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Selon Innis, l'hostilité qui s'installe entre les médias à biais temporel et ceux à biais spatial, lorsque l'une des traditions marginalise l'autre, mène à l'instauration de monopoles du savoir. Le terme savoir « est largement utilisé pour signifier ce que nous classons d'ordinaire comme savoir en soi, à l'exemple de l'alphabétisation et la science, ainsi que ce que nous admettons généralement comme de l'information, tels les rapports économiques et les données de recensement 5 » [traduction libre]. Ceux qui, dans une société donnée, contrôlent le savoir par l'entremise des technologies dominantes (membres de l'élite érudite, gouvernementale, religieuse ou professionnelle) contrôlent aussi la réalité, en ce qu'ils sont en mesure de définir quel savoir est légitimé. De la sorte, les monopoles du savoir encouragent la centralisation du pouvoir.
Innis critique les conséquences éthiques de la centralisation politique et culturelle. Il est convaincu que les transformations technologiques survenues au XXe siècle, conjuguées à la sophistication de l'armement et aux technologies de la communication propres à la conquête de l'espace, ont rendu possible une concentration de plus en plus grande du pouvoir. Dans Empire and Communications (1950), comme dans The Bias of Communication (1951), Innis élabore sa critique de la centralisation spatiale des communications dans les empires (militaires, théocratiques ou économiques). La communication, dans de tels empires, circule dans un seul sens, du centre vers les périphéries. Ainsi, c'est grâce à cette centralisation et à cette circulation unidirectionnelle que les empires romains ou britanniques ont été fondés et ont survécu. Ces pouvoirs centralisés forts ont étendu leur monopole aux collectivités périphériques, dont des colonies, tel le Canada, tout juste constitué en pays. La monopolisation de la communication est donc fortement liée aux concentrations du contrôle politique et du pouvoir économique.
La mécanisation a mis en relief la complexité et la confusion; on lui doit les monopoles auxquels est soumis le savoir. La mécanisation est devenue essentielle à toute civilisation, sinon pour succomber à l'influence de ce monopole du savoir, du moins pour produire d'importants rapports et études. La science, la technologie, la mécanisation du savoir, et avec elles la civilisation occidentale, menacent de détruire les conditions de la liberté de pensée 6. [traduction libre]
Il faut associer la vision qu'a Innis de l'équilibre entre les technologies de la communication, avec leurs biais implicites, à son intérêt pour les mouvements politiques et sociaux de ceux qui se situent en périphérie des empires. Ayant reconnu comment la diffusion ou la limitation du savoir constitue et maintient les monopoles du pouvoir, il en déduit que la société souffre du déséquilibre des conséquences des monopoles du savoir. Il va même plus loin, affirmant qu'un pouvoir en déséquilibre nuit au développement d'une société saine et équilibrée, car il évacue la confrontation des idées, des traditions et des institutions.
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Écoute ceci :
L'historien des communications James Carey (1934-2006) discutant de l'idée d'Innis concernant le monopole du savoir, une idée qui anticipait, en 1976, le développement de l'Internet. Exposé sur Innis à l'Université de Toronto, 1976.
[WMA 18,545 Ko]] / Source
Bureau du Yukon Sun, le journal britannique le plus au nord dans l'Empire britannique, Dawson, Yukon, début du XXe siècle
«On the Economic Significance of Culture », Harold Innis, Journal of Economic History, 1944
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Notes
5. Heyer, Harold Innis, p. 5.
6. Innis, The Bias of Communication, p. 6.