Bibliothèque et Archives Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Liens institutionnels

ARCHIVÉE - Anciens messagers, nouveaux médias : l'héritage d'Innis et de McLuhan

Contenu archivé

Cette page Web archivée demeure en ligne à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Elle ne sera pas modifiée ni mise à jour. Les pages Web qui sont archivées sur Internet ne sont pas assujetties aux normes applicables au Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada, vous pouvez demander de recevoir cette page sous d'autres formats à la page Contactez-nous.

Conclusion

Les technologies de communication

Marshall McLuhan et Harold Innis donnent un important point de vue sur l'effet que les technologies de communication ont eu, historiquement, sur les modes de pensée, de perception et de comportement, et signalent aussi leurs conséquences sociales et culturelles. Pour les deux hommes, les transformations technologiques engendrent des modifications sociales et construisent la réalité. Les technologies de communication sont au cœur des écrits d'Innis portant sur l'histoire; elles médiatisent l'essor et le déclin des monopoles du pouvoir et façonnent les interactions du savoir et du contrôle au sein d'une société. Selon Paul Heyer, les préoccupations d'Innis au sujet de l'influence que les formes de la communication exercent sur le contenu préparent « de façon moins éclatante, la légendaire phrase de McLuhan "Le message, c'est le médium" 24 » [traduction libre].

À partir du concept d'Innis de biais temporel ou spatial, McLuhan crée deux expressions colorées : lié au temps et lié à l'espace. Celles-ci ne s'appliquent pas aux médias, mais à la connaissance et au pouvoir. Si les deux savants croient que les médias sont biaisés, c'est dans d'autres sphères que leurs points de vue divergent. Ainsi, dans The Bias of Communication, Innis réfléchit à la tradition orale : « Le déclin de la tradition orale indique une mise en relief de l'écriture (d'où la prédominance de la vue sur l'ouïe), des arts visuels, de l'architecture, de la sculpture et de la peinture (d'où la prédominance de l'espace sur le temps) 25. » [traduction libre] Au cœur de sa réflexion se trouvent le temps et l'espace, bien qu'il fasse aussi état de la vue et de l'ouïe. Selon James Carey, McLuhan s'est emparé, dans les travaux d'Innis, de cette idée mineure, et il a bâti ses théories autour des effets que les médias produisent sur nos sens. Mais McLuhan va plus loin, déclarant que les technologies sont une extension de la pensée, de la conscience, et donc de l'esprit. Ce faisant, McLuhan s'attache davantage à l'individu en tant qu'agent d'une société, plutôt que de considérer la société comme un tout.

McLuhan affirme que l'histoire s'est déployée durant les époques technologiques : l'oralité, l'alphabet phonétique et la culture de l'écriture script, le caractère mobile, et aujourd'hui, les technologies électroniques, à commencer par le télégraphe. Bien que ces technologies se soient succédé, elles ne sont pas téléologiques. Chaque nouvelle époque, chaque nouvelle évolution des médias de communication nous force à faire face aux médias qui les ont précédées. On récupère les anciennes pratiques et cultures, même pendant qu'on progresse dans les nouvelles, ou qu'on les améliore. Il est intéressant de noter que la compréhension qu'a McLuhan des cultures orales se distingue également de celle d'Innis. Alors que ce dernier apprécie la discussion et le débat privilégié par les cultures orales de la Grèce antique, McLuhan leur préfère les cultures orales qui, enracinées dans le chant et la mémoire, prédominent au Moyen-Âge 26.

La conception que se fait McLuhan des médias est très vaste, car il les voit comme une extension du corps. Dans la mesure où tous les artefacts prolongent un élément du corps -- qu'il s'agisse de la pensée (que prolonge le langage), ou du pied (que prolonge la roue) --, ils médiatisent les relations humaines et ainsi remplissent une fonction de communication. Tous les artefacts sont des médias de communication 27. En ce sens, les technologies permettent d'encoder la réalité. En retour, la façon dont on encode la réalité influe sur les formes culturelles, les structures sociales et la manière dont on intériorise le savoir 28. Effectivement, pour McLuhan, les médias fonctionnent comme un langage, avec ses structures et ses règles propres, donc sa syntaxe. L'étude de ces structures syntaxiques nécessite cependant une démarche historique approfondie, car celles-ci sont constituées des syntaxes et des technologies qui les ont précédées.

Notes

24. Heyer, Harold Innis, p. 61.

25. Innis, The Bias of Communication, p. 130-131.

26. Carey, « Marshall McLuhan: Genealogy and Legacy ».

27. Babe, Canadian Communication Thought: Ten Foundational Writers, p. 26.

28. Marchessault, Marshall McLuhan, Cosmic Media, p. 120.

Suivant