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ARCHIVÉE - Le trèfle et
la feuille d'érable
Le patrimoine documentaire des Canadiens irlandais à Bibliothèque et Archives Canada

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Symposium

Symposium 2008

Symposium d'études irlandaises, 2008 : le 3 & 4 novembre

La sécurité de l'État, la liberté civile et le mouvement fénien au Canada
M. David A. Wilson, Ph. D., St. Michael's College, Université de Toronto

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Transcription

Merci David et Christina. Je remercie les Archives canadiennes et irlandaises pour avoir organisé ce symposium qui nous permet de tester de nouvelles idées, d'en échanger et de discuter ces idées avec vous. Il y a deux ans, ce projet a commencé, je trouve cela très stimulant, et je suis certain que l'expérience sera tout aussi intéressante que cette fois-ci.

Le thème de ma communication aujourd'hui, c'est la liberté civile, l'État et le mouvement clandestin fénian au Canada.

J'aimerais commencer par l'historien A.T.Q Stewart qui a un jour dit que chacun devrait avoir deux écriteaux sur son bureau disant : "Je ne sais pas », et l'autre disant : « Tout est plus vieux que ce que nous pensons ». Je ne sais pas. Il reste beaucoup de choses à découvrir à propos des activités des Fénians au Canada dans les années 1860, et il n'y a eu quasiment aucun travaux de recherche sur les questions comme la suspension de l'habeas corpus en réaction à ces activités. « Tout est plus vieux que ce que l'on pense. »

Il y a deux semaines, dans son étude sur la complicité du Canada dans la détention et la torture de trois canadiens en Égypte et en Syrie, le Juge Frank Iacobucci a indiqué que la question principale faisait intervenir l'intervention appropriée de notre démocratie au Canada face aux phénomènes pernicieux du terrorisme et de s'assurer que dans la protection de la sécurité de notre pays, nous respectons les droits de l'homme et les libertés pour lesquelles tant ont combattu pour les préserver. Le même argument a été avancé en 2006 par le Juge Denis O'Connor dans l'enquête sur l'affaire Maher Arar.

Avant d'aller plus loin, j'aimerais dire une évidence. Les Fénians n'étaient pas l'équivalent au 19e siècle d'Al Qaïda, et jamais ils n'ont envisagé des choses comme des assassinats massifs de civils. Décrire les Fénians comme étant des terroristes est autrement contestable. Pour John O'Neill, l'héros fénian de Ridgeway, les méthodes de terrorisme comme l'assassinat étaient tout à fait inacceptables. La guerre ouverte contre les forces de la Couronne était la façon honorable de procéder. Mais pour d'autres Fénians bien connus, comme Tom Kelly et John McCafferty, les assassinats étaient un mode d'action tout à fait légitime et justifiable. Les travaux de recherche de Barry Kennerk ont bien dit qu'il y avait un cercle de tirs des Fénians qui composait une trentaine de membres à Dublin et dont la mission première était d'assassiner. Évidemment, tout cela dépend de la définition qu'on donne au terrorisme. Si le mot doit signifier violence réelle ou menacée, qui vise des fins politiques contre des informateurs, des politiques, des juges, des policiers ; si cela inclut des plans pour attaquer des banques et des édifices parlementaires, y compris ceux d'ici, et pour détruire des installations ferroviaires ou des télégraphes, si cela correspond à la déclaration de John Mitchel que le peuple irlandais avait le droit d'attaquer la Grande-Bretagne n'importe quand, n'importe comment, et bien oui, il y avait un élément terroriste à l'intérieur du fénianisme. En tout cas, c'est ce que les gouvernements canadien et britannique pensaient et c'est la façon dont ils ont utilisé le mot à l'époque.

J'aimerais également dire clairement que l'État canadien pendant les années 1860 n'a pas été impliqué dans des activités qu'on nomme avec l'euphémisme de renvoi, où vous renvoyez des Fénians soupçonnés. D'autre part, il fait peu de doute que la police avait fabriqué des preuves contre Patrick James Whelan, l'homme qui avait été accusé de l'assassinat de Thomas d'Arcy McGee, et qui était probablement coupable. Tout comme il y a peu de doute que les prisonniers fénians au pénitencier de Kingston avaient été très mal traités.

Cela dit, il me semble tout de même qu'il y a des parallèles intéressants entre la situation des minorités ethniques dans le Canada contemporain et la situation à laquelle faisaient face les catholiques irlandais dans le Canada anglophone protestant des années 1860. Par exemple, prenez le débat sur les rapports sur la criminalité au milieu du XIXe siècle. En réponse à des articles dans les journaux qui mentionnaient la religion et la nationalité des criminels condamnés, les leaders catholiques irlandais ont proposé que les criminels devraient être classés selon leur crime et non pas selon leur origine. Le même argument a été utilisé par des leaders communautaires ethniques contemporains contre la collecte de statistiques sur la criminalité selon la race, qui considéraient les demandes des catholiques irlandais au 19e siècle pour la parité politique, religieuse et sociale avec la population. Certains voulaient même la parité dans les noms de lieux. On considérait le débat sur les écoles séparées pendant les années 1860. Les arguments pour et contre le Scott Bill de 1861 a refait surface pendant la dernière élection provençale en Ontario lorsque John Tory a promis d'étendre le financement public aux écoles confessionnelles, incluant l'objection habituelle et l'argument que la fragmentation dans le domaine de l'éducation minerait un sens partagé de l'identité canadienne.

