependant pas l'expansion des empires. Innis associe ces médias au coutumier, au sacré, au moral. Les médias à biais temporel facilitent le développement des hiérarchies sociales et industrielles, la croissance de la religion et l'hégémonie que la religion impose aux institutions secondaires, telle l'éducation. Selon Innis, la parole relève aussi des médias à biais temporel car, en tant que culture orale, elle se transmet d'une génération à l'autre sans encourager l'expansion territoriale. Les cultures orales cherchent à préserver les valeurs et le savoir traditionnels; elles mettent l'accent sur le passé et créent une société collective riche en traditions, en cérémonies et en coutumes.

Les médias à biais spatial tendent, pour leur part, à oblitérer l'espace. Légers et facilement déplaçables, ils peuvent aisément être diffusés sur de grandes distances. On les associe aux sociétés laïques et territoriales, et ils facilitent l'expansion spatiale des empires. Le papier en est un exemple. Il se transporte facilement, mais ne jouit que d'une courte durée de vie car il se dégrade, et se perd ou se détruit aisément. L'écrit, étroitement lié au papier, est un autre exemple de média à biais spatial. L'écrit met l'accent sur le présent et le futur, et ne se définit pas par le lieu comme la culture orale. L'écrit plonge ses racines dans le savoir technique et favorise le développement des États, des autorités politiques et des institutions décentralisées.

Des tensions opposent les médias à biais temporel aux médias à biais spatial. Ainsi, les innovations apportées à l'écriture suscitent les premières tentatives d'enregistrer la culture orale; la culture de l'écrit considère la culture orale conservée lorsqu'elle est écrite ou enregistrée. Cependant, dans la culture de l'écrit, si on a conservé le passé pour les générations futures, cet effort d'enregistrer la tradition ne garantit pas que la société se nourrisse du savoir passé. Ainsi que le note Carey : « Si la tradition orale, caractérisée par le stockage et la réception, privilégie la continuité au détriment du temps, la tradition écrite, fondée sur la continuité spatiale, favorise la rupture temporelle 3. » [traduction libre] La culture de l'écrit, qui valorise le présent et le futur, « s'éloigne » des traditions, des cérémonies et des systèmes de la connaissance autrefois inhérents à une culture orale aujourd'hui « conservée », et délaisse ainsi la culture orale même.

Innis étudie le rôle qu'ont joué, dans l'histoire, la communication et les technologies de la communication dans l'ascension et la chute des empires. Cette étude l'amène à reconnaître le danger, comme société, de s'appuyer trop lourdement sur une technologie qui privilégie soit le temps, soit l'espace. Les formes dominantes de la communication influencent l'organisation de la société. Bien plus, nos partis pris culturels dictés par des formes données de médias limitent la compréhension qu'on a de notre propre civilisation et des précédentes. Ainsi, les technologies que nous utilisons génèrent certaines formes de savoir et une compréhension particulière de l'histoire. Selon Innis, une société stable est celle qui établit un équilibre entre biais spatial et biais temporel.

On peut présumer que l'usage à long terme d'un média de communication déterminera dans une certaine mesure le caractère du savoir à communiquer, que son influence omniprésente créera une civilisation dans laquelle la vie et la flexibilité deviendront très difficiles à conserver, et que les avantages d'un nouveau média seront tels qu'ils mèneront à l'émergence d'une nouvelle civilisation 4. [traduction libre]

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Écoute ceci :

Marshall McLuhan discute de l'idée d'Innis concernant les biais spatial et temporel, lors d'une entrevue avec Nina Sutton, novembre 1975.
[WMA 2,677 Ko]] / Source

Photo d'une colonne égyptienne papyriforme comportant des reliefs, début du XIVe siècle av. J.-C., photo de Roloff Beny

Source

Colonne égyptienne papyriforme comportant des reliefs, début du XIVe siècle av. J.-C., photo de Roloff Beny

Page montrant un rouleau écrit en sanskrit comportant du texte et une figure mythologique, THE ORIENTAL COLLECTIONS, 1797

Source

Rouleau écrit en sanskrit, The Oriental Collections, 1797

Représentation d'écriture et de figures sur une assiette en laiton ancienne égyptienne, THE ORIENTAL COLLECTIONS, 1797

Source

Écriture et figures d'une assiette en laiton ancienne égyptienne, The Oriental Collections, 1797

Notes

1. Innis, The Bias of Communication, p. 61.

2. Innis, The Bias of Communication, p. 33.

3. Carey, « Harold Adams Innis and Marshall McLuhan », p. 12.

4. Innis, The Bias of Communication, p. 34.

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