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ARCHIVÉE - Anciens messagers, nouveaux médias : l'héritage d'Innis et de McLuhan

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Conclusion

La théorie des médias

On a reproché à Harold Innis son déterminisme technologique 29. McLuhan a lui aussi essuyé la même critique 30 et, comme le souligne Menahem Blondheim, McLuhan lui-même a qualifié Innis de déterministe dans la préface de The Bias of Communication 31. Mais, selon Blondheim, Innis a été, au fil des années « accepté » comme déterministe technologique, tandis que les savants tentaient de progresser dans ses écrits, ses recherches et ses archives 32. Par la suite, Blondheim soutient que, à la lumière de ce type de critique, Innis a été laissé pour compte dans les débats sur les médias contemporains. Nous savons qu'Innis a autant écrit sur les universités que sur les principales ressources, et que même sa théorie sur ce sujet révèle qu'il porte une réflexion plus vaste sur l'équilibre entre pouvoir et savoir. Il existe certainement plusieurs interprétations de l'héritage intellectuel que nous a légué Harold Innis; les chercheurs continuent d'admirer ses relations aux sciences économiques et politiques, à la philosophie, aux communications et à l'éducation, tant dans ses travaux publiés que dans ses riches archives.

Les travaux de McLuhan, considérés comme un ensemble, révèlent la nécessité d'étudier la technologie en contexte - prémisse essentielle des études sur les médias et la culture. Le contexte est implicitement historique, social, politique et économique, même si ces termes n'apparaissent pas toujours dans ses analyses. Ainsi que le note Judith Stamps, la plupart des critiques émises à cet égard concernent les travaux tardifs de McLuhan. Et Stamps de poursuivre : « Pour McLuhan, les effets d'un média sont eux-mêmes médiatisés par la culture qui les utilise 33. » [traduction libre] La technologie devient riche de sens et se trouve en cela produite par le biais des circonstances sociales, politiques, économiques et historiques. À leur tour, ces technologies produisent des contextes entièrement neufs. Son approche est « hautement autoréflexive, approfondie et exploratoire, dialogique et acoustique 34 » [traduction libre].

Tout occupé à sa démarche originale portant sur la technologie et ses effets, Mc Luhan s'éloigne tout à fait de l'érudition des études américaines en communication des années 1950, en particulier du béhaviorisme de Wilbur Schramm et du fonctionnalisme d'Elihu Katz, de Paul Lazarsfeld, de Robert Merton et de Talcott Parsons 35. Bien que ses premiers travaux, inclus dans The Mechanical Bride, aient un fondement plus idéologique, sa démarche ultérieure s'attache uniquement aux effets que produisent les médias par le biais de la technologie, et non au contenu. La réflexion de McLuhan témoigne de l'hybridation des racines littéraires de la Nouvelle Critique, en particulier là où elle se concentre sur les effets, et de la pensée d'auteurs que préoccupent la modernité et la culture de masse, tels C. Wright Mills, Kenneth Burke et Harold Innis 36.

McLuhan préfère les nouvelles technologies électriques, car elles récupèrent, pense-t-il, les formes antérieures d'oralité perdues avec l'imprimé et l'alphabet phonétique. Ce retour à un espace acoustique est à la fois de nature géographique et temporelle. Accélérant le rythme du monde, il facilite la disparition des frontières, et retrouve les anciennes formes des caractéristiques mythiques des sociétés tribales. Ce point de vue lui a valu des reproches fondés : on critique la vision utopique qu'il a des nouveaux médias, qu'on juge de nature coloniale 37, politiquement naïve 38, typiquement catholique par son mysticisme et son communalisme 39, et à laquelle on reproche de renforcer les idées dominantes de l'impérialisme culturel 40.

Joshua Meyrowitz soutient qu'Innis comme McLuhan se démarquent des autres chercheurs en communication. Meyrowitz forge l'expression théorie des médias pour décrire l'incorporation de l'histoire et de la culture aux études sur les médias, pratique élaborée, affirme-t-il, tant par Innis que McLuhan 41. Par l'expression théorie des médias, Meyrowitz rappelle la tradition de la recherche qui tente d'attirer l'attention sur les influences possibles des technologies de la communication, en plus du contenu que ces dernières véhiculent, et en dehors de lui. La théorie des médias se concentre sur les caractéristiques propres à chacun des médias ou sur chaque type particulier de média 42. L'évolution et l'histoire des médias de communication comportent différentes phases de développement. Innis souligne, entre autres, la différence entre cultures orales et cultures lettrées dans l'évolution de la civilisation. Il expose également l'essor de la culture moderne de l'imprimé, et les transformations radicales survenues au XIXe siècle avec l'apparition des médias technologiques. Ce faisant, il établit une démarche qui aide à comprendre l'émergence des « nouveaux » médias; celle-ci continue encore aujourd'hui d'influer sur le savoir du domaine des communications.

Notes

29. Voir aussi Ramot, Communication: Technology, Society, Culture, p. 193.

30. Fekete, The Critical Twilight: Explorations in the Ideology of Anglo-American Literary Theory From Eliot to McLuhan; R. Williams, Television: Technology and Cultural Form.

31. McLuhan dans Innis, The Bias of Communication, p. xi.

32. Blondheim, « Discovering 'The Significance of Communication': Harold Adams Innis as Social Constructivist », p. 123.

33. Stamps, Unthinking Modernity: Innis, McLuhan, and the Frankfurt School,p. 124.

34. Marchessault, Marshall McLuhan, Cosmic Media, p. 110.

35. Carey, « Marshall McLuhan: Genealogy and Legacy ».

36. Carey, « Marshall McLuhan: Genealogy and Legacy ».

37. Spivak, A Critique of Postcolonial Reason: Toward a History of the Vanishing Present.

38. Marchessault, Marshall McLuhan, Cosmic Media.

39. Carey, « Marshall McLuhan: Genealogy and Legacy ».

40. Ross, No Respect: Intellectuals and Popular Culture.

41. Meyrowitz, « Medium Theory ».

42. Meyrowitz, « Medium Theory ».

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