Je dois admettre que même si je préfère voir les gens éduqués ensemble, plutôt qu'éduqués séparément, les craintes de ceux qui s'opposaient aux écoles séparées dans les années 1961 ne se sont pas avérées.

Mais le parallèle le plus intrigant de tous consiste dans la condition d'une minorité ethno-religieuse qui contenait une composante révolutionnaire avec des liens internationaux. Une minorité ethno-religieuse qui contenait une composante révolutionnaire avec des liens internationaux. Pour toutes les différences entre les catholiques canadiens irlandais du XIXe siècle et les groupes ethniques multiples des musulmans canadiens du XXIe siècle, malgré toutes les différences entre les révolutionnaires fénians et des groupes tels que les 18 de Toronto — qui ne sont plus que 10 maintenant, je crois — le dilemme auquel faisait face l'État canadien pendant les années 1860 avait peu en commun avec le dilemme auquel fait face l'État canadien aujourd'hui. Le Canada et l'Amérique britannique — a observé d'Arcy McGee en 1966 — n'ont jamais connu d'ennemis aussi subtils, aussi irrationnels, aussi difficiles à retracer, et par conséquent si difficiles à combattre, d'où le problème alors, comme maintenant, comment défaire une minorité révolutionnaire à l'intérieur d'un groupe ethno-religieux sans aliéner la majorité modérée de ce groupe ? Comment équilibrer les exigences de la sécurité de l'État avec les demandes de liberté civile ?

Et bien voyons comment cela s'est passé à cette époque. Thomas d'Arcy McGee était un type de Conor Cruise O'Brien, quelqu'un qui avait rejeté son nationalisme irlandais et qui voulait passer à travers l'ambivalence catholique irlandaise et le nationalisme révolutionnaire, et qui voulait isoler et marginaliser les nationalistes irlandais canadiens révolutionnaires grâce à une stratégie de polarisation et de confrontation. C'est une histoire fascinante. Je travaille là dessus maintenant depuis plusieurs années, et qu'il suffise de dire que d'Arcy McGee et Cruise O'Brien, tous les deux, ont fait preuve de courage moral remarquable en s'attaquant au nationalisme atavique, mais leur stratégie a aliéné de nombreux nationalistes modérés et ont eu probablement plus d'impacts à l'extérieur qu'à l'intérieur de leurs communautés respectives. Le vieil argument selon lequel « McGee a maintenu les catholiques irlandais au Canada loyaux » n'a aucun fondement comme on l'a dit en 1974, même si la portée de l'opposition catholique canadienne irlandaise à McGee a été exagérée, à mon avis.

Une autre approche serait d'examiner les activités de la police secrète canadienne établie en 1864 pour lutter contre la menace des raids des Confédérés aux États-Unis et transformée l'année suivante pour lutter contre la menace des raids fénians au Canada. C'est une histoire fascinante. Au fur et à mesure que ces détectives irlandais et canadiens se sont déployés partout des deux côtés de la frontière, pendant que le gouvernement a intercepté et ouvert le courrier qui allait vers des points focaux fénians dans le nord de New York et du Vermont, et toute la série de personnages mécontents et de Fénians qui cherchaient de nouvelles possibilités d'emploi comme informateurs rémunérés. C'est une histoire qui doit encore être racontée même si Greg Kealey a déjà fait quelque chose dans le domaine et qu'il y a eu récemment — et cela doit être dit — une biographie sensationnaliste trompeuse, et très décevante des principaux informateurs du mouvement fénian. Thomas Billis Beach qu'on connaissait également sous le nom d'Henri Le Caron.

Mais, ce n'est pas une histoire de la police secrète que j'ai l'intention de vous raconter maintenant. Plutôt, j'aimerais me concentrer sur un personnage central de la lutte contre le fénianisme. J'aimerais parler de la suspension de l'habeas corpus tout de suite après Ridgeway, l'invasion ou le raid fénian du 1er juin 1866. Quelques jours après l'invasion féniane, la suspension de l'habeas corpus a été justifiée publiquement pour contrecarrer la menace extérieure du fénianisme. La même chose s'est appliquée à son renouvellement et à sa prolongation pendant le nouveau Dominion du Canada en novembre 1867. En arguant pour un renouvellement, Macdonald a parlé des activités internationales de la fraternité féniane et au rapport récent de renseignement que les fénians américains stockaient des armes à la frontière et se préparaient pour une autre invasion. Il a également fait remarquer que la suspension existante n'avait pas été utilisée de façon inadéquate ou trop dure. Ce qui était vrai, entre autres choses, Macdonald avait émis une circulaire aux magistrats en 1966, les mettant en garde contre des arrestations précipitées de Fénians soupçonnés.

Tout cela voulait dire que le Bill pour le renouvellement a généré très peu de controverse. Il n'y a eu aucune protestation publique, aucun éditorial contre, même d'un endroit où on aurait pu s'attendre à une forte opposition, le Irish Canadian Pro-Fenian n'existait pas en 1867. Le Parlement n'avait aucune question sérieuse à aborder et il n'y a eu aucun commentaire éditorial dans les journaux canadiens. Timothy Warren Anglin et Antoine-Aimé Dorion — il est vrai — ont exprimé du scepticisme, mais ils ont accepté lorsqu'on leur a dit que le pays faisait face à une menace imminente d'invasion, au cas où le vote pour une suspension renouvelée serait unanime. Et pourtant, lorsque Macdonald a présenté le renouvellement par rapport à la menace extérieure, il ne racontait que la moitié de l'histoire. Ces sources de renseignements révélaient également une activité croissante des Fénians au Canada. La formation de nouveaux cercles, la collecte de fonds, on essayait d'attirer des officiers ou des sous-officiers dans l'organisation et on prévoyait des actions de diversion pour la prochaine évasion. Mais, rien de tout cela n'a figuré dans ces discours publics au sujet de la suspension de l'habeas corpus. Il est toujours difficile de tirer des conclusions ou des inférences de silence, mais cela semble raisonnable de supposer que deux facteurs étaient à l'œuvre.

Tout d'abord, Macdonald savait que toute déclaration publique au sujet des intentions révolutionnaires de certains Fénians canadiens pourrait facilement avoir produit un ressac anticatholique avec des suspicions protestantes accrues que les catholiques irlandais canadiens n'étaient pas fiables, qu'ils étaient déloyaux. Un tel ressac aurait intensifié les divisions ethno-religieuses à l'intérieur du pays et produit une ambiance où le fénianisme aurait pu devenir florissant — la dernière chose qu'on voulait. Et deuxièmement, Macdonald avait travaillé longuement pour cultiver le vote catholique irlandais. Il ne voulait pas compromettre ce soutien avec des déclarations générales au sujet de la conspiration féniane canadienne. Alors pour des raisons de prudence et d'avantages politiques, il était logique pour lui de se concentrer sur l'invasion extérieure et de ne rien dire au sujet de la subversion interne.

Et voilà où réside l'ironie parce que la législation était justifiée du point de vue des circonstances extérieures et du niveau de confiance gouvernementale qui s'appliquerait seulement contre des fénians soupçonnés ou réels avec des accusations que les conservateurs utilisaient la suspension de l'habeas corpus comme arme politique pour discréditer les libéraux catholiques irlandais.

Alors, ce qui a amené cela, c'est l'assassinat de McGee en avril 1868. Convaincus que McGee était la victime d'une conspiration féniane canadienne et dans le contexte davantage de rapports au sujet des missions de reconnaissance au Canada des Fénians américains, Macdonald et l'avocat James O'Reilly ont détenu 25 canadiens-irlandais sous suspension d'habeas corpus. Les premiers à être arrêtés étaient des amis et des associés de Patrick James Whelan, mais le filet s'est rapidement élargi pour un corps de Fénians à Montréal, à Ottawa, à Toronto et à Guelph. L'idée était non seulement de réprimer ces transpirations perçues, centrées sur Whelan, mais d'utiliser l'assassinat pour perturber et contrecarrer le mouvement fénian révolutionnaire au Canada, quelque chose qui ne pouvait pas être fait sans aliéner l'opinion catholique irlandaise modérée. Les arrestations étaient très sélectives et fondées sur des renseignements accumulés qui semblaient être exacts.

Mais des erreurs ont été commises et comme Frank Iacabucci l'a écrit dans son rapport : « Les erreurs sont inévitables et plus les prisonniers restaient longtemps en prison sans procès, plus le risque était grand d'aliéner les catholiques irlandais en général, à moins qu'on puisse démontrer une juste cause pour leur arrestation ». George Brown a prévu en mai qu'on devrait avoir beaucoup d'Irlandais qui se persuadent qu'ils sont aussi maltraités ici qu'en Irlande. Et en fait, cela a commencé à paraître parmi des plaintes selon lesquelles le gouvernement utilisait des tactiques de peur pour mener une campagne de persécution politique contre les opposants irlandais catholiques. Les nationalistes ont fulminé contre le règne de la terreur du gouvernement et ont parlé d'injustice par des invasions à l'appui. Les modérés sont devenus de plus en plus mal à l'aise, et la libération pendant l'été de tous les leaders fénians ou presque, a rassuré dans une certaine mesure les modérés alors que cela n'a fait aucune différence chez les militants. Politiquement, les Fénians au Canada ont été isolés et marginalisés. En ce sens, la mort de McGee a permis à Macdonald de mettre en œuvre la stratégie de McGee. Mais contrairement à la croyance du gouvernement, ils n'avaient pas été brisés. En fait, ils étaient devenus encore plus dangereux qu'auparavant. Ce n'est que lorsque la menace extérieure a été éliminée que la menace intérieure s'est dissipée. Quant à savoir s'il y avait une leçon à tirer de tout cela, cela reste à voir.

Séance I


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